‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 120 sur 191 · CHAPITRE QUATORZIÈME. tt · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME. tt

scène du paysage le plus éclatant. Ce premier triomphe du jeune poète lui fut fatal : il se plongea avec ardeur dans ce sensualisme poétique et ces créations païennes où devait s*user sa frêle existence; une sorte d'engourdisse-

ment moral s'empara de lui ; après avoir erré quelque temps en Ecosse et en Irlande, ses amis le firent partir pour l'Italie, et il alla s'éteindre à Rome, de la maladie qui le minait depuis longtemps, à Tàge de vingt-cinq ans. Byron, qui avait été dur et injuste pour ses œuvres, dont il était peut-êlre jaloux, lui rendit ensuite plus de justice, et dit que Hypénan était, c un fragment d'inspiration titanique, sublime comme Euhyk ». Philarète Ghasles dit, à propos de Reats : « On ne peut s'empêcher de penser que si cet adolescent de génie avait été un chrétien sincère et pratique, il aurait vécu. Une activité régulière eût protégé sa pensée et ses forces. Malheur à qui ne demande à la vie que l'intensité delà sensation ! Celui-là manque le but supérieur de l'être, qui est l'activité harmonieuse, limitation de la grande loi divine, ou, comme dit Platon, la sainteté, >

Percy-Bisshe Shelley (1793-1822) est cet autre enfant de génie qui, comme le précédent, divinisa les forces de la nature, et se jeta dans un panthéisme insensé, en haine des croyances chrétiennes; sur les bancs de l'école, il se proclamait athée, et se faisait chasser de l'université d'Oxford ; son père lui-même le rejetait de sa maison ; tout jeune encore, il avait perdu sa mère, qui n'avait pu diriger et régler les impressions de son enfance, ni servir de contre-poids à la sévérité paternelle. Jeté sans ressources sur le pavé de Londres, il mena pendant trois ans, à travers le royaume, une vie de courses, d'aventures et de privations, écrivant des pamphlets contre l'autorité, poursuivi par la police, et contractant à Gretna-Green un mariage

mal assorti, que sa famille ne voulut pas reconnallre, et qui se dénoua par un divorce. Son premier poôme, la Reine Mah, fut composé au milieu de cette vie de tribulations et de fautes (1813) : c'était Tœuvre d'un révolté qui jetait son défi au ciel et à la terre; il lui attira plus de haines que de sympathies. Shelley voit se fermer devant lui toutes les portes et toutes les bourses; il a le tort de contracter un second mariage qui ne sera pas plus heureux que le premier, et il quitte son pays avec une jeune femme de dix-sept ans, traverse à pied la France, et arrive en Suisse, sans ressource aucune. Quelques années se passent dans cette vie errante, pleine de tribulations et de misère, qui aboutit au suicide de la pauvre femme : elle se noie dans le lac de Grecn-Park, et Shelley, abreuvé d'amertumes, privé de ses enfants que lui enlève une décision de Tautorité, se rend en Italie, auprès de lord Byron, devenu son ami, pour y mourir, quatre ans après, noyé près de Livoume, dans une promenade en mer (1822). Son corps, recueilli par Byron et quelques amis, fut brûlé par eux sur la plage, et les cendres portées au cimetière des protestants à Rome : triste vie et triste fin d'un poète qui avait reçu Tétincelle du génie.

Ce jeune Titan, foudroyé dans une tempête, a voulu réhabiliter le Titan antique, dans son poème Promélhée délivré, dont le symbole est la glorification de la révolte contre le pouvoir divin : l'opprimé triomphe, et Jupiter est détrôné.

La Révolte de l'hlam est un poème politique consacré à célébrer la Révolution française : toujours la révolte érigée en droit et en devoir. Peter Rellïïl est une satire pleine de verve et d'ironie; Adonaïs, une touchante élégie sur la mort de Keats ; les Cenci, un drame d'une réalité hideuse

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