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CHAPITRE II

Époque féodale. — Conquête normande. — Cycle poétique du roi Arthur et de la Table ronde. — Légendes galloises et bretonnes. — Robert Wace et son Roman de Brut, — Le Livre rot^e et le Mabi^ noffion, — Chrestien de Troyés et le Saint Graal, — Influence du cycle arthurien dans les littératures de l'Europe. — Les ménestrels.

— Littérature savante : Roger Bacon. — La scolastique : Duns Scot.

— Occam. — Lutte et fusion des deux idiomes, le saxon et le normand. — John Mandeville. — Légende de Robin Hood. — Chaucer.

A partir de la conquête normande j TAnçleterre entre dans une phase nouvelle , celle de Forganisation féodale , et du français importé par les vainqueurs; elle marche alors parallèlement avec la France ; il y a entre les deux pays échange de poètes et de sujets d'inspiration. Sur le champ de bataille de Hastings, un ménestrel guerrier, Taillefer, encourageait les chevaliers normands, en leur chantant la légende poétique de Charlemagne et de Roland , la bataille de Roncevaux. Ce fut un concert un peu confus de bardes, de ménestrels, de jongleurs , de troubadours et de trouvères , qui s'amusaient à composer des lais , des sirventes, des ballades, des fabliaux , des romans d'amour et de chevalerie. Les légendes de Charlemagne et du roi Arthur ou Artus de Bretagne , furent les sources principales où puisa l'imagination féconde des poètes.

Au mois de septembre 1066, une flotte immense, réunie à Saint- Valéry- sur- Somme, appareillait pour l'Angleterre , et allait y verser soixante mille guerriers , composés de Normands et d'une foule d'aventuriers venus

de toutes les provinces de France. Ce que voulaient ces hommes , conduits par Guillaume , c'était la conquête , une proie à saisir, un pays à partager. Ils l'obtinrent par la bataille de Hastings : la race gallo-saxonne, vaincue, humiliée, dépossédée , fut réduite à subir le joug d'un dur et impérieux vainqueur. Chaque guerrier ou aventurier eut sa part ; la part du lion fut celle de Guillaume : le trône d'Angleterre avec ses vastes domaines. Les autres reçurent des fiefs, chacun selon son mérite , ou le degré de faveur auprès du prince. Tout fut réglementé, l'Angleterre fut cadastrée dans un livre demeuré célèbre , le Doomsday-Book ou Livre du jour du jugement. On y mentionne 700 grands fiefs, pour la haute noblesse, 60,715 arrièrefiefs, relevan^du roi.

La race normande ou française , ainsi superposée à la race anglo-saxonne , apporta et imposa partout la forte organisation féodale , ainsi que la langue française, qu'elle s'était si vite et si bien appropriée depuis Rollon. Elle se regardait comme bien supérieure à ces lourds Saxons qu'elle avait vaincus. Les Normands établirent des écoles ; ils avaient des livres; leurs abbés étaient lettrés; ils dominaient donc par l'intelligence comme par l'épée. Race alerte , à l'esprit vif et dispos , net et précis , ils aiment à parler, à conter ; ils ont bientôt des chroniques curieuses, des poëmes interminables : troubadours et trouvères s'en donnent à cœur joie dans ces chansons de gestes où les aventures des paladins se déroulent en récits de trente à quarante mille vers.

Ne croyez pas que ces Français-Normands soient une race poétique; ils ont la perception facile et prompte, l'esprit avisé, mais peu de sentiment : tout est à la surface ; beaucoup d'invention, d'imagination vagabonde , des faits

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