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CHAPITRE QUINZIÈME

fut suivi des Pionniers, du Pilote; puis vinrent le Dernier des Mohieans, la Prairie, VÉeumeurde mer, le Corsaire rouge, le Chercheur de pistes, etc. Gooper a une originalité native, un mérite d'observation qui donne à ses récits une sève vigoureuse, un intérêt séduisant; ses caractères sont bien dessinés et admirablement soutenus. Il vint habiter la France en 1826, et voulut .peindre à ses compatriotes les mœurs de Tancien monde, mais il n*était plus dans son élément, et n'eut aucun succès; sa verve parut l'abandonner, et ses derniers ouvrages annoncent une sorte d'épuisement.

Le genre qui a fait la réputation de Gooper a été suivi par bien des imitateurs. Le capitaine Marryatt (1792-1848) est un des plus distingués ; presque tous ses romans peignent des scènes maritimes; les principaux sont Pierre Simple, Japhet, Rottlin le mousse, le Midshipman aisé, Jacob Paithful', lé Vieux Commodore, le Pauvre Jack, le Vaisseau fantôme : tableaux et caractères offrant beaucoup de vérité et d'intérêt.

Les déserts d'Amérique ont trouvé un nouveau peintre, rival de Gooper, dans le capitaine Hayne-Reid (1818), auteur des Chasseurs de chevelures, du Chef blanc, des Coureurs de bois, des Chasseurs de tigres, du Doigt du destin, etc. Il a vécu lui-même de la vie d'aventurier et de chasseur au milieu des Indiens, et ses peintures sont prises sur le vif de la vie sauvage dont il raconte les scènes avec une animation pleine d'intérêt.

Un compatriote de Gooper, Washington lrving(1783-1859), a composé d'admirables esquisses de la vie anglaise et américaine dans le Sketch-Book, Y Histoire de New- York et Brace- Bridge Hall; au talent de romancier, il a joint celui d'historien par Y Histoire de Christophe Colomb, Y Histoire de

IVashingUm et la Vie de GoUsmilh. Il a eu pour imitateur Thomas Haliburton, qui, sous le pseudonyme de Sam Slick, a produit les récits amusants dû Clockmaker (THorloger) et de V Attaché, où les mœurs d'Angleterre et d'Amérique sont l'objet d'une satire ingénieuse autant .que spirituelle.

Mais l'école de Walter Scott et de Gooper ne pouvait toujoui*s captiver le public; le genre historique et pittoresque allait s'épuisant; il fallait un nouvel ordre d'idées, une autre source d'émotion aux imaginations blasées. Dickens parut, et donna au roman une direction nouvelle, un but de réforme et d'utilité sociale. Né à Portsmoutb (1812-1870), Dickens fut d'abord sténographe ou reporter des débats parlementaires, et prit dans ces fonctions les habitudes d'observateur qu'il devait porter un peu plus tard dans ses livres. A vingt-cinq ans, il devint célèbre par la publication des Pickwick Paper$, où il esquissait les aventures d'un cockney de Londres; c'était une attaque fort peu révérencieuse contre les préjugés sociaux, une série de boutades humoristiques, satiriques, hyperboliques, qui excita autant de rumeur que de curiosité. Ce petit scandale ayant réussi, Dickens eut le bon esprit de ne point en abuser; il se montra plus réservé, mais plus vrai^ dans Nicholas Nickeby, peinture amusante et curieuse de la vie de pension , des misères et des manèges de la pédagogie. Olivier Twist a une portée plus grave et plus sérieuse: Dickens y commence cette série d'études sociales, où il dévoile les plaies des classes inférieures, la misère, la dé* gradation qui les affigent; il s'attendrit sur leurs souffrances , et sans déclamer, sans faire de théories subversives, il excite un vif intérêt en faveur de ces déshérités de la fortune, de ces faibles, de ces opprimés, que le sort

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