‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 125 sur 191 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

a condamnés auic rudes labeurs et à la misère; du contraste entre la richesse et la pauvreté, il tire de puissants efiets où domine le sentiment de la commisération , et un appel à l'équité, à la charité. Telle est la pensée qui circule dans Bamàby Rudge, Humfrey, la Bataille de la vie, Dombey et fils, David Copperfield, Hard Times. L'esprit d'observation chez Dickens a une intensité remarquable; ses tableaux, ses caractères sont tracés avec une grande énergie; ils sont vivants par les détails. Ses descriptions nous paraissent, il est vrai, un peu longues, minutieuses et tourmentées; notre goût y trouve de l'excès, il s'accommode mal de tant de détails et préfère une action qui marche et va droit au but; mais l'esprit anglais se plaît à l'analyse qui s'absorbe dans une idée, s'attache à un objet, et ne le quitte qu'après l'avoir épuisé. Cette préoccupation des détails crée parfois une sorte d'hallucination qui rappelle la manière d'Hoffmann; à force de voir le petit côté des choses, de les retourner sous toutes les faces, l'auteur parait oublier l'ensemble; le grand lui échappe; il rampe et ne peut plus s'élever : c'est le défaut de la manière de l'écrivain; à force d'analyse, il ne retrouve plus la synthèse. Cependant Dickens sait toucher et attendrir : en peignant les misères de la vie et les effets des passions, il fait jaillir les larmes. La satire qu'il fait des vices et des travers humains est souvent poussée jusqu'au sarcasme, mais il excelle plus encore à exciter l'émolion poignante et triste. Il en trouve une source inépuisable dans cetle grande société anglaise où la richesse insolente est superposée à la plus affreuse misère, où l'aristocratie de l'argent est fondée sur le travail d'une population qui gémit, ahane et s*étioIe dans les manufactures et au fond des mines. En prenant parti pour les classes opprimées, Dickens démasque

iiO LITTÉRATURE ANGLAISE.

l'hypocrisie officielle, le formalisme administratif, mais sans prêcher la révolte, et en maintenant intact le sentiment du devoir. Comme romancier, il aura une place importante parmi les meilleurs écrivains de son pays ; il pehit supérieurement la vie réelle , avec un cachet d'ori* ginalité puissante qui fera vivre ses œuvres.

Thackeray (1811-1863) est le rival de Dickens; comme lui, il fait du roman un levier des réformes sociales; mais il s'attache surtout à peindre les classes moyennes en opposition avec l'aristocratie : son talent est plus ferme, plus contenu, et il noue l'intrigue avec plus de vigueur et d'habileté dramatique; c'est, dit-on, unFielding approprié aux idées modernes. Il n'arriva que tard à la célébrité : jusqu'à trente ans, il parcourut le monde, visita la France, l'Italie, l'Allemagne. Né à Calcutta, il quitta l'Inde tout enfant, et vit en passant à Sainte-Hélène Napoléon sur son rocher d'exil. Ses débuts littéraires se firent dans le journalisme; il collabora au Fraseras Magazine et au Punch, et publia plusieurs volumes d'esquisses, The Paris sketch-book, The Jrish skelch-booh , Snob papen, etc., qui n'eurent qu'un médiocre succès. Sa célébrité date de 1847, époque où il fit paraître sa Faire aux vanUés (Vanity fair), tableau vivant et complet de la vie anglaise. Le public fut saisi , fasciné par ces fortes peintures, vrai miroir où la nation pouvait se contempler, quoique son portrait ne fût nullement flatté par la verve satirique de l'auteur. Thackeray s'éleva plus haut encore dans Pendenms, où les vices de la société anglaise sont mis à nu avec une rigueur inflexible; il y a là des types excellents, des portraits tracés de main de maître. Les Newcomes forment la continuation de Pendennii, avec plus de variété et de contraste; la touche y gagne encore eu vigueur : le peintre est à l'apogée

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