CHAPITRE QUINZIÈME. W
de son éclat. Dans Esmmd, l'écrivain change de ton et de manière; c'est un tableau historique dont la scène est placée sous la reine Anne; le portrait de Marlborough y est tracé avec un grand talent; il en donna la suite, mais avec moins de bonheur, dans les Virginiem, peinture du règne de Georges II; l'intrigue est mal combinée, et les digressions paralysent l'intérêt. En 1851, Thackeray commença une série de voyages en Angleterre et en Amérique pour donner des Lecturei publiques qui excitèrent un grand enthousiasme, tout en lui rapportant beaucoup d'argent. Il prit pour sujet de ses séances les HumorUtei anglais du dix^huHième siècle et les Quatre Georges; le satirique se faisait historien, tout en restant moraliste et philosophe : ces derniers travaux comptent parmi ses meilleures inspirations.
Bulwer Lytton (1805-1873) avait précédé Dickens et Thackeray dans la carrière littéraire ; il leur a survécu • depuis l'âge de quinze ans jusqu'à sa mort, il n'a cessé d'écrire, et toujours avec succès : rare exemple d'une longue carrière si bien remplie, et toujours avec honneur et bonheur. Il a abordé tous les genres, roman, drame, poésie, satire, critique, politique, éloquence; à ces nombreux travaux d'imagination, il a joint ceux de l'homme d*Ëtat, car il devint successivement membre du Parlement, baronnet, secrétaire d'État et pair du royaume; riche, heureux, admiré, il n'a connu que le succès; et malgré une vive censure des vices de l'aristocratie, il n'a soulevé contre lui ni ressentiments, ni inimitiés. Sa fécondité même n'a pas connu les revers de l'Age , et jusqu'à la fin sa plume a conservé la même fermeté, son imagination la même vigueur. Enfin, pour comble de félicité , il a vu son fils, Robert Bulwer, débuter avec éclat dans les lettres, et II. 46
ut LITTÉRATURE ANGLAISE.
se faire applaudir sous le pseudonyme d*Owen Meredith en même temps que la carrière politique s'ouvrait à sa jeune ambition. Depuis Walter Scott jusqu'à Dickens, Bulwer a tenu avec gloire le sceptre du roman. Il débuta en 1827 par Falkland, écrit sous l'influence des idées byroniennes; bientôt son talent s'afBrma, et prit sa teinte originale dans Pelham^ Devereux, CUfford, Aram, Rienzi, les Derniers Jours de Pompéi, MaUravers, le Dernier des barons, Caxton; ce dernier est considéré comme son chef-d'œuvre; mais on peut mettre au même rang : Mon Roman, ou les Variétés de la vie anglaise, et Qu'en fera-hU? Son dernier roman, les Parisiens, fort admiré des Anglais, nous semble tomber dans le pamphlet, et nous pourrions faire bien des réserves sur la manière dont il nous traite. Au théâtre, on joue encore sa Dame de Lyon. Il n'a guère épargné ses compatriotes dans V Angleterre et les Anglais, qui est une peinture satirique, parfois virulente, de la société de son pays. Bulwer rivalise avec Walter Scott pour la fécondité et la variété de l'invention, et il ne lui est pas inférieur pour le style.
Benjamin Disraeli (1805) nous offre un autre exemple du romancier devenu homme d'État, et une nouvelle preuve qu'en Angleterre les œuvres d'imagination ne nuisent point à la fortune pQlitique. Disraeli eut à vaincre des obstacles que ne connut pas Bulwer; fils d'un littérateur estimé, dlsaac Disraeli, auteur des CuriosUés littéraires, il lui fallut se tracer sa carrière à force de talent et de volonté, et vaincre en même temps le préjugé qui s'attachait à la race juive dont il était issu ; il y a si bien réussi qu'il est arrivé à marcher de pair avec les plus grands noms de l'aristocratie anglaise, à occuper les plus hautes fonctions dans l'État, à devenir chancelier de l'Échiquier,