‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 14 sur 191 · CHAPITRE DEUXIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. S

qui se succèdent , un récit nu et sans couleur, point d'enthousiasme poétique ; il font de la prose rimée , rien de plus ; mais il s*y joint de la facilité , de la grâce , quelque chose de vif, de clair , d*amusant , d'entraînant. L*art de causer , de conter , est le génie propre de ce peuple : il ne faut pas lui demander davantage.

La légende du roi Arthur , si célèbre dans les romans chevaleresques du moyen âge , a pris naissance dans les chants, les chroniques, les traditions, les contes popu* laires de la Cambrie ; du sixième au dixième siècle , on en trouve les fragments épars dans une foule de monuments qui en offrent la substance et les traits principaux. Tous les anciens bardes ont célébré cette héroïque figure , qu'entoure une auréole merveilleuse. Taliesin le représente comme fils d'Uter à la tète de dragon; à côté de lui se place toujours sa femme , la fière Gwennivar (Genièvre) , son majordome, Kaï le Long (Keu), son échanson Beduyr, son héraut Gwalhmal (Gauvain).Dans ces légendes primitives, Arthur est un miracle de vaillance; il s'empare d'une foule de villes et de pays; sa puissance n'a point de bornes ; il possède une épée magique ; il rivalise d'éclat avec le soleil.

A côté de cet Arthur mythologique , fabuleux , sorte de demi-dieu païen , nous trouvons , dans des légendes plus récentes , un Arthur réduit aux proportions humaines et historiques : c'est un prince chrétien , un chef breton qui tient sa cour à Rerléon , dans le pays de Galles ; c'est un roi chevalier , plein de vaillance et de piété ; le héros se transforme, selon le temps, au gré du caprice et de l'imagination du poète ; il en est qui le montrent accomplissant un pèlerinage jusqu'au saint Sépulcre, et sur son bouclier est peinte l'image de la sainte Vierge , objet spécial de

son culte ; il a pour cri de guerre : Dieu aide et sainte Marie. On voit que la légende du roi Arthur a varié avec le temps , les lieux et les circonstances ; transportée en Armorique par les émigrés bretons , elle s'y conserva pieusement ; ce prince devint un type poétique en même temps qu'une personnification de la patrie regrettée. D'après la tradition cambrienne populaire , Arthur n'était pas mort dans le combat où il avait disparu , la fée Morgane l'avait guéri de ses blessures , et transporté dans l'tle d'Avalou , d'où il devait revenir plus puissant que jamais pour gouverner les Bretons. C'est donc en Bretagne que la légende arthiuîenne a pris cette consistance poétique , ce dévelop* pement national qui a servi de base aux romans de chevalerie ; là son souvenir était un culte ; on le chantait dans les églises ; on sculptait sa figure sur les portails en granit; Alain des Iles dit que le peuple eût maudit ou lapidé quiconque aurait osé soutenir qu'il était mort. Ces chants poétiques, ces traditions orales, après plusieurs siècles de vogue populaire, furent enfin rédigés et écrits; elles formèrent le livre intitulé : Brut y Brenhined, ce qui signifie : Légende du Roi, et non Brutus de Bretagne, comme on l'a dit par erreur ^ Ce livre fut importé en Angleterre vers l'an 1 125 par Gauthier Calenius, archidiacre d'Oxford, qui le mit en dialecte cambrien ; cette rédaction est la seule qui existe , l'original armoricain ayant été perdu ; elle fut traduite en latin par Geoffroy-Arthur de Monmoulh, et c'est ce texte qui servit de base à tous les romans chevaleresques de la Table ronde. Le premier poème qui en sortit fut le Roman de Brut, écrit en vei*s français en 1155 par Robert Wace, l'un des compagnons de Guillaume le Con-

> voir DE Là ViLLBMARQiiÉ, les Komons de la Table ronde. Paris,

Page 1