‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 131 sur 191 · CHAPITRE SEIZIËMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIËMB

Iant6t poignante et amère. Thomas Hood( 1798- 1845) nous offre ces divers contrastes, et mêle presque toujours le rire aux larmes; sur un fond grave, sérieux, parfois lugubre, il se platt à semer la plaisanterie bouffonne, la pointe légère, la réflexion comique, montrant ainsi à la fois les deux faces de la vie humaine : ce singulier mélange humoristique convient bien à Tesprit anglais, et les poésies de Hood ont obtenu les honneurs d*une popularité toute nationale. Son premier recueil. Boutades et Fantaisies (IVhims and Oddities\ est Texpression la mieux réussie de ces créations parfois un peu vulgaires, mais toujours spirituelles et touchantes. Ajoutons-y deux volumes de Caprices (IVhimsicalities); mais rappelons surtout cet hymne admirable de la pauvreté et du travail, le fameux Chant de la chemise, qu'il écrivit au milieu de la longue maladie qui le conduisit au tombeau. Pauvre luimême, et chargé de famille, il connaissait bien les transes de la misère et la dure sujétion du labeur quotidien ; il peint dans cette pièce la pauvre femme qui travaille, qui veille, et] use sa vie et ses forces à la couture de la chemise, pour obtenir le maigre salaire qui la préserve à peine de mourir de faim >.

' Les doigts fatigués et usés,

Les paupières appesanties et ronges, Une femme assise, couTerte de haiUons, Poussait son aiguUle et son fil.

Pique, pique, pique!

Dans la pauTreté, dans la faim et la souiUure; Et d^une voix triste et douloureuse Bile chantait le Chant de la chemise...

Travaille, travaille, travaille !

Mon labeur ne s'arrête Jamais.

Et quel en est le fruit? Un grabat en paille, Un morceau de pain et des guenilles;

C'est aussi en fayeur des classes déshéritées que chante et réclame miss Caroline Norton, petite-fille du célèbre Sheridan, et dont la destinée offre plus d*un rapport avec celle de George Sand. Malheureuse en ménage, elle s'insurge contre les liens du mariage et le côté oppressif des institutions sociales; défendre les faibles, les pauvres» les opprimés, réclamer des réformes en leur faveur, tel est l'objet constant de ses efforts dans ses vers comme dans ses récits en prose. Ses deux principaux poèmes sont les Chagrins de Rosalie et Y Enfant des Iles,

Mais la poésie militante et philanthropique est bornée par sa nature et ne produit d'ordinaire qu'un effet mo* mentané, tandis que le public revient toujours aux créations qui cherchent l'idéal du beau et du vrai dans la contemplation de la nature et les nobles émotions de Tâme. A ce point de vue, le premier poète de TAngleterre contemporaine est sans contredit Alfred Tennyson (1810), le chantre heureux et inspiré du Cygne mourant, de Maud,

de Locksley HaU, des Idylles du Roi, du Sainl-Groal, û' Enoch Arden, de Gareth et Lynette, Des tableaux rustiques, des scènes élégiaques et pastorales, des aventures fantastiques de la vieille chevalerie ressuscitée avec charme et bonheur, voilà les principaux objets de ses chants. Les tons en sont variés, les nuances délicates et fmes, parfois un peu recherchées par excès de grâce ; mais partout un vif sentiment de la beauté et des choses du cœur, des portraits

Ce toit délabré, ce sol nu,

Une table, une chaise boiteuse,

Et un mur si dégarni que je remercie mon ombre

De le cacher parfois à mes yeux.

TraTaille , traTaUle , traTaille !

Depuis le carillon du matin jusqu'à celui du soir!.,

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