‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 132 sur 191 · CHAPITRE SEIZIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME. S

de femmes ciselés par une main d'artiste que conduit la passion rêveuse et tendre. Il excelle à faire vibrer la note douce et sentimentale. Rien de plus gracieux que ses élégies et SCS idylles, la Reine de Mai par exemple, où il ^ rapproche des MiditaHom de Lamartine, par la fraîcheur du sentiment, et d^ André Ghénierpar le fond de la pensée. Son petit poëme le Ruisseau [the brooh) est un morceau achevé, une idylle qui ferait honneur à Théocrite.

Les idylles du Rai sont une résurrection charmante de la légende de la Table ronde , traitée avec une rare délica- .tesse. Le roi Arthur ne pouvait refleurir plus glorieusement, ni trouver une main plus habile pour le ramener dans la lice. Cette épopée moderne, greffée sur les anciens poèmes de chevalerie, se trouve parée des plus riches couleurs, et n'a rien perdu de sa pureté originelle. Tennyson a complété le cycle de ses poèmes arthuriens par le Saint- Graal [Holy Grail) ; puis il est revenu, dans Enoch-Arden, aux réalités familières de la vie ; c'est un récit qui touche à la perfection.

Pourtant Tennyson est sorti parfois de sa douce et rêveuse nature pour monter sa lyre au diapason de la passion fougueuse et de la verve saccadée de Byron : tel nous le trouvons dans Locksky Hall, petit poème d'une haute et vigoureuse inspiration. Maud offre encore un contraste plus violent avec ses autres poésies, par le ton heurté, la verve inégale, la violence des sentiments; le héros est une sorte de Werther anglais, mais il finit mieux que celui de Gœlhe : au lieu de mourir du désespoir causé par la passion, il ^e régénère par la vie militaire et l'héroïsme des combats.

Le nom de Browning a été illustré par les deux époux qui le portent ; mais la supériorité est ici du côté de la

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femme y et la réputation du mari est plutôt entée sur celle de son épouse que sur une haute valeur personnelle.

Ëlizabeth Barrett Browning (1807-1861 ) nous ramène à ia poésie philosophique » humanitaire et sociale ; quoique rapprochée de Tennyson par certains côtés, elle cherche en poésie la tendance utilitaire comme Thomas Hood : on peut rapprocher du Chant de la chemise son petit poème k Criées enfants, peinture douloureuse du travail des enfants dans les manufactures et les mines ; et quoique le style en soit forcé, la pensée obscure et peu naturelle , il n'en produisit pas moins un grand eflet sur Topinion publique, c Je n'ai jamais considéré, dit Mrs Brovrning, le plaisir de l'oreille et de l'esprit comme le but final de la poésie, i Ame mélancolique et élevée, elle a puisé dans ses malheurs personnels, dans les souffrances d'une longue maladie, une vive sympathie pour les douleurs des autres , et sa muse s'est faite l'écho de toutes les tristesses. Elle a chanté en vers émus et inspirés, dans la Tombe de Cowper^ la pénible existence de ce malheureux poète, qui ne pouvait écrire que dans les intervalles lucides d'une terrible mala« die mentale. Les poètes malheureux, et le nombre en est grand, inspirent une vive commisération à Mrs Browning; elle les passe en revue dans sa Vision des poètes, depuis Homère jusqu'à Byron , et montre que rarement le bonheur a été le compagnon de la lyre. Citons encore Géral^ dine et Aurara Leigh, deux poèmes où les inégalités sociales sont peintes à l'aide de ces imions exceptionnelles qui sortent de la vraisemblance pour tomber dans le romanesque : thèmes à dissertations , où se complaît trop l'auteur.

M. Browning (1812) a survécu à sa femme, qui lui a légué en héritage une part de sa popularité; mais quoi-

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