‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 140 sur 191 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

leurs ; mais il a le défaut de viser trop à l'efTet, et il fatigue par le ton déclamatoire qui y domine partout. VHùUÂrt de Frédéric est 'écrite d*une manière plus calme et d'un style plus sobre, mais Tadmiration qu'il a pour ce prince et pour Voltaire nous paraît bien exagérée. Selon lui, Tun résume Yactian, et l'autre la pensée du dix-huitième siècle, et en dehors d*eux, ce siècle n'a plus rien produit. Garlyle avait sur les grands hommes une théorie qu'il a développée à part dans son ouvrage sur les Héros : en eux se résume Thumanité, tout ce qui se fait de grand ne se fait que par eux : ils sont < les organes articulateùrs du corps social >. Le reste, servumpecus, ne compte à peu près pour rien, et suit l'impulsion donnée par les grands hoinmes.

Il y a aussi une tendance paradoxale dans Y Histoire dAngleterre de M. Froude (1818), consacrée à raconter le règne de Henri YIII et celui d'Elisabeth; car il s'applique à réhabiliter la mémoire de ce prince dont les vices et la cruauté n'inspirent ordinairement que la répulsion. M. Froude le place résolument au-dessus de François I*' et d^ Charles-Quint. Il est vrai que les vertus que lui reconnaît l'historien se rapportent à la période de son règne qui précéda le divorce et la rupture avec Rome; jusque-là* il fut un Titus et un Marc-Aurèle, dit M. Froude; mais Néron aussi eut des années de vertu; l'histoire n'hésite pas pourtant à le flétrir comme un monstre. Le dernier ouvrage de M. Froude, les Anglais en Irlande au dix-huitième siècle^ est aussi un bon travail, qui indique dans le jeune écrivain le désir de marcher sur les traces de Macauley.

V Histoire de Charles-Quint, déjà racontée par Robertson, a été l'objet d'un travail plus complet et plus approfondi sous la plume intelligente de sir Stirling Maxwell (1818). Cet écrivain a eu en main des documents inconnus à son

devancier, et s'en est servi habilement pour rendre à €liarles-Quint sa vraie physionomie dans le monastère de Saint-Just, en la dégageant de ^attirail romanesque dont on Pavait affublée. On lui doit encore une bonne étude historique et artistique sur Velatquex et ses outrages.

Parmi les bons travaux consacrés à l'histoire nationale, il faut citer encore Y Histoire des Anglo-Saxons, V Histoire de Normandie et dt Angleterre par sir Francis Palgrave, qui éclairent d'un jour nouveau les origines du peuple anglais. V Histoire de la conquête normande, par H. Freeman (1823), quoique fortement empreinte de gallophobie, mérite aussi d'être citée parmi les bons ouvrages historiques de ces derniers temps. Lord Stanhope a raconté avec beaucoup d'intérêt V Histoire d'Angleterre depuis la paix d'Utrecht jusqu'à la paix et Aix-la-Chapelle, et séparément Y Histoire du règne de la reine Anne.

Charles Grote (1794-1871) s*est attaché à l'anliquité hellénique, et a écrit Y Histoire de la Grèce en douze volumes, la plus complète que l'on ait jamais composée sur cette riche matière^ et il semble l'avoir épuisée, tant est exact et approfondi le tableau qu'il fait des événements, de l'élat civil, moral et religieux du peuple grec. Gomme Niebuhr pour YHistoire romaine, Grote met au rang des fables et des légendes poétiques tout ce qui concerne l'origine des peuples grecs, les guerres des Argonautes, de Troie et de Thèbes, qui ne nous sont connues, il est vrai que par la poésie; mais avec quelle science profonde, quelle supériorité de vues il parcourt les grandes périodes historiques des républiques d'Athènes. et de Sparte, la guerre du Péloponèse, les guerres médiques, les luttes de l'Agora, les rivalités d'une démocratie turbulente qui aboutissent à la servitude ! Ce grand et beau travail est plein d'aperçus neufs.

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