‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 15 sur 191 · CHAPITRE DEUXIÈME. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. S

quérant , et devenu depuis chanoine de Bayeux. Il fait remonter la généalogie d'Arthur jusqu'à Ënée , et lui fait accomplir des prouesses fabuleuses, des conquêtes à travers l'Europe y jusqu'en Norvège et en Italie , où il entraîne cent quatre vingt-trois mille chevaliers. A côté d'Arthur, il place le fameux enchanteur Merlin , barde du sixième siècle y qui joue un rôle si important dans les légendes galloises , et qui fut lui-même ensorcelé par les charmes de la fée Viviane : elle le tient enfermé dans une prison magique^ et le roi envoie à sa recherche tous les chevaliers de la Table ronde; c'est Gauvain qui parvient à découvrir sa retaite.

Robert Wace parle ainsi du roi Arthur et de ses chevaliers : a C'est pour eux qu'il créa l'ordre militaire de la Table ronde , dont les Bretons racontent mainte fable. Tous les chevaliers étaient égaux , quels que fussent d'ailleurs leur rang et leur titre ; tous étaient servis à table de la même manière ; aucun ne pouvait se vanter d'occuper une place plus élevée que son voisin : il n'y avait entre eux ni premier ni dernier. Il n'y avait pas un Écossais, pas un Breton , pas un Français j pas un Normand , pas un bon chevalier, de l'Orient à l'Occident , qui ne se crût tenu d'aller à la cour d'Arthur. Tous ceux qui recherchaient la gloire y venaient de tous les pays, tant pour juger de sa courtoisie que pour voir ses États, pour connaître ses barons, pour avoir part à ses riches présents. Les pauvres gens l'aimaient, les riches lui rendaient de grands honneurs; les rois étrangers lui portaient envie et le craignaient, car ils avaient peur qu'il ne conquit tout le monde et ne leur enlevât leur couronne *. »

' Quant à la fameuse Table ronde, il n^en est pas fait mention dans les anciens bardes [gallois ni dans les contes cambriens, quoique Robert

Il reste prouvé , par ce qui précède , que la légende poétique d*Ârthur a fleuri à la fois dans son berceau primitif, le pays de Galles, et chez les Bretons d*Ârmorique , qui la conservèrent avec soin et la développèrent avec amour : les deux peuples avaient la même origine et la même langue ; rémigration les avait séparés , mais leurs bardes chantaient à Tunisson les mêmes souvenirs nationaux et poétiques, et^ selon Texpression énergique de l'un d'eux, c ils s'entendaient parler d'un rivage à l'autre ».

Longtemps négligés et inconnus, les poèmes gallois furent signalés à l'attention publique à la fin du siècle dernier par le docteur Owen , qui en publia quelques-uns. Une collection précieuse de ces documents cambriens , en vers et en prose , existait au collège de Jésus à Oxford : on la connaît sous le nom de lAvre rouge , à cause de sa reliure. Une femme distinguée , lady Charlotte Guest , très-versée dans la langue galloise , en tira un certain nombre de contes , qu'elle publia sous le titre de : Mabinogion^ qui est celui d'un de ces récits (Mabinogi). Mais il n'y en a qu'un petit nombre qui se rapportent au roi Arthur : les autres sont de source étrangère.

Si nous insistons sur ces origines de la poésie bretonne,

Wace en parle comme d'une tradition populaire. On pourrait en trouTer l'origine dans PécrÎYain grec Poûdonius, qui Tisita la Gaule cinquante ans ayant Père chrétienne. « Chez les Gaulois, dit-il, dans les festins nombreux et d'apparat, les convives se rangent autour d'une toHe rende. Après des repas copieux, les guerriers aiment à prendre les armes et à se provoquer mutueUement à des combats simulés. » Ces fesUns, ces jeux militaires qui prenaient le nom de Table ronde seraient ainsi l'origine de l'ordre chevaleresque du roi Arthur. L'ordre de la Table ronde était composé de vingt-quatre, puis de cinquante membres; la table ell^méme est conservée à Winchester, et les noms des chevaliers y sont gravés. (Voir De la Villemarqué, les Monums de la TabU nmde, p. 33 et suiv. Paris, Didier, 1860.)

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