CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. tTI
bon ou mauvais» sert d'assaisonnement à ce repas assorti. Encore peut-on trouver le tout réuni , comme au restaurant, dans quelque revue ou magazine, genre de publication que les Anglais ont multiplié et perfectionné.
Plusieurs de ces publications ont une vogue prodigieuse, et des lecteurs par millions. A la tête se placent les vieilles revues trimestrielles, qui ont leur clientèle fidèle, le QiMr» Urly Review, VEdimhurgk Review, le Blachoood's^ le Fraxer^s Magazine, le Comhill Magazine, et tant d'autres; puis viennent de nombreux recueils mensuels ou hebdomadaires, qui emploient et usent quantité d'écrivains, condamnés à un obscur et éphémère labeur; quelques-uns sont répandus à un nombre prodigieux d'exemplaires. Gela produit plus d'argent que de renommée, mais chez une nation essentiellement marchande l'argent passe avant tout le reste. Nous avons même vu les princes du roman moderne, Dickens et Thackeray, faire du journal la base de leurs publications, et y chercher la popularité en même temps que la fortune. Les vers d'un poète en renom y sont même accueillis avec faveur, et l'on assure que cent vers de Tennyson lui ont été payés cent guinées par la direction du Comhill Magazine. Du reste la plupart de ces journaux et revues ont une classe spéciale de lecteurs, selon qu'ils soutiennent tel ou tel parti, telle ou telle secte religieuse ou opinion philosophique et sociale : il y a des journaux whigs, des journaux tories; il y en a pour la philosophie sceptique, pour l'église anglicane, pour les quakers, pour la nationalité irlandaise , écossaise ; pour tous les goûts, toutes les croyances et toutes les professions : c'est un fractionnement indéfini de la pensée et des instincts individuels. Ce sont les écrivains médiocres qui se livrent à ces thèses spéciales; quant aux hommes supérieurs, ils
%lt LITTERATURE ANGLAISE.
planent au-dessus par la généralité de leurs vues et Tindépendance de leur jugement. L'esprit d'analyse, porté trop loin y indique Félroitesse des idées et Tépuisement de Timagination.
Mais en terminant cet aperçu, nous devons indiquer un autre mouvement intellectuel bien plus sérieux, bien plus fécond en résultats probables, qui se manifeste en Angleterre depuis un quart de siècle : nous voulons parler de Tébranleraent que subit la religion de FÉtat ; l'épiscopat politique , établi par Henri YIII et Elisabeth, est aujour* d*hui menacé de ruine. L'antique éiabliisemerU tremble sur sa base, et c'est du sein même du protestantisme que partent les coups qui profitent à la réaction catholique. L'Angleterre tend à se réunir à l'orthodoxie romaine, et déjà un grand nombre de conversions éclatantes se sont accomplies, présageant un retour qu'on peut considérer comme peu éloigné et plus que probable.
Les causes de ce mouvement dans la foi religieuse sont multiples. L'esprit d'analyse et de critique, base du protestantisme , a porté ses fruits ; il en est résulté une décomposition de la doctrine qui l'a réduite à rien. La liberté indéfinie de penser et de croire^ sans autorité ni contrôle, a abouti naturellement au scepticisme. L'organisation épiscopale n'est plus restée qu'une forme politique, traditionnelle, perdant peu à peu sa force et son prestige ; elle ne pouvait empêcher la division et la dissémination des sectes : son autorité, liée à celle de la couronne, par une confusion absurde des pouvoirs spirituel et temporel , n'a pu résister à l'esprit d'examen et au besoin d'indépendance. De graves dissensions se sont produites au sein même de l'église nationale ; ou a vu un