CHAPITRE DIXSEPÏIÈME
évêque en fonctions* révoquer en doute la divinité de Jésus-Christ, détruisant ainsi la base même de la religion chrétienne , et produisant jusqu'au banc de la reine un scandale retentissant. Gela n'a rien qui doive nous étonner; partout, en Angleterre comme ailleurs, le protestantisme se décompose, il devient pour les uns une simple opinion philosophique , pour d'autres une forme de religion spiritualiste sans dogmes ni principes arrêtés ; enfin pour beaucoup il aboutit à la négation et au scepticisme. En France, la nouvelle théologie protestante en est aussi arrivée à nier la divinité du Sauveur, l'inspiration des saintes Écritures, les dogmes, les miraciqs, en un mot le surnaturel. La discorde s'est produite au sein même du conseil presbytéral de Paris , partagé entre les anciennes croyances et les nouvelles , qui ne sont plus que des opinions : tel pasteur a été mis au ban de l'Église réformée à cause de ses opinions hétérodoxes; un autre a dit dans ses sermons : < Si les miracles que les évangiles rapportent vous effrayent, au nom du Sauveur je lève vos scrupules, et je vous dis : Soyez chrétiens sans croire aux miracles. Seraient-ce les dogmes qui vous arrêtent ? Soyez chrétiens sans les dogmes ^. » Tout cela est logique , et découle de la liberté d'interprétation, base de la doctrine protestante.
Ces incertitudes , ces défections , cette insuffisance de l'autorité religieuse ont frappé en Angleterre les esprits sérieux, les cœurs chrétiens, qui cherchent et veulent sincèrement la vérité religieuse. C'est au sein même de l'université d'Oxford qu'est né le mouvement de retour vers l'unité catholique qui a déjà produit des résultats sérieux, des conversions éclatantes. En 1832 fut fondé le British
' L'évèque Colenso.
' Calani, Sermons, t. II, p. 147-148.
Magazine, où les questions de la liturgie, de la constitution de rÉglise furent discutées avec ardeur. L'année suivante commença la publication des TracUfor tke Urnes, qui traitaient des points de doctrine et de discipline ecclésiastique. Une autre publication plus importante , le BrilUh Critie, fondé par M. Newmàn , concentra plus sérieusement encore la discussion sur toutes les questions relatives à rhistoire ecclésiastique , à l'art chrétien , aux affaires religieuses, politiques et sociales; l'esprit de sagesse, la science et l'élévation des vues de ce recueil attirèrent l'attention de tous les hommes sérieux. Le docteur Pusey, âme droite et sincère, était l'inspirateur de ces tendances vers l'unité, et ses amis publiaient des livres de prières pour demander YuniU de la tainle Église. Dès l'année 1 84 1 , Mgr Wiseman , le grand et savant évéque, ardent propagateur de la foi catholique , constatait avec bonheur ce rapprochement journalier vers l'Ëglise de Rome , qui se produisait parmi les théologiens d'Oxford. < Ils se sont pris, dit-il , à aimer nos saints et nos papes; nos rites, nos cérémonies, nos offices et nos rubrique;) mêmes leur inspirent un respect que plusieurs d'entre nous, hélas! ne paraissent pas éprouver au même degré. Nos institutions monastiques, nos établissements d'éducation et de charité sont devenus les objets préférés de leurs études. Enfin , tout ce qui concerne notre religion excite profondément leur attention et leur intérêt. »
Cest donc le besoin d'unité qui poussait le docteur Pusey et ses disciples à un retour catholique; ils se sentaient entraînés de ce côté comme vers le phare de la vérité : on lisait dans le British CrUic : c Nos affections naturelles nous porteraient d'abord à nous unir à Rome : elle est notre sœur aînée dans la foi , et même notre mère; c'est à elle