CHAPITRE PREMIER
La Hollande (pays creux ) tire son nom de la situation de son sol, placé, en plusieurs endroits, au-dessous du niveau de la mer, et protégé contre l'invasion des flots par de puissantes digues. Ses peuples primitifs étaient les Bataves, et les Romains appelaient ce pays Y Ile des Bataves; leur origine était germanique. Alliés de César et d'Auguste , ils furent conquis par Drusus^ et se soulevèrent à la mort de Néron sous la conduite de Civilis; ils restèrent indépendants, mais fldèles aux Romains, jusqu'à la disparition de la puissance romaine dans le nord de la Gaule. Les Frisons et les Francs envahirent ce pays, s'y établirent, et le nom même de Bataves disparaît au cinquième siècle. Grotius prétend que les vainqueurs absorbèrent entièrement le peuple vaincu : il est plus probable que la race conquérante resta là , comme partout, à la superficie, spoliant et dominant la nation soumise, et se mêlant peu à peu à elle; mais le peuple batave continua d'exister, avec ses qualités originelles, ses mœurs et son caractère, que la fusion des races n'a pu faire disparaître.
Les Frisons firent cause commune avec les Saxons dans leur résistance à Charles-Martel et à Gharlemagne. Dominés par la conquête , ils adoptèrent le christianisme , et i'évêché d'Utrecht fut fondé. Les pirates normands firent en Hollande de nombreux et cruels ravages ; mais le comte Gérold les extermina en 885 , et il devint la tige des comtes de Hollande. Le régime féodal s'établit dans tout le pays ; outre les comtes de Hollande , il y avait les seigneurs de Brabant, de Gueldre, de Frise, etc. Ce fut pendant plu- «eurs siècles une série de guerres d'ambition , de rivalité , des luttes sanglantes, qui ne cessèrent que lorsque Philippe de Bourgogne eut réuni tous ces États sous sa domination.
282 LITTËRàTURB DES PATS-BAS.
La Hollande n'a plus aujourd'hui le prestige de grandeur et de puissance qui Tenvironnait au dix-huitième siècle : elle a perdu la suprématie maritime, qui a passé à TAngleterre ; celle^^i, au dix-huitième siècle , Ta refoulée presque partout, et lui a enlevé ses plus belles colonies. Néanmoins il lui reste assez de gloire dans le passé, et de richesse, de prospérité dans le présent , pour en faire une nation toujours digne de respect et d'attention. Elle a eu des savants, des lettrés de premier ordre; elle a été longtemps un des principaux foyers d'intdlligence en Europe; ses érudits ont plus d'une fois donné le ton et l'exemple à ceux de France et d'Allemagne ; elle mérite donc une place notable dans l'histoire intellectuelle de l'Europe.
C'est un pays qui a sa physionomie à part, bien nette et bien tranchée. Quand on a passé la Meuse et l'Escaut, dépassé les villes si riches et si peuplées de la Flandre, centres d'une industrie active et prospère, on entre dans un pays plat, entrecoupé de rivières et de canaux ; de vastes prairies s'étendent à perte de vue , parsemées de nombreux troupeaux, qui y paissent une herbe drue, serrée, sans cesse renaissante : gras p&turages, qui forment la richesse principale du sol. Point de collines, point de forêts; de loin en loin, des villages bien bâtis, des fermes où régnent l'abondance et une propreté proverbiale , de nombreux moulins , dont les bras s'agitent et servent à l'épuisement des eaux stagnantes qui pourraient nuire à la végétation. Aux abords des villes, de riches et coquettes villas à demi cachées sous de frais ombrages , et environnées de corbeilles de fleurs, entretenues à grands frais : sur la porte d'entrée, une inscription sentimentale , dont la naïve prétention fait sourire, indique les goûts champêtres du propriétaire qui y a établi son asile : c'est mon doux repos, ma