CHAPITRE PREMIER
retraite chérie» YEden terrestre, et mille variantes de ce sentiment qui fait chercher dans la nature la compensation du travail et les jouissances de la richesse acquise par le négoce. Les villes sont les fourmilières d'une population active, industrieuse, qui se hâte lentement, arrive toujours à temps, et accomplit des prodiges; la placidité des visages, indice d'un flegme patient et tenace, n'exclut pas l'énergie puissante et créatrice. La pierre ayant manqué aux constructeurs, ils l'ont produite en délayant le sol, et la brique s'y est étagée pour former des maisons d'un aspect singulier, original. Mais ce sol lui-même est mouvant , et flotte presque sur les eaux : il a fallu l'afiermir par des pilotis donl la base solide défie les injures du temps. De nombreux canaux sillonnent ces cités aquatiques, et y apportent sans bruit les richesses et les produits du monde entier; l'Inde, la Chine, toutes les mers sont tributaires de cette petite nation de pécheurs et de négociants qui commande encore à quinze millions de sujets dans ses lointaines colonies.
C'est une merveille que ce sol spongieux des Pays-Bas , tout formé de fondrières, de marécages, et menacé sans cesse de l'invasion des flots de l'Océan. Ce qu'il a fallu de luttes, de travaux obstinés, pour le former, le fixer, le rendre habitable et fécond, est incroyable.
Ici, ce n'est pas la terre qui a fait l'habitant, c'est l'homme qui a fait la terre , qui l'a conquise sur les eaux, l'a raffermie, assainie, par des digues, des dérivations, des travaux immenses d'épuisement et de dessèchement. Aussi, ce sol qui est son œuvre, il s'y est attaché avec amour; il le couve d'un œil jaloux, il l'a toujours défendu avec toute l'énergie du patriotisme contre l'oppression et l'invasion du dehors : il l'anéantirait plutôt que de le laisser prendre.
Le jour où Louis XIV, dans l'orgueil de ses yictoires, poussait ses armées jusqu'aux portes d'Amsterdam , la nation hollandaise se résolut à un sublime sacrifice : elle ouvrit ses digues aux eaux de la mer, au risque de noyer le pays entier, et le Grand Roi fut obligé de reculer devant l'élément vengeur dont il ne pouvait triompher.
La langue néerlandaise, ou balave moderne, se partage en deux dialectes principaux, le flamand et le hollandais proprement dit. Le flamand est la langue des provinces méridionales, le Brabant et les Flandres; mais il varie notablement d'une province à l'autre. Il précéda le hollandais comme langue littéraire, et régnait sur les dix-sept provinces soumises aux ducs de Bourgogne; mais il se corrompit peu à peu, et perdit son caractère sous l'influence de la langue française, tandis que le hollandais gagnait la prépondérance, devenait, vers la fin du seizième siècle, la langue nationale, et atteignait à la perfection d'une langue littéraire.
Au fond, la langue néerlandaise est un dialecte bas allemand, d'un caractère dur, guttural, mais épuré par la culture et fixé par les travaux de savants philologues. Sa forme littéraire est un peu lourde et solennelle dans les genres élevés, mais il peut descendre à une naïveté gracieuse, et être familier sans bassesse. Le dix-septième siècle est l'époque la plus brillante de cette littérature.
Les Hollandais sont fiers de leur langue nationale ; ils s'y sont attachés conune à leur sol, à leurs vieilles mœurs, & leurs libertés. Un certain Jean Von Gorp a écrit un livre pour prouver que le hollandais était la langue parlée par Adam et Eve dans le Paradis terrestre, et, chose singulière, ce livre est écrit en latin.
C'est que, malgré cet amour pour la langue du pays, le