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CHAPITRE PREMIER

latin avait poussé en Hollande de profondes racines; l'érudition hollandaise, si forte et si savante, avait adopté le latin pour tous ses ouvrages; il est vrai que c^était pour elle le seul moyen de communiquer avec les savants des autres nations, et de répandre ses travaux, qui n'eussent eu autrement que peu de lecteurs. L'ordre des Jésuites, qui fut longtemps à la tête de l'éducation du pays, contribua beaucoup à propager et à maintenir Tusage du latin.

Notons en passant que la province de Frise, qui eut longtemps son existence à part, a conservé sa langue particulière, et a aussi une petite littérature indépendante.

Il nous sera difficile, dans cet aperçu rapide, de suivre séparément les deux dialectes qui se partagent les Pays- Bas, d'autant plus que, pour indiquer la marche et les progrès de l'intelligence nationale, il nous faudra mentionner souvent des ouvrages écrits en français squs l'influence de la cour de Bourgogne, et les écrits latins de certains auteurs qui ont une réelle importance.

C'est au treizième siècle que remontent les premiers monuments de la langue. Ce sont d'abord des chartes, écrites en flamand, telles que celle de Henri P% duc de Brabant, puis des chroniques rimées, sans nom d'auteur, rédigées dans la même langue.

Jacques Van Maerland, surnommé YEnnius hollandais, et le père des poètes flamands, traduisit en vers le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais, composa la Bible rimée (Rymbibel), le Bestiaire, ou Fleurs de la nature, tiré du Liber rerum d'Albert le Grand; les Fleurs ou Sentences d'Arts^ tote, la Vie de saint François, traduite de saint Bonavenlure, etc.

La chronique rimée continua d'être cultivée par Mélis Stoke, qui mit en vers flamands YHistoire complète des

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Comtes de Hollande; par Yaa Heelu, qui rima également

en flamand la Bataille de IVarongue.

Il semble que la Fable^ cette comédie à cent actes divers, ait apparu de bonne heure en Hollande, soit sous la forme d*aIlégories, soit plus tard sous la forme de récits satiriques. Ce genre de littérature, le plus simple, le plus à la portée de l'intelligence populaire, est partout un des premiers à se produire; dénué d'apprêt, de prétentiou savante, U natt spontanément, comme les proverbes populaires, et se propage par les récits du foyer : Vires acquirit eundo. Cette tendance à l'allégorie, aiguisée de malice, tourne facilement à la satire, et le peuple, qui en est l'auteur, se venge ainsi contre les forts, les oppresseurs, de sa misère et des maux qu'il souffre. Ainsi dut naître le célèbre roman du Renard, qui fut très-populaire, trèsrépandu dans les Pays-Bas vers la fin du moyen âge. Est-ce là que prit naissance cette épopée anonyme, qui circula bientôt en Allemagne et en France? Les avis sont partagés. Toujours est-il qu'une des plus anciennes rédactions, écrite en vers à la fln du treizième siècle, fut faite en Flandre par Jaquemars de Lille.

Au quinzième siècle, le flamand est presque abandonné pour la langue française, qui était la langue de la cour des ducs de Bourgogne, devenus maîtres des Pays-Bas en 1433. Aussi la Chronique s'écrit en français : Froissart, né à Yalenciennes, ne pourrait passer pour un écrivain flamand : sa langue, son esprit, son style, sa narration font bien de lui l'écrivain le plus français de son siècle. De même Monslrelet, Chastellain, Olivier de la Marche, tous nés dans les Flandres, ont écrit en français leurs Chroniques et leurs Mémoires; les deux derniers étaient attachés à la cour de Bourgogne, où l'on ne parlait que

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