CHAPITRE DEUXIÈME
c'est à cause de l'importance qu'elle a eue dans le développement poétique de l'Europe entière au moyen âge. Le cycle arthurien le dispute à celui de Gharlemagne comme source d'inspiration ; il a tenu en haleine toute la société féodale et chevaleresque pendant plusieurs siècles. L'imagination féconde des trouvères français en tira ces merveilleux récits où brille une chevalerie idéale , animée par le sentiment religieux et l'amour. Après Robert Wace , qui entra le premier dans la carrière, il faut citer surtout Christian de Troyes, mort au siège de Saint-Jean-d'Âcre , pendant la troisième croisade (1191), et qui composa, sur le sujet de la Table ronde, les romans de Perceval le Gallois, du Chemlier au Lion, d'Erec et Enide, et de Lancelot du Lac.
Plusieurs de ces romans de la Table ronde se rattachent à la légende du Saint Graal ou Gréai. On désignait primitivement par ce nom un vase mystique en usage dans les superstitions païennes de l'Angleterre ; les traditions galloises en font mention, et lui attribuent le pouvoir de ressusciter les morts. Taliesin le place dans le temple d'une déesse , patronne des bardes. « Ce vase , dit-il , inspire le génie poétique ; il donne la sagesse , et découvre à ses adorateurs la science de l'avenir , les mystères du monde , les trésors des connaissances humaines. > Il passait pour une des treize merveilles de l'Irlande; ses bords étaient ornés de perles et de diamants. Merlin l'emporta , disaiton , dans son vaisseau de verre. Il devint le symbole de la Bretagne insulaire , et il importait de le retrouver , c'est pourquoi la chevalerie se mit en Quête du saint Graal. C'est le titre que porte le roman de Perceval , commencé par Ghrestien de Troyes , et continué par d'autres auteurs. .Seulement la légende du vase célèbre avait changé de
forme et de caractère avec l'esprit chrétien : il avait servi à la dernière cène de Jésus-Christ » et Joseph d*Ârimathie y avait recueilli le sang du Sauveur ; avec le vase se trouvait la lance sanglante , celle qui avait percé le flanc du Crucifié. C'est dans ce roman que se peint le mieux le sentiment religieux uni à l'esprit chevaleresque du moyen Âge.
Les bardes celtiques avaient depuis longtemps préparé le terrain où devait fleurir leur poésie légendaire; plusieurs d'entre eux avaient pénétré dès le sixième siècle au milieu des Francs, et Fortunat signale un barde qui jouait de la hrote à la cour des Mérovingiens. Childebert retint longtemps près de lui un poète armoricain dont il aimait à entendre les chants et les vers. Comme les jongleurs, les bardes bretons étaient bien reçus dans les cours et les châteaux , où leurs chansons répandaient la joie, où leurs lais excitaient un vif intérêt. Ils furent aussi en faveur en Angleterre, à la cour des Plantagenets, qui se plaisaient à recueillir les légendes du roi Arthur : ce sont les bardes qui ont rendu Arthur immortel; ce sont les romanciers frangais qui ont propagé ces récits dans TEurope entière. « Le mouvement poétique , commencé humblement dans les deux Bretagnes , s'étendit de proche en proche , et gagna les romanciers anglais , provençaux, italiens, espagnols, allemands, suédois, norvégiens, danois; il se fit sentir jusqu'au fond de l'Islande, et l'Orient lui-même en éprouva le contre-coup. Qui ne connaît l'influence exercée , depuis le moyen âge jusqu'à nos jours , sur toutes les littératures, par les romans du cycle d'Arthur ? Dante leur dut son charmant récit de Paolo et de Francesca di Rimini; c'est un souvenir, renouvelé avec génie, du roman de Lancelot et de Genièvre. Chaucer