CHAPITRE PREMIER
dictionnaires, ses grammaires. Il publia également les œavres de saint Jérôme» saint Athanase» saint Basile» saint Jean Chrysostdme. Il déclara la guerre aux ckéraniens de son temps : on appelait ainsi les puristes qm exaltaient le latin de Gicéron » et ne voulaient pas employer d'autres mots que ceux qui se trouvent dans cet auteur; Scaliger lui fit à ce sujet une violente querelle.
Les Lettres d*Erasme sont intéressantes à lire pour connaître le caractère et l'esprit de l'époque.
La poésie latine fut cultivée avec succès dans les Pays- Bas par un grand nombre d'auteurs : la langue vulgaire était alors dédaignée comme trop grossière » et ne pouvant se prêter aux nuances délicates de la pensée; le latin y suppléait» et plaisait davantage au goût cultivé des érudits. Au fond cette poésie factice ne devait être qu'un écho des auteurs anciens, et le succès du moment ne pouvait lui donner une vie durable.
Nous distinguons surtout dans ce genre d'exercices» qui n'a plus d'intérêt aujourd'hui» deux familles célèbres» celle des Everardi et celle des Dousa.
Les Everardi étaient trois frères» fils d'un savant jurisconsulte» magistrat des plus distingués» Nicolas Everardi. Les trois frères Everardi , Jean Second » Adrien dit Marins et Nicolas dit Grudius» se distinguent tous à peu près au même degré par diverses poésies latines, les unes sacrées» les autres profanes» remarquables par la facilité» l'élégance et la pureté du style. On nous dispensera d'énumérer les titres de ces œuvres diverses : Épttree, Épigrammes, Élégies, Satires. Plusieurs de ces morceaux ont eu les honneurs de la traduction» notamment les Baisers (Basia) de Jean Second» dans le genre de Catulle» traduits en prose par Mirabeau» et en vers par Tissot» qui traduisit également ses Élégies.
La famille Dousa compte au moins cinq de ses membres qui se sont fait un nom dans les lettres latines. Le plus x^élèbre estTancétre, Jean Dousa (Van der Does) [1545-1604], seigneur de Nordwyck, à la fois poète, historien et critique. De plus, il fut gouverneur de Leyde en 1574, et défendit bravement cette place contre les Espagnols, malgré la famine qui fit mourir six-mille personnes. Il fonda ensuite l'université de Leyde, dont il fut curateur pendant vingtneuf ans. C'était un homme d'une mémoire prodigieuse, sachant par cœur la plupart des poètes latins. Son jugement était aussi sûr que son goût; il fit d'excellents commentaires sur Horace, Catulle, TibuUe, Plante, Pétrone, ses auteurs favoris. Il composa en vers élégiaques les Annales Uollandiœ, ainsi que des Épodes, des Satires, des Élégies, des Épigrammes.
Son fils Jean Dousa (Janus) [1571-1596] continua les Annales de Hollande. Astronome, antiquaire, poète latin, sachant le grec et l'hébreu, digne élève de Juste-Lipse, il mourut à vingt-six ans.
George Dousa (1574-1599), son frère, publia le récit d'un Voyage à Conskintinopk.
Juste-Lipse (1547-1606) termine brillamment ce siècle d'érudition; il professa l'histoire à léna, à Leyde et à Louvain , et fut nommé historiographe du roi d'Espagne Philippe II. Né catholique, il se fit luthérien, puis calviniste, pour redevenir enfin catholique; ces croyances flottantes lui firent perdre dans l'estime de ses contemporains. Peu d'hommes ont été plus versés que lui dans la connaissance des lettres anciennes ; son Commentaire sur Tacite passe pour un chef-d'œuvre ; il a encore annoté beaucoup d'autres auteurs latins, et écrit divers ouvrages de politique, de philosophie, d'histoire et d'archéologie.