CHAPITRE DEUXIÈME
des auteurs et des titres d'ouvrages, dressées par M. Van Praet : elle se compose de cent sept volumes. On peut juger par là de la fécondité peu connue de la littérature hollandaise. Au commencement du dix-septième siècle, on comptait déjà trois cents poètes hollandais qui avaient laissé des ouvrages, et le nombre des pièces de théâtre en 1727 s'élevait au chiffre respectable de mille deux cent quarante-six : nous donnons à penser ce qu'il peut être aujourd'hui.
Mais la fécondité n'est pas le génie; souvent même trop de facilité et d'abondance est une preuve de faiblesse. Ce que démontre cette quantité prodigieuse d'écrivains et d'ouvrages, dans un petit peuple de trois millions d'habi* tants, c'est une culture intellectuelle très-répandue, une grande activité de pensée sous la placidité persévérante du caractère. Notre étude littéraire doit se borner natu* rellement à ce qui sort de la ligne commune, aux écrivains qui représentent le mieux la pensée nationale et le mouvement de l'intelligence.
Le dix-septième siècle s'ouvre d'une manière brillante par Pierre Corneille Hoofl, d'Amsterdam (1581-1647), le Père du théâtre hollandais, et de plus historien remarquable. Il étudia à l'université de Liège, où il eut pour maître Joseph Scaliger, et pour ami le célèbre Grotius. Son génie précoce se développa par un voyage de trois années qu'il fit en France et en Italie. Henri IV lui inspira une grande admiration, et plus tard il écrivit son Histoire. Il fréquenta Malherbe, qui régnait alors en maître sur la litté]*ature française, et dont l'influence dut lui être utile : les grands écrivains italiens furent aussi pour lui de bons modèles» et l'étude des anciens, surtout de Tacite, qu'il lut et relut jusqu'à cinquante-deux fois, compléta son talent et son goût.
Après une longue guerre contre l'Espagne pour recouvrer son indépendance, la Hollande, sous Maurice de Nassau, touchait au but de ses efforts; une trêve de douze ans (1609) lui donnait enfin le repos; sa puissance maritime et coloniale avait pris une grande extension ; elle venait de créer la compagnie des Grandes Indes, et son commerce s'étendait sur le monde entier. C'est pendant cette période de calme et de prospérité que Hooft écrivit ses principales œuvres ; nommé par Maurice gouverneur de Maiden, il menait une vie laborieuse, retiré dans une petite tour du château, dont la vue poétique dominait le Zuyderzée, entouré d'une société choisie, n'ayant d'autre ambition que la gloire littéraire. Il se plaisait dans la compagnie de Wisscher et de ses deux filles, dont les goûts poétiques répondaient aux siens. Tous les partis le respectaient, et il ne craignait pas d'intervenir en faveur de Grotius, persécuté par Maurice parce qu'il était du parti des arminiens et de Barneveldt, contre les gomariens soutenus par le prince; il protégea également Descartes qui était venu chercher en Hollande le calme nécessaire à ses études scientifiques, et que Yoet, gomarien fanatique , avait accusé d'athéisme.
Amsterdam vit s'élever sa première salle de spectacle en 1617, par les soins de Samuel Goster. Hooft y fit représenter ses pièces, dont nous indiquerons les principales : Achille et Polyxène, imitation de l'antiquité; Granida, pastorale héroïque dans le genre de YAminta du Tasse; Gérard de Velsen^ tragédie dont l'intérêt est refroidi par l'emploi de personnages allégoriques, comme la Concorde, la Discorde, et même le fleuve Vecht, qui prédit la grandeur future d'Amsterdam; la comédie de Warenar, imitée de YAulularia de Plante; enfin la tragédie de Bato, dont le héros est le fondateur de la Batavie (1628); cette pièce a