CHAPITRE DEUXIÈME
des réminiscences du Macbeth de Shakspeare; la marche en est peu régulière, les caractères incomplets; mais les chœurs ont de la poésie ; le dialogue est vif et serré, et les sentiments sont élevés.
Hoof t a fait aussi des Poésies anacréontiques qui ont de la gr&ce, des Cantates harmonieuses, des Psaumes, des Stmnels, des Épigrammes.
Dans Thistoire, il s'est fait comparer à Tacite, son auteur favori , dont il donna une traduction fort admirée. Outre sa belle Histoire de Henri le Grand, il a composé VHistoire de Hollande depuis Charles-Quint, vrai monument d'exactitude, de narration concise et rapide, de style élégant et pur.
Ce poète a rendu de grands services à la langue hollandaise; il fixa les règles de la versification, adopta l'alexandrin, l'alternance régulière des rimes (nasculines et féminines, qu'il emprunta à la France, et donna au style poétique la correction , l'harmonie , la perfection dont il manquait; enfin il encouragea les premiers essais de Vondel, qui devait bientôt le surpasser, en complétant sa réforme poétique.
Jooste van den Vondel (1587-1679), fils d'un chapelier d'Anvers réfugié à Cologne comme anabaptiste, naquit dans cette dernière ville, et montra dès Tenfance un goût très-vif pour la poésie; à treize ans, ses pièces de vers étaient remarquées. Mais il lui manquait un fonds sérieux d'études, et il le comprit plus tard, lorsqu'à vingt-cinq ans (1612), ayant publié sa première tragédie, Pascha, il se tourna vers les modèles anciens, apprit le latin et le grec, et fit de Virgile son poôte de prédilection. Ses ouvrages s'en ressentirent; sa tragédie le Sac de Jérusalem (1620) attestait un notable progrès; puis parurent
Héeube, tirée de Sénèque; Palamède, œuvre plus haute encore, et surtout oeuvre courageuse, car cette tragédie était une allusion directe au meurtre juridique de Bameveldt, envoyé à Técharaud par la haine vindicative du stathouder Maurice de Nassau. Peu s*en fallut que l'auteur payât lui-même fort cher sa protestation; sa pièce fut heureusement soumise au jugement des échevins d'Amster-^ dam, qui eurent assez d'indépendance pour ne le con* damner qu'à une amende de trois cents florins. La pièce, qui avait été saisie , n'en eut que plus de succès, et il s'en flt, dit-on, jusqu'à trente éditions en quelques années; pourtant elle ne put être jouée que quarante ans plus tard, et encore avec diverses suppressions.
Yondel , obligé de se cacher pendant ce procès , put reprendre le cours de ses travaux ; il se livra à une polémique ardente en faveur des arminiens, et fit contre leurs adversaires des Satires pleines de fiel ; dans la pièce intitulée r Etrille 9 et quelques autres, on retrouve toute la verve agressive d'Archiloque, et la virulence de Juvénal. Sa tragédie de Mesialine parut une application à une princesse vivante, et elle fut interdite au moment de la représentation : l'auteur la jeta aux flammes, mais il prit sa revanche dans Gilbert d^Anatel, sujet national, dont le succès ne s'est pas épuisé jusqu'à nos jours. Cette pièce fut composée en 1637, pour l'ouverture du nouveau théâtre d'Amsterdam; l'histoire y est assez défigurée, mais la ville y trouve sa glorification et ses vieux souvenirs; cela suffit à son patriotisme; on la représente dans les derniers jours de l'année , car l'action se passe le jour de Noël , et une mise en scène pompeuse ajoute à l'eflet; au point de vue de l'art et de l'intérêt dramatique, il y a beaucoup à reprendre. Lucifer est une pièce plus originale, plus gran-