CHAPITRE DEUXIÈME
aime les chevaliers de la cour d'Arthur , et vante la grâce des vieilles légendes bretonnes. Arioste leur emprunte , en souriant, Thistoire de Merlin et de Viviane. Le Tasse a trouvé dans la forêt de Brécilien le germe de la forêt d'Ârmide. Cervantes , Shakspeare , Spenser , Ronsard et notre la Fontaine laissent voir mille traces des lectures qu'ils ont faites dans les romans de la Table ronde. Milton voulait les réunir en une vaste épopée : « Un jour je célébrerai dans mes chants nos rois indigènes, Arthur surtout, et les combats qu'il livre jusque dans les mondes souter* rains ; je chanterai aussi les héros magnanimes , les compagnons fidèles de l'invincible Table ronde , et je briserai, (oh! puissé-je vivre assez longtemps ! ], je briserai les phalanges saionnes sous le Mars des Bretons. » De nos jours, le poète lauréat So^they , et surtout Tenny son , devaient en partie réaUser le projet de leur illustre compatriote. Enfin l'auteur à jamais regrettable de Marie et des Bretons, A. Brizeux , reprenant l'idée de Milton , allait commencer à l'exécuter, lorsque la mort l'a arrêté au début de sou poème , et il n'a pu que dire :
Si la mort l'eût permis , Arthur , la Table ronde Eût été le pavois et le centre du monde.
Après ce détour épisodique, qui a bien son intérêt, revenons aux poètes particuliers à la Grande-Bretagne. Le nom de ménettrds (minstrel) fut donné particulièrement en Angleterre aux poètes chanteurs qui correspondent aux troubadours et aux trouvères. Leur époque de gloire est celle des croisades, et dure jusqu'au quinzième siècle. Le ménestrel était comme le messager de la poésie : il la portait dans les chaumières aussi bien que dans les cours. Un ménestrel était attaché à la maison du roi d'Anu. 3
glelerre : c'était le poëte en titre. Le jongleur, avec ses tours, ne venait qu'après lui. Muni de sa harpe, de son répertoire de chansons et de récits , il animait les fêtes, excitait la gaieté» faisait rêver les âmes tendres, et lançait aussi parfois la satire. Ce harpeur ambulant est toute la poésie du moyen âge ; il charme , il intéresse , il est une puissance jusqu'au moment où il est détrôné par les guerres civiles , les querelles religieuses , et par l'imprimerie, qui fait prévaloir la prose sur la poésie. Elisabeth poursuivit les ménestrels comme vagabonds.
Un sort plus triste encore était réservé aux bardes cambriens , qui avaient conservé la langue et les traditions nationales des Celtes anciens. Edouard I*% ayant fait la conquête du pays de Galles, fit massacrer tous les bardes de la contrée , pour éteindre avec leurs chants les souvenirs patriotiques de cette nation , et lui faire oublier son indépendance.
Pendant que la poésie nationale se déployait dans les chants des ménestrels , il se faisait en langue latine dans les monastères, dans le clergé , un mouvement intellectuel moins brillant, moins connu, mais plus solide et plus profond. On cultivait l'histoire , la chronique , la théologie, la philosophie , les sciences. Le nom de Roger Bacon , au treizième siècle, domine tous les autres par son immense érudition qui l'a fait surnommer le Docteur adnùrabU. C'était un moine franciscain qui avait étudié à l'université de Paris ; il savait une foule de langues , et pénétrait les mystères encore obscurs de la chimie , de la physique et de l'astronomie. Tant de science passa bientôt pour magie, d'autant plus que Bacon croyait à Tastrologie et à la pierre philosophale ; aussi fut-il persécuté, emprisonné, avec défense de rien enseigner, n efTrayait les moines ses frères