CHAPITRE TROISIÈME
sujets et des pensées à ceux qui en manquaient. Après Belpkégor et Abraham, qui étaient en vogue, on eut les Poésies bibliques et morales de Bruyn (1671-1732), anteur également de la Vie de saint Paul. Poëtc fécond et varié, Bruyn composa sept Tragédies, toutes jouées avec succès, et de jolis poèmes descriptirs, YArcadie de Sud-Hollande, YArcadie de Nord^Hollande , le Voyage le long de la rivière de Vecht. Nous avons déjà vu des descriptions de Rivières par Van der Kodde et Smits; c'était un goût local, qui a formé en Hollande la classe des poètes riviérisies, comme l'Angleterre a eu ses lakistes.
Haas (1685-1723) se livra aussi à la poésie sacrée, devenue une mode; il fit Judas le irâUre eiJonas repentant. Van Steen est auteur d'un Gédéon, Verstcy d'un Mdise, Duim d'un Jacob, Snakenburg d'un Joseph, Klinkhamcr d'un Saint Pierre, madame Winter d'un David. Tout cela prouve plus de facilité de versification que de vrai talent ; un public d'un goût médiocre encourageait l'éclosion de telles œuvres.
Les Hollandais ont l'amour de la nature, et y mettent même un certain engouement, une passion raffinée^ comme l'a prouvé pendant un temps leur enthousiame pour les tulipes*. La poésie bucolique fut en honneur au dix-huitième siècle, mais là encore le faux goût règne en maître; un art recherché y est mis à la place de la vraie nature. Vlaming (1686-1733), dans ses Idylles, se règle moins sur la simplicité de Théocrite que sur l'aiïéterie des pastorales italiennes; de Hann, dans ses Eglogues, tombe tour à tour dans l'enflure ou la grossièreté; Macquet, en voulant être naïf, ne rencontra que la platitude; Schim fut
* Go a TU en Hollande des ognons de tulipes se rendre jusqu'à cinq mille florins.
plus heureux dans son Bonheur de la vie champêtre, et ses Poésies sacrées sont assez estimables; van der Pot's et Zweerts, dans leurs Descriplions de jardins, ne sortent pas de l'ornière commnne et du faux goût en vogue. Jean de Marre célébra en six chants, toujours dans le même style, la gloire de Batavia, la fameuse colonie de la Néerlande dans les mers de l'Inde.
Feistama (1694-1758) passa de longues années à faire et à polir une traduction de la Henriade de Voltaire; il traduisit également une foule de pièces de nos auteurs français» Bomulus, les Machabées de Lamotte; Pertharite et Stiiicon de Corneille ; Pyrrhus de Grébillon ; Jonathan de Duché; on voit que son goût ne le guidait pas vers les chefs-d'œnvre. Ses deux pièces originales sont Titus et Fabricius.
Simon van Winter peut être rangé avec honneur parmi les riviéristes, pour son beau poôme descriptif de YAmstel, en six chants, où Ton trouve de la verve, un vif éclat d'imagination, de grandes qualités de style et de belles descriptions qui dépassent la ligne commune. Il imita aussi les Saisons de Thomson , en rivalisant avec le modèle. Ses deux tragédies, Mouzongo et Menzikoff n'ofireni rien d'original. Winter s'unit par le mariage à la femme auteur la plus célèbre de la Hollande pendant ce siècle; c'était Lucrèce Wilhelmine van Merken (1722-1795), déjà illustre par ses œuvres poétiques, car elle avait quarantecinq ans quand s'accomplit cette union. Elle collabora à plusieurs ouvrages de son mari, tels que sa Traduction des Psaumes; mais elle s'éleva personnellement jusqu'à la poésie épique , et triompha avec assez de bonheur des difficultés inhérentes à ce genre, où bien rarement les femmes ont pu réussir. Ses deux grands poèmes, Daniel, en douze chants, et Germanicus, en seize chants, se distinguent par