CHAPITRE TROISIÈME
une forte peinture des caractères, des récits attachants, de larges et belles descriptions, une invention soutenue dans les moyens poétiques , enfin un style riche et imagé; mais le sentiment en est un peu sec, et l'intérêt en souffre. Enfin elle a composé pour le thé&tre un assez bon nombre de tragédies, parmi lesquelles on remarque le Siège de Leyde, les Camisards, Marie de Bourgogne, Sibylle d^ Anjou et Gélon.
Guillaume van Haren (1713-1768), et son frère Onno van Haren (1713-1779), ont eu le mérite de ramener la poésie hollandaise dans des voies plus naturelles et plus nationales. Ils abandonnèrent Timitation française, et s'inspirèrent des modèles allemands, où ils trouvèrent plus d'originalité , une invention plus neuve ; tous deux ont composé des épopées nationales , inspirées par un sentiment vrai de patriotisme.
Guillaume van Haren a chanté les Aventures de Friso, prince asiatique , qu'une tradition mentionne comme fondateur de la Frise. Le poète suppose qu'il était disciple de Zoroastre, et contemporain d'Alexandre le Grand. Chassé de son trône en Asie, il arriva, après une foule de courses et d'aventures, sur les côtes de Frise, où il s'établit. Cette épopée se rattache aux modèles antiques par le plan et la forme; malgré quelques longueurs, l'intérêt est soutenu, la versification harmonieuse , et le ton digne du sujet. Les poésies lyriques de van Haren sont également remarquables.
Onno van Haren célébra la guerre de l'indépendance dans un poème en vingt-quatre chants, les Gueux, dont la forme est lyrique , quoiqu'au fond ce soit une épopée se rattachant de près à l'histoire ; il est en stances régulières de vingt vers. Le merveilleux y est peu naturel et peu in-
téressant ; il consiste en un songe qui remplit cinq chants entiers : le songe de Henri IV, dans la Henriade, a le mérite d*ëtre moins long : Voltaire sentait bien que ce genre de merveilleux avait peu d'intérêt , de même que les personnages allégoriques qui complètent ces inventions invraisemblables. Ce poêle a encore composé des OJes, deux tragédies , et quelques traductions.
Nomz (1738-1803) suivit ce courant épique qui entraînait ses compatriotes, mais son poème de Guillaume «^ ressemble trop à des annales rimées. Il s*est essayé dans bien d'autres genres , et non sans succès ; ses Éptêres, ses Satires, ses Contes, prouvent de la verve, de même que ses douze Héroîdes, Outre de nombreuses traductions du théâtre français, il a composé des tragédies, Cortex, Zoroastre, Hambroek, Las Casas, Barneveldt, et des comédies, le Fougueux, Amour et Amitié , F Homme de confiance ^ le Vieil Habit , Quelqu'un et Personne. Ces nombreux ouvrages ne l'empêchèrent pas d'aller mourir à Thôpital à soixantecinq ans.
Langendyck ( 1662-1735), poète comique , n'eut pas un sort plus heureux, et mourut comme Nomz sur un grabat d'hôpital. Talent précoce , il écrivit à seize ans Don Qui-^ chotte aux noces de Gamache, pièce qui est restée au thé&tre, puis, Krelis Louwen, les Mathématiciens, le Hâbleur. C'est le Dancourt hollandais. Il a aussi travesti F Enéide, comme Scarron. En qualité de facteur d'une chambre de liiétorique , il était obligé de produire une pièce chaque année ; elles sont réunies sous le titre de Contes de Hollande.
Rhynvis Feith (1753-1824) fut un de ceux qui contribuèrent le plus à ramener la poésie dans les voies du naturel, aussi mérita-t-il le titre de premier poète de Hollande, et ses poésies furent plusieurs fois couronnées par la société