CHAPITRE DEUXIÈME
ùnsi que ses supérieurs : ce fut un pape , Clément IV, qui le fit nGtettre en liberté. On lui attribue l'invention de la poudre à canon. Ses ouvrages sont renfermés en six livres ou traités, sous le titre de : Grand OEuwe [Opus nugui),
L'Angleterre eut, comme le reste de l'Europe, l'amour effréné de la scolastique, science abstruse , calquée sur la philosophie d'Aristote, et qui enseignait à raisonner à perte de vue avec des formules toutes faites. L'esprit humain, ainsi lancé dans les abstractions , vivait de mots et non de faits; il s'épuisait dans des discussions sans fin et sans résultat sérieux ; il abusait du syllogisme sans savoir s'en servir. La question des univertaux absorbait les esprits; on se divisait en nominaUsles et en réalistes : disputes oiseuses , interminables , arides , qui arrêtaient l'essor de l'esprit humain.
Et pourtant l'université d'Oxford, fondée par Alfred le Grand , était une des plus florissantes de l'Europe : elle eut jusqu'à trente mille écoliers. Duns Scot (1275-1304), le Docteur subtil, fut un des plus célèbres professeurs de celte université ; il vint se faire recevoir docteur à Paris et alla mourir à Cologne. C'était un habile dialecticien, défenseur passionné de la secte réaliste, et adversaire de saint Thomas , qui appuyait les nominaux. La dispute fut longue et vive entre les scotistes et les thomistes, et l'on se prend à regretter tant d'efforts perdus , tant de subtilités dans des discussions qui ont si peit servi à éclairer l'esprit humain.
Guillaume d'Occam (1280-1347) , disciple de Duns Scot, devint un de ses adversaires les plus ardents , lorsqu'il eut embrassé la cause du nominalisme. Les troubles qu'il excita à l'université d'Oxford le firent bannir de cette école ;
il se réfugia en France , puis en Allemagne , et se fit excommunier pour avoir pris fait et cause contre la papauté dans les querelles religieuses et monastiques. On Ta surnommé le Prince des nominalistes.
Il suffit d'avoir indiqué brièvement le travail intellectuel des écoles où la langue latine servait d'interprète. Cette littérature est la même dans toutes les écoles de TEurope au moyen Age. Ce qui nous intéresse surtout, c'est la langue vulgaire et la poésie nationale, à laquelle il faut revenir.
La langue franco-normande dominait depuis trois siècles en Angleterre ; transportée tout d'une pièce, et imposée par la conquête, on put croire pendant assez longtemps qu'elle absorberait l'idiome anglo-saxon, refoulé dans les classes inférieures. Mais ce triomphe n'était qu'à la surface : la cour et la chevalerie , les trouvères et les ménestrels avaient beau s'attacher à cette langue, plus facile, plus polie, plus avancée , qui venait d'outre-mer; le peuple n'y mordit jamais qu'avec répugnance ; comme il était le nombre , la force dominante de l'esprit public , son idiome finit par prévaloir.
Ce ne fut pas sans effort ni sans lutte. Les deux éléments en présence se heurtent et s'entre-croisent. Le Normand est obligé d'apprendre un peu de saxon pour se mettre en rapport avec le serf , le colon , son inférieur. Celui-ci parfois cherche à bégayer le beau langage de son maître : il l'écorche en balbutiant. Peu à peu le mélange s'opère , la fusion s'accomplit ; on conserve du français les mots savants, civilisés, les termes abstraits, philosophiques, tandis que le saxon donne les expressions matérielles , les noms des objets vivants et sensibles. Noblesse et roture finissent par s'entendre et se confondre pour ne former