ODE A DIEU
O toi dont l'existence infinie, immuable, De vie et de splendeur remplit l'immensité I Seul en ta triple essence au fidèle adorable, Seul traversant les temps en ton éternité I Esprit présent partout, et partout invisible, A l'humaine raison toujours inaccessible, Toi que nul n'a créé, que n'embrasse aucun lieu. Dont la présence auguste anime la nature, '^La règle, la soutient, l'embellit et l'épure, Auteur de l'univers que nous appelons Dieu!
Quand ma raison pourrait, par un effort sublime,
Compter les feux du ciel, les sables des déserts.
Et, plongeant dans les flots de l'orageux abtme,
Mesurer d'un regard la profondeur des mers :
Il n'est en toi , Seigneur, ni nombre ni distance;
Les chœurs des immortels, issus de ton essence.
Devant ta majesté s'arrêtent confondus;
Et si jusque vers toi s'élève une pensée.
Sous tes vives clartés elle tombe éclipsée,
Comme, au milieu d'un siècle, un instant qui n'est plus.
Gomme une goutte d'eau dans l'Océan perdue , L'univers tout entier s'efface à ta splendeur; Mais jusqu'où mes regards sondent-ils l'étendue, Et que suis-je moi-même auprès de toi , Seigneur? Si, peuplant k mon gré ces cavités profondes. Par delà tous les cieux , par delà tous les mondes, Je semais de soleils le gouffre aérien , Leur foule, accumulée en ta sainte présence, Que serait-elle? Un point dans une orbite immense ; Et moi, vaine poussière, hélas! je ne suis rien.
Rienl... Mais toujours présente, à bénir disposée, Ta grâce me relève en m'attirant à toi ; Gomme Faube du jour colore la rosée , Tes divines clartés se reflètent sur moi.
Rien 1... vm^ mon cœur s*éineut d*Hmour et d*aUëgresse;
Aux cëlcstes hauteurs où j*aspire sans cesse,
Un vol irrésistible entraine mes esprits;
Je reconnais ma force au sein de^ma misère ,
Je sens, jo réfléchis, je raisonne, j'espère.
J'existe, et tout en moi prof'lame que tu vis.
Être inefTable et saint ! Ion auguste sagesse En traits mystérieux brille de tout'^s parts; Ma raison devant loi succombe à ^a faiblesse; L'ombre de ta grandeur éblouit mes regards. Cependant si t'aimer rst mon plus doux partage; Si mon premier devoir est de te rendre hommage; Que puis-je, hélas! si faible, en proie à tant d^erreurs? J'humilierai, grand Dieu, mon âme en ta présence, Et, perdus dans Téclat de ta magnificence, Mes yeux reconnaissants se baigneront de pleurs >.
Mentionnons dans le genre historique quelques travaux qui ne sont pas sans importance; ceux de Miller sur les origines nationales, donnèrent Tiniptilsion aux recherches et fournirent des matériaux à ses successeurs.
VHUloire de Russie de Slcherbaloff, un peu lourde de forme, est intéressante pour le fond. Boltine, GolikofT, mirent leur pierre à Tédifice que devait bientôt élever Karainzine.
Parmi les publicistes, il faut citer surtout NovlkofT, dont Tactivité littéraire se dépensa dans plusieurs journaux qui eurent de la vogue , et conti*ibuèrent à réveiller le sentiment national. 11 dirigeait à Moscou une sorte de société russophile qui, par ses allures mystérieuses, s'attira les rigueurs du gouvernement. Sa Bibliothèque des anliquiUi russes renferme des recherches précieuses pour Tbistoire
' Traduit par M. Eichboff.
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nationale, et atteste des travaux consciencieux. Il s'occupa activement de propager à bon marché les livres destinés à la lecture, à l'éducation populaire, et il rendit par là de vrais services au développement de l'intelligence en Russie. Son journal intitulé Lectures pour Us enfants servit à répandre des connaissances utiles, intéressantes et pratiques ; c'est là que Karamzine débuta comme écrivain : le disciple de Novikoff devait bientôt effacer son maître.
Karamzine (1766-1826) remplit de sa renommée le règne glorieux d'Alexandre I". Il fit ses études à Moscou , puis voyagea en Allemagne, en France et en Angleterre; il écrivit ses impressions sous le titre de Lettres d'un voyageur russe, qui eurent beaucoup de succès. De retour à Moscou, il commença une série de nombreux ouvrages, traductions, nouvelles, contes, poésies, romans, journaux, notices historiques, qui ne furent que le prélude de son grand et capital ouvrage, Y Histoire de tempire de Russie, en douze volumes.
Les nouvelles de Karamzine , telles que la Pauvre Lise, Nathalie fille fun boyard, Julie, la Sombre Forêt, etc., excitèrent un vif intérêt. Le côté sentimental y domine , et ce n'est jamais en vain qu'un auteur s'adresse au sentiment, dût-il parfois l'exagérer et le fausser. Imbu de la lecture de J. J. Rousseau, Karamzine aime à décrire la nature, les scènes champêtres; c'est là qu'il cherche le bonheur dans les épanchements d'un cœur pur et les joies de la famille.
Karamzine avait débuté dans les lettres par des traductions d'auteurs dramatiques , le Jules César de Shakspeare, et VEmUia Galotti de Lessing : plus tard, il créa ou rédigea plusieurs recueils périodiques, qui établirent son influence ; mais sa renommée est surtout attachée à sa grande II. 84
Histoire de Ruisie, à laquelle il consacra toute la fin de son existence. Il ne put la conduire que jusqu'en 1560.
L'empereur Alexandre le combla de distinctions, le nomma historiographe, et à sa mort, l'empereur Nicolas dota sa famille d'une pension de cinquante mille roubles.
Au point de vue de la science et de la critique historique, l'ouvrage de Karamzine laisse à désirer, surtout depuis les progrès modernes et les travaux plus récents ; mais si l'admiration publique n'est plus aussi enthousiaste qu'au premier moment pour cette œuvre importante, on ne peut s'empêcher de rendre hommage à l'écrivain qui le premier réunit en faisceau l'histoire nationale, en fit un récit noble, élégant, mesuré, dans un style grave et soutenu, quoique paiiois monotone. Les notes qui enrichissent l'ouvrage sont très-précieuses. Un souffle patriotique anime la narration et les tableaux; les .Russes purent enfin comprendre et aimer leur passé historique ; le sentiment patriotique s'exalta à cette lecture, et quand l'invasion française en 1812 pénétra au cœur du pays, elle trouva une résistance invincible dans cet amour du sol natal fortifié par le sentiment religieux.
L*histoire de Karamzine , en réveillant la fibre nationale , fournit aux poètes et aux romanciers des sujets que plusieurs traitèrent d'une manière heureuse : tels furent Polévol, Lajetchnikoff, et Pouchkine lui-même, dont le drame de Boris Godounoff trouvera plus loin sa place.
Karamzine , tout en donnant un bon modèle de style russe , n'avait pas cra'.nt d'emprunter aux langues étrangères des termes de philosophie et de science dont il sentait le besoin. Cette innovation fut vivement combattue par Schichkoff, le chef des Slavophiles, qui publia, en 1803, un livre intitulé la Langue russe ancienne et moderne; il
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réprouve vivement les néologismes, et n'admet que remploi des mots dérivés du slave : prétention excessive , surtout . quand il s'agit de mots scientifiques consacrés par un usage européen. SchichkofT était un ardent patriote ; ses Manifestes, en 18129 eurent du retentissement.
L'école poétique de Derjavine ne produisit après lui que des œuvres prétentieuses, d'un style ampoulé et peu naturel. Quelques auteurs échappent pourtant à cette contagion. Merzliakoffy outre ses traductions de la Jérusalem du Tasse , de Y Art poétique d'Horace, des Églogues de Virgile , a composé d'assez jolies poésies , telles que A travers les vallons; on lui doit aussi un Cours de littérature, où il fait preuve de sens critique. Glinka mérite une mention pour ses Élégies et ses Lettres iTuti o/Jicier russe. Mais Dmitrieff acquit une vraie popularité par ses Chansons et ses Fables, qui sont d'un bon style. Il réussit aussi dans la satire : celle qui a pour titre Y Esprit des auteurs a de la verve et du trait; elle prouve que la critique est plus aisée que l'art, car elle peut être appliquée aux poésies lyriques de Dmitrieff lui-même. Son poème épique à'iermak, conquérant de la Sibérie , n'a pas non plus une haute valeur.
Ozéroff (1760-1816) se ât une réputation au théâtre par quatre tragédies dans le genre classique, Œdipe à Athènes, Fingal, Polyxène et Dmitri-Donskoi, Cette dernière, en sa qualité de pièce nationale , fut longtemps jouée au théâtre aux applaudissements du public. Un tel sujet devait enthousiasmer la Russie, car il retraçait en nobles caractères la grande victoire de Dmitri , prince, de Moscou , contre les hordes tartares dirigées par le féroce Mamal : c'était la patrie triomphante et délivrée du joug de ses féroces oppresseurs. La pièce date de 1807, et l'on y voyait une allusion aux efforts de l'Europe contre l'ambition toujours
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croissante de Napoléon ; son actualité devint plus frappante encore quelques années plus tard, lorsque la fortune du conquérant vint se briser contre les glaces de la Russie. Au fond, Dmitri'Donskoî est une médiocre conception; le style en est élégant et noble, quelques caractères sont bien tracés; mais l'imitation s*y fait trop sentir; c'est le Tam-. erède de Voltaire appliqué à des personnages russes, et ennobli contre nature par le faux goût du temps ; la cou* leur locale manque complètement, et le caractère principal , celui de Dmitri , est absolument manqué, La passion de ce prince pour Xénia vient fort mal à propos le détourner de ses devoirs envers la patrie , au moment où il s'agit de la sauver du joug des Tartares : cetle iialnntcric romanesque n'était nullement dans les mœurs nisses du quatorzième siècle , et sa rivalité avec le prince de Tver le met dans une position fausse qui lui fait peu d'honneur. Il eût mieux valu s'en tenir à l'histoire, où l'héroïsme de Smitri n'est point affaibli par une fade passion. Xénia comprend mieux son devoir que le prince, et sa situation offre plus d'intérêt. Le dénoûment est bien trouvé, et le récit final de la bataille de Koulikoff est plein de verve et de chaleur.
Joukorsk; (1783-1852) a importé en Russie l'élément romantique qu'il puisa dans les poètes allemands et anglais. Son caractère simple et doux , sa nature rêveuse et mélancolique le portaient naturellement à exploiter cette veine nouvelle , quoique ses premiers écrits se ressentent encore de son éducation classique. Il débuta par des odes patriotiques, et en 1812 il s'enrôla dans l'armée qui courait à la défense du pays. Son ode, le Poète au camp des guerriers russes, le fit distinguer de la cour; il devint lecteur de l'impératrice, et ensuite gouverneur du prince héritier.
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aujourd'hui Tempereur Alexandre II. Il suivit le grandduc dans ses voyages, se maria en Allemagne et mourut à Bade au milieu d'une famille qui avait fait son bonheur»
Parmi ses poésies originales, épîtres, élégies, odes et chants divers, on distingue le Chant du Barde sur la tombe des Slaves vainqueurs, le Poëte au Kremlin, Ludmila^ Suietlana, la Plainte^ la Solitude, la Coupe^ le Combat du Dragon, etc. La plupart de ces pièces sont des échos de l'Allemagne , dont Joukofsky admirait les poètes , et s'appropriait les sentiments ainsi que les formes poétiques. Il ne faut pas s'en étonner. La Russie avait trop peu vécu dans le domaine des lettres pour avoir une littérature & elle. Entrée subitement dans le courant des idées euro* péennes, elle les adaptait à ses besoins, et se faisait l'écho de ce qu'elle avait lu et admiré. Joukofsky, écrivain distingué, souple, harmonieux, mattre de sa langue et rompu au rhythme, se mit à traduire avec passion ce qu'il admirait le plus parmi les productions allemandes et anglaises : Schiller, Gcethe, Burger, Gray, Goldsmith^ Walter Scott, Byron, passèrent successivement par sa plume : la langue russe, éminemment riche et flexible» pliait sa métrique à toutes les exigences des modèles étrangers, et s'enrichissait de leurs idées comme de leurs sentiments. Le génie national a pu y perdre en originalité, mais il y gagnait en jouissances intellectuelles, et de nos jours, avec les communications rapides d'un peuple à l'autre, il s'établit un niveau littéraire qui met tout en commun , et tend à une sorte d'harmonie universelle.
Parmi les drames de Schiller, Joukofsky a traduit Jeanne d'Arc de préférence , parce qu'elle convenait mieux à son &me tendre et mystique, à ses aspirations idéales. Il se tourna ensuite vers les grands poômes hindous, persans
etgrecs; il traduisit les plus beaux passagesdu Makabharala, du Schah'Nameh, et enfin YOdjistée d'Homère. Malheureusement il ne savait pas le grec, et il se servit d*une traduction allemande interlinéaire, ce qui produit parfois des inexactitudes et une absence du sentiment vrai de Tantiquité. Telle qu'elle est, celte traduction a été fort admirée en Russie, à cause de la beauté des vers, de l'élégance, de la gr&ce qui y régnent d'un bout à l'autre. Pourtant, si on la compare à celle de Yittade par Gnéditch , on reconnaît que celui-ci est resté bien plus fidèle au texte grec et au génie poétique d'Homère.
La forme romantique, introduite en Russie avec goût et modération par Joukofsky, y forma bientôt une école fougueuse et violente comme partout ailleurs. Marlinsky et Polévoï en furent les principaux représentants, et poussèrent l'art jusqu'à ce réalisme qui le compromet et l'altère. C'est surtout dans le roman que ces tendances s'accusent. Marlinsky écrivit lé ProterU et la Prédiction terrible, que lut avec ardeur une jeunesse avide d'émotions. Polévoï, plus fécond et plus varié, fut à la fois romancier, auteur dramatique et critique. Il imita le Hamlet de Shakspeare; et mit en scène UgoUn; parmi ses romans, Abbadona et le Serment au tombeau du Sauveur furent les plus remarqués.
Batuchkoff (1787-1855) se place à c6té de Joukofsky, pour la pureté et l'élégance du style; il y mit même plus de netteté et de concision, mais lui fut inférieur pour là noblesse et la force. Il est vrai qu'il adopta un genre différent, la poésie élégiaque et légère, dont il prit les modèles dans Millevoye, André Ghénier et Pamy : c'est par eux qu'il cherche à se rapprocher des anciens , Horace, Ovide, Tibulle, Théocrite. Il fit aussi des traductions d'Arioste, de Pétrarque et de Boccace. Le mérite de Batuchkofl est
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plutôt dans la Torme que dans le fond. Pouchkine Fétudia avec passion et profita beaucoup à son école, au moins pour le style et la pureté du goût.
Les romans de Walter Scott eurent en Russie comme ailleurs un grand retentissement, et trouvèrent immédiatement des traducteurs, des imitateurs. Après Pogodine et Polévol, vinrent Zagoskinc et Lajetchnikoff. Le premier écrivit un roman historique assez intéressant, Fouri Mijoslavsky, où les mœurs populaires sont peintes avec fidélité ; mais en bien des endroits Tanachronisme historique se fait sentir; le second peint habilement les caractères et trace souvent de brillants tableaux dans ses trois romans, le Mécréant, le Dernier des Novik, la Maison de glace; l'intérêt est bien soutenu et le récit a du charme.
KrylofT (1768-1844). Nous abordons un des écrivains les plus originaux et les plus populaires de la Russie, qui, dans la fable, a conquis la même renommée dans son pays que la Fontaine en France. Sous plusieurs rapports, il a une ressemblance étonnante avec notre Bonhomme : comme lui, il n'arriva que bien tard à connaître son vrai talent, qui était la fable; comme lui, son éducation fut négligée, et se fit au hasard; comme lui, il était distrait, insouciant, paresseux; comme lui, il n'avait aucun goût pour la vie de famille; il aimait à rêver, à manger, il négligeait tout soin de tenue et de toilette; il travaillait à ses heures, et aimait passionnément la langue nationale.
A quatre ans, KrylofT faillit périr dans la révolte de Pougatscbeff : son père ayant combattu les insurgés, fut proscrit avec sa famille, et sa mère ne put le soustraire à un parti de brigands qu'en le cachant dans un grand pot de terre.
Il ne fit que des études incomplètes, lisant avec ardeur,
traduisant 9 guidé par sa mère, dont Tinstinct suppléait aux connaissances ; il eut bientôt un petit emploi de bureau, qui suffisait à peine à ses besoins, et végéta longtemps dans des fonctions subalternes, jusqu'à ce que ses travaux littéraires l'eussent fait distinguer. Enfin, en 1812, il entra à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg; ce fut pour lui une sorte de sinécure, qui lui permit de se livrer à ses goûts littéraires, et, il faut le dire, à ses instincts de paresse. Gniéditch, son collègue et son ami, faisait consciencieusement pour lui le travail assidu dont il était incapable ; mais la Russie y gagnait Téclosion de ces charmantes fables qui ont enrichi sa littérature et sa langue. KrylofT, chéri du public et de la cour, reçut des honneurs et des faveurs qui assurèrent sa position.
Les essais dramatiques de Kryloff n*ont pas grande importance : il est inutile de citer ses tragédies, dont il s'est moqué lui-même. Dans la comédie, il a eu plus de succès : le Magasin de modes a eu les honneurs d'une traduction en français* ; c'est une pièce amusante et originale; la Leçon aux filles offre aussi des scènes assez piquantes ; V Auteur dans P antichambre, V Atout, les Originaux, peuvent compléter cette liste.
Kryloff rédigea aussi quelques journaux humoristiques où son talent de critique et d'observateur se déploya plus à l'aise : tels sont la Poste aux esprits, le Spectateur, le Mercure de Saint-Pétersbourg, le Panégyrique du grand-pire. Il y emploie souvent la forme allégorique, et des apologues dialogues; ce sont des satires assez vives contre les mœurs du temps; il raille avec esprit et ironie le luxe, la prodi-
1 Dans les Che^^teuvre des ihéâires étrangers, par le comte Alexis n Samt^Prubst, le même qui a traduit le Fingal et le JHnitri-Ikmskoi d'Oiérofr.
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galité folle de ses compatriotes, Finsolence des fonctionnaires, la concussion, la tyrannie administrative, la manie de rimitation étrangère, et le mauvais goût de certains écrivains. Avec un bon sens plein de finesse , il touchait à certaines plaies sociales et indiquait les réformes utiles. Ce rôle de critique et d'observateur, Krylolï le continua avec plus de succès et de talent dans ses FabUs, qui sont devenues son principal titre de gloire. Il y débuta par quelques traductions de la Fontaine; encouragé par Dmitrieff, qui lui assurait que c'était là sa Véritable veine, il s'y adonna entièrement depuis 1808; il sut dès lors se passer de modèles. Son recueil se compose d'environ deux cents fables, dont une trentaine à peine sont des imitations. La nation russe a acclamé le fabuliste qui savait si bien s'identifier avec elle, et flageller d'une main si sûre les sottises, les travers et les vices dans cette comédie à cent actes divers. Plusieurs de ces fables sont d'une moralité générale, et s'appliquent à l'humanité entière; mais il en est un bon nombre qui sont locales, et ce ne sont pas les moins piquantes; l'allégorie en est transparente, et la nation qui a les originaux sous les yeux , trouve une satisfaction maligne à en faire l'appUcation. Ce sont des tableaux et des satires de mœurs ; le trait en est parfois acéré, mais on ne peut qu'admirer l'écrivain hardi qui, sous un gouvernement autocratique, savait si bien faire la leçon aux fonctionnaires prévaricateurs, aux magistrats ignorants et cupides, aux oppresseurs salariés, aux gentilshommes ignorants et frivoles, aux solliciteurs rampants, aux hypocrites de toute classe. Nous avons^traduit quelques-unes de ces fables dans le but de faire connaître l'écrivain le plus populaire de la Russie >.
* Kryloff ou h la Fontaine russe, sa vie et ses fables, par A. Boa- GBAULT. Paris, 1S52.