CHAPITRE V
La Russie sous les trois derniers tsars. — Alexandre P* et rémancipation des serfs. — Pouchkine. — Koltzoff. — Gréboiédoff.
Catherine II était montée sur le trône en 1762, en écartant du pouvoir son propre fils, Paul-Petrowitch , qui mena, pendant tout ce règne, une existence obscure et désœuvrée. À la mort de sa mère, en 1796, il fut enfin proclamé tsar; mais son caractère longtemps comprimé, son humeur sauvage et despotique se manifestèrent aussitôt par des caprices violents, des mesures oppressives et tyranniques. Il s'attacha à détruire l'œuvre de sa mère, dont il exila les serviteurs, les conseillers, bouleversa la politique, €t fit alliance avec le premier consul Bonaparte, dont il admirait le génie. Ces tendances réactionnaires, ces mesures arbitraires provoquèrent des complots. La noblesse, se voyant menacée et malmenée, se débarrassa du dangereux autocrate par un assassinat.
Alexandre I*', son fils, le remplaça sur le trône en 1801, et inaugura pour la Russie une ère nouvelle de prospérité et de grandeur. Doué d'un esprit juste, modéré, libéral, de connaissances solides, il s'attacha à réparer les erreurs du règne précédent, et provoqua toutes les mesures propres à développer dans son pays la prospérité, le progrès des institutions et des mœurs. L'instruction publique fut vivement encouragée, de nombreuses écoles se fondèrent ; on créa une université à Yilna, une autre à Kherson. Le
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Lycée impérial, établi à Tsarskoé - Sélo , sous les yeux mêmes et sous la protection de Tempereur, devint une pépinière d'hommes éclairés pour toutes les carrières publiques. Les mœurs nationales s'adoucirent, grâce au progrès rapide d'une civilisation éclairée. Le caractère affable du souverain, ses vertus privées, son noble caractère, servaient de modèle à la noblesse et au peuple. D'abord frappé des hautes qualités politiques et militaires de Bonaparte, il fit alliance avec lui, mais il dut l'abandonner quand il comprit que l'ambition démesurée du conquérant menaçait l'équilibre de l'Europe. Il fut malheureux à Austerlitz, et dans la campagne de 1807, terminée par les défaites d'Ejlau et de Friediand. Le traité de Tilsitt le ramena à Talliance française, et lui permit de reprendre, du côté de l'Orient, les projets de Pierre le Grand. Cependant les souffrances qu'infligeait à son pays le blocus continental, imposé à la Russie par Napoléon, et le peu de respect de ce souverain pour certaines clauses du traité, poussèrent Alexandre à une rupture, qui eut pour résultat l'invasion fatale de 1812. L'empereur trouva dans l'amour de ses sujets et le patriotisme exalté de la nation, les ressources nécessaires pour résister à une attaque formidable, et pour prendre bientôt l'offensive, lorsque la grande armée se fut engloutie dans les neiges et les glaces de la Russie. Vainqueur à son tour dans les deux invasions en France, Alexandre adoucit autant qu'il put le sort des vaincus, et se montra aussi juste que généreux pour une nation qui n'avait jamais perdu ses sympathies. Pendant la dernière partie de sa vie, à la vue des tentatives révolutionnaires dirigées contre tous les trônes, Alexandre s'éloigna de plus en plus des idées libérales de sa jeunesse, et sa politique intérieure adopta des mesures
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répressives. Oq lui en sut mauvais gré, et quelques jours avant sa mort, il eut la preuve d'une conspiration ourdie contre lui par des hommes qu'il avait admis dans son intimité. Il en fut douloureusement affecté, et ce coup s'ajoutant à la maladie de langueur qui le minait depuis longtemps, il expira à Taganrok, à la suite d'un voyage qu'il venait de faire en Grimée. Ce prince fut le plus grand souverain de son époque après Napoléon; un moment l'arbitre de l'Europe après la chute de son rival, il n'abusa point de sa victoire, et sut se faire admirer autant qu'aimer. Son règne fut pour la Russie une période de grandeur et de progrès, malgré des revers momentanés'.
L'empereur Nicolas -Pavlovitch eut à comprimer, dès son avènement au trône, une révolte insensée; il le fit avec cette résolution, cette énergie, qui fut le trait dominant de son caractère pendant un long règne de trente années. Ce règne fut glorieux et prospère, sauf la fin, qui fut assombrie parla guerre de Grimée et la prise de Sébas-
* Parmi les hommes éminents qui ont illustré ce règne , il faut citer le comte Spéransk) ,fils d'un, pope de village, et que ses talents, appuyés par un noble caractère, firent parvenir jusqu'au rang de secrétaire de l'empire. Grâce à la confiance et à l'amitié de l'empereur, Spéransky put accomplir les plus heureuses réformes dans les finances, dans l'instruction publique et dans toutes les branches d'administration. L'égalité devant la loi était le grand principe qu'il Rattachait à faire triompher. Il souleva bien des haines dans l'aristocratie : partisan de l'alliance avec la France, il tomba en disgrâce et fut exilé en Sibérie. Mais Alexandre eut bientôt honte d'avoir sacrifié un serviteur si noblement désintéressé : Spéransky put revenir à Saint-Pétersbourg, et l'empereur Nicolas utilisa ses grandes connaissances législatives en lui confiant la révision du Code, Cet immense travail Ait accompli en sept années : le Svod Zakonov parut en quinze volumes in-4«, contenant plus de quarantedeux mille articles. Spéransky a laissé des Leçons de législation, composées pour le grand-duc héritier, aujourd'hui l'empereur Alexandre. On peut croire que les idées sages et libérales de Spéranski ont dû préparer, dans l'esprit du tsar, la grande mesure de l'émancipation des serfs.
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fopol. La politique de Nicolas fut nettement répressive et antilibérale. La Pologne révoltée fut asservie et rayée du rang des nations. La France, toujours agitée par l'esprit révolutionnaire, fut tenue en suspicion, et les rapports diplomatiques avec elle n'eurent aucune cordialité. Nicolas représentait fièrement en Europe le principe d'autorité, et la nation identifiée avec son souverain, lui portait un amour et un respect sans bornes. Il étendit ses conquêtes en Orient, aux dépens de la Perse et de la Turquie, et poursuivant avec persévérance les projets de ses prédécesseurs du côté de l'Asie, il se crut assez fort pour parler en maître, et mettre enfin le pied sur le Bosphore, objet permanent de convoitise pour la Russie. La coalition de la France et de l'Angleterre arrêta ces projets, et l'empereur Nicolas ne put survivre à l'humiliation de sa puissance en Gximée. Il mourut en 1855 sans avoir vu la fin de la guerre.
L'empereur Alexandre n, dont l'amour-propre n'était pas engagé comme celui de son père dans cette guerre désastreuse, put faire une paix honorable, qui ne fut du reste qu'un temps d'arrêt dans les vues politiques de la Russie en Orient, car dès aujourd'hui elle s'est dégagée du Traité de Paris qui gênait ses mouvements sur la mer Noire, et sa puissance a pris un ascendant nouveau.
n s'est produit sous le présent règne un fait de la plus haute importance, une évolution intérieure qui donne un aspect tout nouveau aux destinées de la Russie : nous voulons parler de l'émancipation des serfs. Alexandre II, avec une sûreté de jugement et une noblesse de caractère qui lui feront un éternel honneur, comprit que le moment était venu de donner la liberté à son peuple. Un ukase du 19 février 1861 rendit à eux-mêmes vingt millions
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d*horomes sans que la moindre agitation se soit produite dans ce vaste pays. I^a noblesse se montra à la hauteur des idées généreuses du souverain; elle accepta son sacrifice sans murmurer, et cette grande révolution sociale s'accomplit sous nos yeux avec un calme, une régularité qui font autant d'honneur au peuple qu'au prince qui l'a édictée.
Reprenons notre étude littéraire où nous l'avons laissée, c'est-à-dire au règne de Nicolas I". Les éléments en sont complexes; il y a du malaise dans les esprits; la compression d'en haut est énergique, impitoyable; la résistance d'en bas est sourde et muette. Toute discussion publique est interdite à la presse; les livres sont sévèrement censurés; tout ce qui contrarie les idées du gouvernement est arrêté à la frontière, ou maculé à l'encre noire dans les journaux étrangers. Malgi*é cela, bon nombre d'ouvrages interdits pénètrent par contrebande et circulent de main en main. On lit beaucoup en Russie, du bon, du médiocre et du pire; l'attrait du fruit défendu est une incitation. La jeunesse des écoles est libérale, et naturellement portée à des idées extrêmes ; mais il faut dire à son honneur qu'elle est douée d'un patriotisme fervent qui sert de contre-poids à des idées excentriques ; ses opinions socialistes ou humanitaires se corrigent vite avec l'âge, et l'entrée dans les fonctions publiques y forme presque toujours un point d'arrêt définitif. D'ailleurs le peuple n'est point initié aux théories aventureuses de la classe lettrée : il ne connaît que deux choses : Dieu et le tsar; or, comme le tsar résume le pouvoir temporel et spirituel, son autorité s'appuie sur une force morale imposante, qui donne à la nation cette puissante unité que tant d'autres peuples ont perdue.
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Au commencement de ce siècle, la Russie vit éclore son plus grand poète, un digne riTal de Byron et de Lamartine, ce fut Alexandre Pouchkine, né à Moscou en 1799. Son père, élevé à la française, possédait une riche bibliotlièque où le jeune Pouchkine puisa des connaissances nombreuses et variées; la langue française lui devint aussi familière que la sienne propre. Mais cette éducation exotique était corrigée par les récits d'une vieille nourrice qui Tinitia aux l^endes populaires et aux coutumes nationales. Il fit ses études au lycée de Tsarskoé-Sélo, travaillant médiocrement, s*essayant à faire des vers, et se distinguant par son esprit naturel, son enjouement, ses espiègleries. Karamzine et Joukofsky remarquèrent ses premiers essais poétiques, et lui donnèrent des encouragements.
Le talent poétique de Pouchkine se révéla avec un éclat merveilleux dans son poème héroïque et fantastique, Rouilane et Ludmila, qui fut un triomphe pour l'école romantique; elle y trouvait la réalisation de ses rêves, une originalité vive et séduisante, un sujet national, traité avec une complète indépendance d'allures, grftce à une imagination neuve et forte, qui avait secoué les langes de l'imitation classique. L'effet fut prodigieux, l'admiration générale.
Cependant le jeune poète de vingt ans devait traverser une période d'épreuves. Entré au ministère des affaires étrangères, il se laissait entraîner par les plaisirs du monde, se mettait en hostilité avec le pouvoir, et fréquentait les mécontents et les frondeurs; ses chansons, ses épigrammes circulaient partout; son ode sur la UberU faillit le perdre; il en fut quitte pour un exil dans la Russie méridionale, où son caractère ne fit que s'aigrir. Byron était devenu sa lecture favorite; ce poète du doute
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et du désespoir convenait aux dispositions maladives de cette âme agitée.;Un voyage au Caucase fut pour Pouc^ine un heureux dérivatif; il fut vivement impressionné par ces grandes scènes de la nature, et par les mœurs demisauvages de ses habitants ; il en rapporta un beau poème, les Prisanniers du Caucase, et son imagination iermentait pour des créations nouvelles. € Je rumine encore d'autres poèmes dans ma tète» écrivait-il à son ami Delvig, mais je n'écris rien en ce moment. Je digère mes souvenirs; de quoi vivrions-nous, dans la vieillesse de notre jeunesse, si ce n'est de souvenirs? »
Il revint par la Grimée, autre nature pittoresque et poétique, qui lui inspira, entre autres poèmes, la Fonkùne de BakhUhisarai et les Tziganes; il reprit ensuite son service à Odessa, toujours exilé, surveillé et mécontent; sa correspondance avec Delvig, Ryléief, Bestoujef et le prince Yiazemsky, est fort intéressante à lire, pour comprendre le travail de pensée, la crise d'imagination et les aspirations littéraires de cette forte nature poétique. Dégoûté du service, et toujours mal noté par ses chefs, il fut renvoyé dans sa famille^ mal disposée envers lui ; une sorte d^in-* quisition pesait sur ses actes comme sur ses paroles et ses écrits; il s'ensuivit des scènes fort pénibles, et son père renonçant à une surveillance devenue odieuse, finit par l'abandonner pour se rendre à Saint-Péterebourg. La solitude rendit à Pouchkine plus de calme et de force. Il se remit à travailler, à écrire ; il remonta aux sources nationales, aux traditions populaires ; il se détacha de fiyron pour étudier et admirer Shakspeare, et sous cette influence nouvelle, il composa son drame de Borit Godounof.
La révolte qui éclata en 1825, à l'avènement de Nicolas,, lui causa une agitation extrême ; il avait beaucoup d'amis
parmi les conspirateurs; il était suspect lui-même. Son ëloignement le préserva de tout malheur, et il songea bientôt à rentrer en grâce auprès du nouveau souverain ; il signa une promesse de ne faire jamais partie d*aucune société secrète ; l'empereur le fit venir à Moscou, au milieu des fêtes du couronnement, lui fit im gracieux accueil, et lui permit de revenir à Saint-Pétersbourg. Pouchkine reprit ses relations de société, se lança avec fougue dans une vie de dissipations et de plaisirs, dont il sentait souvent le vide et le dégoût. Sa veine poétique y perdit quelque chose de sa sève et de sa vigueur première ; il avait des moments de découragement, presque de désespoir. Son mariage, qui eut lieu en 1831, lui donna de plus les soucis de la famille ; d'autre part, il lui ftUlait lutter contre son père, dont les dépenses exagérées compromettaient le patrimoine commun. Il avait aussi dans la presse de nombreux adversaires, et il fonda le Contemporain, pour soutenir ses idées littéraires : le succès ne répondit pas à ses efforts. Une catastrophe sanglante termina sa vie : il mourut à la suite d'un dueP, et la consternation générale, le deuil public, firent comprendre à la Russie qu'elle venait de perdre son premier, son plus grand poète.
Le génie de Pouchkine se forma à l'école de Batuchkoff et de Joukofsky : ses premières productions ne sont que des imitations de ces modèles. U emprunta au premier sa muse épicurienne et légère, ainsi que la simplicité et la précision de son style ; le second lui communiqua ses aspirations romantiques, la noblesse, l'élévation de la
I Ce duel fut oceadonné par des scènes de jalousie, des dénonciaUoDS anonymes et l'obstination de Pouchkine à provoquer son adversaire, qui était son propre beau-frère, Dantès, Français réfugié en Russie, et devenu par adoption le baron Heeckeren.
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pensée, la richesse du rhytbiiie. Il puisa aussi chez les étrangers des formes poétiques et des inspirations diverses : Féiément byronien le pénétra assez prorondément ; l'éclatante imagination de Lamartine exerça sur lui sa fascinatlon. Mais il ne faudrait pas croire que Pouchkine soit un poêle de seconde main, un simple écho de la muse d'autrui ; il a cette puissance d'invention, cette verve créatrice qui doit le ranger parmi les maîtres; s*il a étudié les livres, il a aussi étudié la nature et le cœur humain ; il y a puisé son originalité personnelle; son style, à la fois riche et harmonieux, simple et varié, sera toujours une des gloires de la langue nationale; il sait la manier avec une grdce, une souplesse, une énergie inconnues avant lui. Un sentiment profond se révèle dans ses descriptions de la nature; il la peint arec des couleurs vraies et vives, et lui prête en même temps toutes les richesses d'une brillante imagination; son lyrisme déborde en accents émus, auxquels se joint une douce impression de mélancolie : voilà ce que Ton trouve dans les pièces intitulées : Aux rivages de la patrie lointaine, Soirée (Thiver, et plusieurs autres. Son Anniversaire de Borodino est animé par un véritable souffle patriotique ; mais en général il néglige les sujets d'actualité pour s'élever à l'idéal poétique, dans la sphère des grandes pensées et du noble sentiment de l'art.
La gloire de Pouchkine est surtout attachée à ses poèmes, dont plusieurs resteront immortels; le premier en date, Rouslane et LudmUa, conmiença la réputation du poète : c'est une sorte de fantaisie très-variée de ton et de couleur, une série de scènes et de tableaux, où la légende, le récit humoristique, la passion, les combats se succèdent et se confondent; l'unité manque au poëme; il ressemble plutôt à une parodie qu'à une œuvre sérieuse ; pourtant il
produisit un grand effet par la nouveauté de la forme et l'attrait des détails.
Le PrUonnier du Coucou, la Fontaine de Bàkhkhkarél, les Tiiganes sont des sujets empruntés aux contrées que visita Pouchkine pendant ses voyages dans la Russie méridionale; les tableaux, les descriptions y revêtent un charme suprême; Pouchkine, qui avait souffert comme Byron, et éprouvé certain désenchantement de la vie, emprunte à ce poète un peu de son amertume antisociale. Les caractères de femmes y sont tracés avec une grftce séduisante.
Eugène Oniégume, récit poétique en trois chants, est une peinture de mœurs et de caractères qui peut servir à comprendre ce qu'était la société russe au commencement de ce siècle, en même temps qu'elle reflète les sentiments et les impressions de l'auteur. C'est évidemment un écho du Don Juan de Byron. Il a voulu surtout y peindre l'influence des idées romantiques sur l'éducation et la destinée de certaines personnes. L'un des héros se laisse dominer par le spleen byronien; l'autre est entraîné par les rêves qu'il a faits en lisant Kant et Schiller : tous les deux sont victimes des chimères de leur imagination. Les deux héroïnes du poème ne sont pas moins romanesques : l'une est imbue de la lecture de Richardson et de J. J. Rousseau, l'autre aspire à un idéal impossible; mais corrigées par l'expérience, elles reviennent au vrai, à la vie pratique, et finissent par un mariage raisonnable.
Pouchkine voulut s'essayer dans le drame historique à la manière de Shakspeare : son Boris Godounoff est tiré de l'histoire de Karamzine. Le sujet est assez dramatique : Boris, assassin du tsar Fédor I*', et usurpateur du trône, nous apparaît troublé par ses remords autant que par
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Topposition du faux Démétrius, usurpateur à son four; Tunilé manque à cette œuyrey mais les caractères en sont assez bien tracés.
Citons encore le poème historique de PoUava, des nouvelles intéressantes, telles que la Fille du capitaine, le Cavalier d'airain, le Nègre de Pierre le Grand, Doubrowshy, œuvres secondaires, mais qui prouvent la richesse et la fécondité d*une imagination trop t6t éteinte par une mort fatale.
La muse de Koltzoff (1809-1842) a un vol moins élevéque celle de Pouchkine; il se borne à la chanson, mais il sait y faire vibrer des accents vraiments populaires, et il Féiève parfois jusqu'au ton du drame ou du récit épique, comme dans le Malheur au village, la Ftdte, la Chanson du brigand, la Chaumière; l'élan de la passion, la lutte contre le danger, la jalousie, la vengeance y sont peints avec verve, et les mœurs nationales s'y révèlent avec une vérité frappante. Mais la lyre du poète n'a pas toujours ces accents du combat et des hardies prouesses ; elle se complaît le plus souvent dans la rêverie mélancolique, dans la peinture de la vie réelle, dans l'harmonie des sentiments et le charme du bonheur domestique. U peint également avec une émotion vraie la beauté de la nature, le travail des champs et le charme vivifiant de la vie rurale; tel est le fond des pièces suivantes : le Temps de l^amour, la Moisson, la Fête des paysans, la Chanson du laboureur. Gomme étude de la vie nationale et des sentiments populaires, les chants de KollzofiT sont précieux à consulter. Il a puisé ses inspirations dans les chansons traditionnelles, en les revêtant d'une forme plus élevée, plus poétique, et en y ajoutant un coloris plus brillant, avec un sentiment profond d'individualité : on y voit l'expression de ses souffrances per-
sonnelies, les traces du combat de la vie, auquel succèdent
la résignation patiente et Tapaisement de Tâme.
Griboîédoff (1794-1829) est Fauteur d*unc comédie célèbre, que le public russe revoit toujours avec plaisir, quoiqu'elle date du commencement du siècle, et ait paru imprimée en 1823; elle a pour titre : Le malheur d'avoir de Peeprit (Goré ot ouma). Quoique, au point de vue de l'art, elle soit assez défectueuse, malgré de trop longs dialogues et une intrigue qui ne rime à rien, cette pièce n'en est pas moins une étude de mœurs des plus curieuses. On y voit en présence la vieille et la jeune génération russes; cette dernière est représentée par une aristocratie élégante, ignorante et futile, occupée uniquement d'intrigues et de commérages; ce qu'elle cherche, ce sont les grades, les honneurs, peu importe par quels moyens. Éblouir, faire du bruit, afficher des idées libérales, imiter les étrangers, discuter sur toutes les questions sans les entendre, prononcer des phrases sonores et vides, se parer du masque de la civilisation européenne, voilà en abrégé son portrait. C'est donc sur cette classe qu'est versé le ridicule. Le principal personnage offre quelque ressemblance avec le héros de Pouchkine dans Eugène Oniéguine.