‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 19 sur 191 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qu*one seale langae , où domine la prononciation gutturale et un peu rauque de Tidiome national. John Mande- Tille, le plus ancien prosateur en langue anglaise, nous dit, en parlant de ses Voyages, qu'il mit son livre de latin en fronçait, puis de français en anglais , pour le faire comprendre de tous ses compatriotes : symbole et expression de ce triple idiome dont les éléments distincts devaient aboutir à l'unité de la langue anglaise.

Rien ne peint mieux la ténacité saxonne , son esprit d'opposition et de lutte , son besoin d'affranchissement et de liberté, que la légende si populaire de Robin Hood, l'intrépide outlaw, qui rejette le joug de la loi et nargue le shériff ; c'est le héros national , redoutable par son arc et ses flèches , et Walter Scott n'a pas manqué de mettre en scène dans ses romans ce type si expressif du caractère anglais.

Les ballades de Robin Hood ont eu en Angleterre une TOgue longtemps populaire; tout le monde les chantait au seizième siècle; un peu dédaignées et oubliées au siècle suivant , elles ont reparu depuis avec une nouvelle faveur, et l'érudition s'est attachée à en faire des collections complètes , entre autres celle de Joseph Ritson en 1795. Le héros des forêts n'a fait que grandir depuis, sans qu'on soit mieux renseigné sur son origine et sa légende. Était-ce un insurgé, un ennemi de la société, de l'autorité, de la puissance, le représentant du Saxon vaincu contre le Normand vainqueur ? ou bien , un proscrit , un bandit, un braconnier, un simple outlaw qui a élu domicile dans les forêts dont il est le maître du droit de son adresse à manier l'arc et la flèche? La première hypothèse, adoptée par Augustin Thierry, est la plus répandue. Robin Hood a bien une existence historique qui a grandi

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par la légende ; on le voit figurer parmi les révoltés qui suivirent la fortune de Simon de Montfort contre le roi Henri III ; il se mit à la tète d'une bande de proscrits ; à ses côtés figurait son compagnon Little John , presque aussi populaire que lui ; les forêts devinrent leur asile. Mais Robin Hood n*est pas un bandit ordinaire ; il a des vertus, de la loyauté à sa manière; il est dévot; il entend jusqu'à trois messes ; sa révolte était comme une protestation contre la tyrannie : tel est le personnage chanté par le peuple pendant plusieurs siècles , et devenu un type national. Il figure |comme un brave yeofnan, archer pendant la guerre , braconnier à la paix ; quoique dévot , il est ennemi des moines, et ne ménage pas les grands; mais il protège les femmes et est ami du peuple ; quand il s'attaque aux petits, il est souvent battu lui-même. C'est sous ces aspects divers qu*il nous apparaît dans le LytlU Geste, et dans la ballade i?oftm Hood et le Potier, qui tiennent le premier rang dans les recueils dont ce personnage populaire est le héros.

Au quatorzième siècle le normand est définitivement fondu dans la langue anglo-saxonne : l'amalgame est complet; il s'impose à tous. Les grandes guerres entre la France et l'Angleterre n'ont pas peu contribué à produire ce revirement dans le sens national. Voici le premier poète anglais qui consacre ce changement, et qui servira de type à tous les autres écrivains : c'est Geoffroy Chaucer (1328-1400).

Si Chaucer est anglais par la langue, il ne l'est pas par l'inspiration et le sujetde ses poèmes; il a tout puisé en Italie et en France ; Boccace et le Roman de la Rose sont ses principaux modèles. Chaucer était fils d'un marchand ; après de brillantes études à Oxford , il sut se pousser à la cour , il

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