CHAPITRE PREMIER
OrigiDes historiques. — Débuts de la littérature, d*abord toute latine.
— Le chroniqueur Gallus. — Saint Adalbert. — Les ennemis de )a Pologne : cheTaliers porte^sJai^e, Mongols. — Règne de Louis d'Anjou.
— Les Jagellons. — Les Jésuites en Pologne. — Dlugosz : son histoire. — Le Janissaire. — Règne de Sigismond le Grand. — Tableau de la Diète polonûse. — L'Académie deCracoTie; quelques saTants : Sanok, Jean de Glogow» Vitellio, Rrudzewo, Kopemil(.
Les Lechs ou Polonais sont frères des Tchèques ou Bohèmes; ils se séparent d*eux vers le sixième siècle, à Tépoque où les peuples slaves quittent les Garpathes , gênés par les hordes d* Attila , pour s'étendre vers lé nord, jusqu'à la Baltique et l'Elbe. Cette histoire primitive se perd dans la fable : on mentionne la dynastie de Lech, remplacée par celle de Popiel, qui n'est pas plus connue. Il faut
arriver au neuvième siècle pour trouver quelque certitude historique. En 842 commence la dynastie des Piast, famille bonne et simple, élue par le peuple» et dont le dernier descendant est mort obscur au dix-septième siècle en Silésie.
Sous les Piast, le chiistianisme pénètre en Pologne. Le premier duc chrétien est Miecislas (966), qui épousa une princesse bohème , nommée Dombrowska. La Moravie et la Bohème jouissaient déjà depuis un siècle de la lumière de la Foi, apportée par Cyrille et Méthodius, les apôtres des Slaves. Mais tandis qu'une partie des Slaves se séparaient de l'Église romaine à la suite des patriarches de Gonslantinople , les Polonais s'attachaient fortement au catholicisme de Rome, et en faisaient une partie intégrante de leur nationalité : bien plus, ils en devinrent les propagateurs, les défenseurs armés, et leur vie nationale est une longue lutte contre les schismatiqucs , les païens, les infidèles, tels que les Mongols, les Turcs, les Prussiens et les Lithuaniens idolâtres.
Le premier roi de Pologne, Boleslas le Brave (992) , est une des grandes figures historiques de son siècle, qui compte Othon III, Hugues Gapet et Vladimir, premier prince chrétien de Russie. Boleslas est comme le Charlemagne de la Pologne : guerrier, législateur, administrateur, il étendit ses conquêtes de l'Elbe au Dnieper, du Danube à la Yistule ; peu s'en fallut qu'il ne fondât une monarchie universelle des Slaves. Il fonda au moins la nationalité polonaise, convertit en partie les Prussiens à la foi du Christ, organisa une armée puissante et régulière , d'où sortit l'ordre équestre de la noblesse polonaise, si puissant dans les batailles et dans les diètes* U appela en Pologne l'ordre des Bénédictins, qui y répandirent la
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science et fondèrent des couvents célèbres; en même temps la justice était organisée sur des bases stables» et appuyée sur^une sage législation. Malheureusement, ce grand prince eut de faibles successeurs ; l'anarchie dévore le royaume, la noblesse devient oppressive, le peuple se révolte, et les destinées de la nation sont un moment compromises.
Au douzième siècle, le règne de Boleslas le Hardi (1058 à 1081) est signalé par de grandes guerres contre les Hongrois , les Bohèmes , les Russiens , les Prussiens ; la gloire de ce prince fut ternie par le meurtre de Tévèque de Gracovie, qui lui attira l'excommunication du pape Grégoire VU ; abandonné de ses sujets , il alla mourir en exil. Boleslas III Bouche de travers eut aussi un règne belliqueux , mais glorieux ; il porta ses coups principalement sur les Bohèmes et les Allemands.
Au douzième siècle, nous voyons grandir en Pologne la puissance de la noblesse aux dépens de la royauté. L'aris* tocratic commence à faire la loi; sous Casimir II, le Sénat dispose de presque tous les pouvoirs. Plus tard, Yladislas I*' rejève le pouvoir royal , mais , sans le savoir, il prépare sa chute en convoquant la première diète législative (1331) ; la petite noblesse, appelée à en faire partie, forma dès lors une sorte de démocratie nobiliaire, qui finit par paralyser, anéantir le pouvoir royal.
La littérature polonaise ne commence à paraître qu*au onzième siècle, et d'abord elle est toute latine, car le clergé seul possédait la science; seul il savait écrire, et il ne le faisait que dans la langue de l'Église; l'idiome national n'apparaît dans les lettres que vers la fin du quatorzième siècle.
Le plus ancien chroniqueur de la Pologne en latin,
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est 6allu8> (1100-1135). chapelain de Boleslas m. Sa chronique est en vers. Il avait voyagé en terre sainte, n raconte la naissance et les exploits du prince qu'il sert. Son humeur est gaie , enjouée , porlée à l'exagération. Il mêle à son récit des traductions, des chants guerriers, et lé mot pairie revient souvent sous sa plume.
Le christianisme fut assez lent à s'établir en Pologne ; l'aristocratie le jugeait trop favorable au peuple, dont il consacrait les droits devant Dieu ; aussi les papes refusèrent-ils longtemps aux ducs de Pologne le titre de roi. Ce fut saint Adalbert qui leur procura cet honneur tant envié. Ce saint, né en Bohême , dans la famille régnante, devint évoque de Prague ; il était aimé du peuple, dont 11 parlait la langue , et il composait des poésies en slave. Son zèle pour le bien, la justice, la pureté des mœurs, attira contre lui un orage; dans une sédition, sa maison fut brûlée, ses firèrcs massacrés. Il quitta sa patrie et passa en Pologne; le roi Boleslas le Grand le regut avec honneur, et l'évéque demanda à aller évangéliser la Prusse encore païenne et barbare : il y gagna la couronne du martyre. Son corps fut rapporté à Gniezen , et l'empereur Othon III , ami du saint apôtre, vint honorer ses reliques; Boleslas le reçut avec honneur, et obtint en retour la couronne de roi de sa main. Saint Adalbert a composé un chœur de guerre que les Polonais ont longtemps répété en allant au combat. C'est un hymne à la sainte Vierge, qui n'a rien de l'allure guerrière des temps barbares. Il commence ainsi : c Mère de Dieu, Vierge sanctifiée par Dieu, par ton Fils le Seigneur, accorde-nous, fais descendre sur nous le royaume de ton Fils, exauce nos vœux, remplis nos pensées ! »
* Son Dou indique qu'il éUit Français d'origin«.
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Au treizième siècle, ï Histoire de Pologne est écrite par ladlubek, évêque de Gracovie; elle s'étend depuis les premiers rois de Pologne jusqu'en 1202. Un anonyme y a ajouté des commentaires.
La Poméranie fut convertie par les efforts du roi de Pologne Boleslas B<mekt de travers, qui appela à cet effet Tévëque de Bamberg Otho. Ce pays , peuplé de Slaves , fut ainsi attaché à la Pologne.
Cependant à cAté de la Pologne s'éleva , au treizième siècle, une puissance nouvelle, redoutable, c'était celle des chevaliers porte-glaive , réunis bientôt après aux chevaliers teutoniques. Les porte -glaive venaient d'Allemagne. Encouragés par le clergé et par les papes, ils entreprirent la conversion et la conquête des pays situés entre la Poméranie et le lac Pelpus ; là habitaient les Livoniens, les Esthoniens, les Lettons, les Borusses (Prussiens), peuples sauvages qui n'avaient rien de commun avec les Allemands et les Slaves; ils avaient une mythologie à part, des prêtres tout-puissants, comme les druides chez les Gaulois. Le panthéisme indien dominait dans leur croyance et leur culte. Leur dieu suprême s'appelait Dievas; c'est le Devas des Hindous, le Zeuc des Grecs, le Deus des Latins, le Dieu du jour, de la lumière, Dies. Les Polonais avaient négligé la conversion de ces peuples. Les porte -glaive, formant une milice chevaleresque, disciplinée, puissante, dévouée, austère, se recrutaient dans la haute noblesse allemande; ils firent une rude guerre à ces peuples païens, qui repoussaient la religion nouvelle. Les deux ordres chevaleresques, réunis en 1237, accomplirent la conquête du pays, y établirent des villes florissantes, des principautés, et finirent par fonder la Prusse; mais l'ordre dégénéra promptement, et devint un corps plus politique
que religieux » dont les grands maîtres se servirent pour assouvir leur ambition. La Pologne eut beaucoup à souffrir de leurs attaques.
Les Mongols ne furent pas moins redoutables à la Pologne \ elle fut sauvée par le dévouement de la noblesse et du peuple.
La royauté était héréditaire dans la famille des Piast; mais elle était ténue en écbec par la noblesse et le clergé , dont Tautorité, dans les diètes, contre-balançait le pouvoir souverain et tendait à Taffaiblir. C'était un fruit de l'éducation latine et des traditions propagées par les souvenirs de la Rome antique : le nom même de République (reipubtica)^ donné à TËtat, était un indice à ces tendances qui devaient y produire tant de troubles.
Entre la Pologne , la Russie et la Bohème, se trouvait le duché de Lilhuanie, qui grandissait toujours et s'avançait jusqu'à Novogorod , résistant aux Tartarcs et aux porteglaive. Olgerd , l'un de ses ducs » au quatorzième siècle , alla attaquer les Tartares jusqu'en Crimée, et rendit ce pays tributaire. L'organisation féodale faisait la force de la Lithuanie ; le christianisme n'y pénétra que tardivement et avec peine.
Au quatorzième siècle, la Lithuanie était l'État le plus puissant du Nord, lorsqu'un mariage la réunit à la Pologne.
Louis d'Anjou, le Grand, roi de Hongrie en 1342, un des princes les plus brillants de ce siècle , le frère de cet André de Naples qui mourut victime de la reine Jeanne sa femme, Louis d'Anjou avait été élu roi de Pologne en 1370. Il protégea les lettres, et fit de sages lois dans ses deux royaumes. En mourant (1382) il laissa deux fiUes, dont l'une, Marie, porta la Hongrie en dot à l'empereur
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Sigismond, et Tautre, Hedi^ige; régna en Pologne. Cette princesse» âgée de quatorze ans, était d'une merveilleuse beauté et d'une grande sagesse. Couronnée à Cracovie par les États , elle fut demandée en mariage par le grand-duc de Litliuanie, Jagiel ou Jagellon (1386). Elle hésita longtemps à donner sa main à un prince pa!en déjà âgé ; mais ses conseillers» dans la noblesse et le clergé, la décidèrent en lui faisant observer qu'elle pouvait convertir ce prince avec son peuple, et rattacher à la Pologne un vaste pays. Hedwige céda ; elle n'eut pas à se repentir du sacrifice qu'elle avait fait à son peuple; son époux la rendit heureuse; la Lithuanie se convertit rapidement et fut en même temps gagnée à la civilisation polonaise. C'est un des faits les plus importants de l'histoire du Nord. En devenant chrétien, Vladislas- Jagellon changea complètement de caractère ; de cruel et perfide, il devint humain et généreux ; il gagna les Polonais par sa douceur et sa justice, et ces nobles qualités se transmirent à sa race, qui parvint à concilier, à unir intimement les deux peuples au point de n'en faire qu'un seul.
Cette puissance de la Pologne portait ombrag^^ux Allemands de la Prusse, à l'ordre teutonique, mû par l'ambition plutôt que par l'esprit chrétien; le despotisme des chevaliers pesait à la population; leur esprit de conquête devenait menaçant pour le Nord; mais ils vinrent se briser contre la résistance des Polonais unis aux Lithuaniens. La bataille de Grûnwald , livrée en 1410 , fut perdue par les chevaliers; 50,000 Allemands y périrent avec le grand maître et presque tous les dignitaires de l'ordre; ce fut sa décadence, le signal de sa ruine. Le pays slave fut désormais assuré de ce côté contre l'Allemagne.
Les Polonais furent moins heureux dans leurs eCTorts
pour arrêter les Turcs; réunis aux Hongrois» ils perdirent la bataille de Varna (1444), et le triomphe des infidèles empêcha la réunion des deux Églises d'Orient et d'Occident. Le concile de Florence, où la réconciliation s'était faite y ne put produire ses effets ; rien ne put triompher de l'opiniAtreté du préjugé populaire, longtemps entretenu chez les Grecs par l'imprévoyante et ambitieuse politique des empereurs et des patriarches : de là Tenait ce fanatisme inintelligent, qui faisait dire aux Grecs, menacés du joug des Turcs : c Plutôt les Turcs que le pape. » Aussi Gonstantinople, abandonnée à ses propres forces, succomba sous les coups de Mahomet n, et les Slaves restèrent divisés entre les deux Églises.
Le dialecte polonais prévalut peu à peu en Lithuanie sur le dialecte russien que parlait cette contrée. C'est l'Église qui a répandu la langue polonaise et lui a donné la victoire. Les deux ordres religieux de Saint-François et de Saint* Dominique pénétrèrent en Pologne, en Lithuanie ; ils eurent un couvent à Wilna. Les dominicains s'établirent à Breslau , à Dantzig et à Riew. Plus tard vinrent les jésuites, qui continuèrent l'œuvre des autres ordres avec toute la Vigueur de leur esprit de prosélytisme. La Russie n'eut jamais cette puissance de propagande religieuse ; un seul ordre s'y était établi , celui de Saint-Basile, stationnaire de sa nature , et sans initiative d'apostolat. Les ordres religieux de Pologne ne se servaient que du latin ; ce fut la langue qu'employèrent les chroniqueurs et les historiens. Au quinzième siècle appartient la chronique de l'évêque Vincent ; mais elle n'a pas l'importance de celle de Jean Duglosz , surnommé Jean Longinus (1415-1480), qui inaugure l'histoire en Pologne. Admis au conseil royal , Duglosz écrit l'histoire de ce conseil et du sénat polonais; il coor*
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donne les événements d'après des idées générales; religieux et prêtre^ il juge les faits au point de vue moral et chrétien. Quoique comblé des faveurs du roi, il ne le flatte pas» et étant tombé en disgr&ce» il ne cessa pas d*êfre joste et impartial. On s'étonne de le voir, dès cette époque , juger avec une sagacité pénétrante le caractère de sa nation.
c Les nobles polonais aiment par-dessus tout la gloire et la richesse; ils cherchent les périls et méprisent la mort. Ils engagent facilement leur parole » et oublient avec la même facilité leurs promesses. Us portent «nvie à leurs égaux et oppriment leurs sujets. Prodigues de leurs paroles et de leurs biens» ils sont fidèles à leur monarque, bienveillants pour les étrangers , et les plus hospitaliers de tous les peuples de la chrétienté.
c Les paysans, enclins à l'ivrognerie, se prennent facilement de querelles, qui finissent toujours par des coups et souvent par des meurtres.
(C La manie des nobles est de corriger, non pas euxmêmes, mais leurs supérieurs. Orgueilleux, grands faiseurs de phrases , véritables héros de théâtre , et je ne parle pas seulement des individus : c'est la manie nationale. Nous sommes niais et légers , nous nous moquons de nos canons et de nos statuts, et, en dépit de Dieu et de la loi, nous nous faisons une situation qui finira par quelque grande catastrophe. » - .
Le chroniqueur, on le voit, n'est pas seulement un observateur profond, c'est presque un prophète; de plus, c'est un philosophe , un moraliste chrétien; il juge de haut les actions humaines et la marche des événements, les rapportant toujours au grand principe de la vérité morale et de Faction providentielle. Il est remarquable de voir en
Pologne un historien contemporain de Gommines et de Machiavel les dépasser de si haut dans la sphère des idées chrétiennes et philosophiques; il n'estpas, comme Tun, admirateur servile du fait accompli et de l'habileté politique, ni» comme l'autre, courtisan tour à tour de la liberté et du despotisme , avec cette détestable maxime que la fin justifie les moyens. Longinus a comme une étincelle du feu sacré de Bossuet, et son livre» que les Polonais comparent à celui de Tite-Live, fait le plus grand honneur à récrivain ainsi qu'à la nation.
Longinus était de plus un homme d'action» un diplomate» un prélat distingué ; il fonda des églises, des monastères, et enrichit l'Académie de Gracovie. II avait voyagé en Palestine et été chargé de diverses missions en Prusse, en Hongrie et en Bohème. On a aussi de lui la VU de utmte Cunégonde et celle de saint Sianislas.
Buonacorsi était un historien italien qui se retira en Pologne» où le roi Gasimir IV lui confia l'éducation de ses enfants» et plusieurs missions à Gonstantinople. Il a écrit en hilin Y Histoire du roi Vladuku.
Il existe encore une chronique curieuse du quinzième siècle, la première écrite en polonais» et par un auteur dont le nom est resté inconnu ; il est désigné sous le nom de Janissaire^ parce que» fait prisonnier par les Turcs, il devint janissaire dans les armées du sultan, n voyagea, avec les troupes turques, dans tout l'Orient» et assista à la prise de Gonstantinople. Il fait un récit aussi curieux qu'intéressant sur la vie religieuse et militaire des Turcs» leur histoire, leur organisation» leur politique; cet écrivain» fort ignorant en géographie comme en histoire» au point de faire déboucher l'Euphrate dans la mer Noire» et de prendre l'Egypte et le Gathay pour des villes» est pourtant
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doué d'un sens très-fin et très-droit; il a surtout observé l'organisation militaire des Turcs» leur tactique, leurs moyens de conquête, et indique la voie à suivre pour les vaincre ; c'est un soldat illettré» mais ses idées sont saines et neuves; il dit très-bien que la chevalerie a fait son temps» que le canon est devenu la clef des batailles» que la force des Turcs est dans leur infanterie» fortement organisée et disciplinée» et que si l'on peut la détruire» on aura bon marché de leur puissance; enfin il gourmande l'incurie» la faiblesse des princes chrétiens, et voudrait voir les papes à la tète d'une croisade» pour déloger de Constantinople les ennemis du nom chrétien» ajoutant qu'il indiquera les moyens de les vaincre. Le Janissaire n'avait pas assez d'autorité pour se faire écouter» et l'on comprit trop tard la sagesse de ses conseils.
Les mémoires historiques devinrent alors à la mode en Pologne : c'est le seul pays slave qui possède ce genre» où la petite noblesse se plaisait à raconter ses souvenirs ^t ses impressions; ces mémoires sont remarquables par la sincérité» la précision et la netteté du style.
Sigismond I"» le Grand, succéda à son frère Alexandre en 1507» et réunit une fois de plus la Pologne à la Lithuanie» dont il était grand-duc héréditaire; son règne a une grande importance» parce qu'on y voit se développer la nouvelle organisation politique qui devait porter un coup ' fatal à l'œuvre des Jagellons. Ce prince remporta de grandes victoires sur les Russes» les Valaques et les Tartares. Port et respecté sur ses frontières» il trouvait de grandes difficultés du côté de l'ordre teutonique» dont le grand maître» Albert de Brandebourg, tendait à se rendre indépendant en Prusse, en s'appuyant sur les doctrines protestantes qui avaient prévalu dans toute l'Allemagne du
Nord. Sigismond ne comprit pas qu'en laissant s*éleTer à ses portes une puissance protestante, il perdrait toute autorité en Prusse, et créerait un ennemi redoutable h la Pologne catholique. Il consentit à la sécularisation de Tordre teutonique en feveur d*Albert, et la suite des événements a bien prouvé combien cette politique était imprudente et fatale. Le système national des Jagellons en a reçu une mortelle blessure.
En même temps la noblesse polonaise faisait irruption dans le gouvernement intérieur du pays, et y produisait des désordres qui, en se prolongeant, en s*aggravant de plus en plus,. devaient aboutir à la tuine de la nation.
Sigismond avait en ^iie Tanéantisseraent de la puissance turque; il avait réuni à Léopol une grande et puissante armée de cent cinquante mille bommes, qui pooraît lui porter le dernier coup, lorsqu'au lieu' d'agir, le Sénat et la noblesse se mirent à discuter la Constitution de l'État et les affaires publiques. Une DièU se forme et expose au roi ses projets, ses griefe, ses systèmes, pour oiiganiser la République. Ce que veut la noblesse, c'est moins le bien de l'Ëtat que son propre intérêt, son immixtion dans toutes les affaires, le triomphe d'une caste substitué à la cause populaire. On met de c6té le peuple et la bourgeoisie; tout homme d'église doit être noble} le noble seul peut posséder la terre, seul voter les impôts : la rojfauté n'est pas moins menacée que le peuple par ces tendances oligarchiques.
La Diète présentait un spectacle aussi triste que curieux, la noblesse venait en armes aux réunions, sorte de parlement en plein air où se discutaient, avec toutes les r^Ies de la dialectique ancienne, les questions de droit et de constitution intérieure. L'exemple de Rome et des comices
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plébiscitaires présidait à ces réunions calquées sur les souvenirs antiques. La confusion devint telle que le roi fut obligé de dissoudre TAssemblée, et la noblesse rentra dans ses foyers accompagnée de la malédiction populaire. Cette expédition manquée fut appelée la Guerre des coqs, parce qu'eUe avait fait beaucoup de bruit pour rien ; mais il en resta un malaise intérieur, premier symptôme de cette maladie sociale qui devait tuer la Pologne : Tunité nationale était rompue à jamais. Un biographe du temps a bien saisi ces f&cbeuses conséquences : c Les seigneurs du Sénat, dit-il, jaloux les uns des autres, devinrent chefs de parti, et appelèrent à leur aide la petite noblesse, audacieuse, turbulente et sotte; ils s'emparèrent ainsi de la République, et bouleversèrent bientôt les principes. Il n'y eut plus aucun moyen d'organiser un gouvernement régulier, ni d'administrer la justice, ni même de diriger les délibérations d'une Diète. »
Un fait digne de remarque, c'est la part que prirent les Polonais à la propagation de l'imprimerie. Ce fut un Polonais, Adam, qui l'établit à Naples; un autre, nommé Stanislas, qui l'établit à Séville; un troisième, Hencki, qui la fonda à Vienne. Le premier livre gravé sur bois et imprimé à Harlem par Coster en 1440 est ÏArs mariendi, écrit en latin par un Polonais, Mathias de Cracovie.
L'Académie de Cracovie rivalisait alors avec les plus célèbres universités de l'Europe, fille était représentée par des savants illustres; tel fut Grégoire de Sanok, qui y professait, et fut secrétaire du roi Alexandre. Deux siècles avant Bacon, ce savant déclarait la guerre à la scolastique, et indiquait la méthode analytique comme la seule propre aux découvertes de la science. Jean de Glogow, également professeur à Varsovie, faisait des commentaires sur Aris-
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tote, et découvrait la phrénologie, science dont on attribue tout rhonneur au docteur Gall ; il décrit la forme de la tète, la sépare en divers compartiments, et indique les organes, les lobes qui, selon lui, correspondent aux divers instincts et facultés; s*il n*est pas d'accord avec Gall, il ne faut pas oublier que le système de ce dernier a été contesté sur bien des points.
Les sciences étaient cultivées avec un grand succès à l'Académie de Cracovie : c'est là que Vitellio invitait l'optique et la loi de la réfraction, qu'il tenait peut-être des Arabes ; c'est là que Brudzewo, auteur d'une théorie du mouvement planétaire, avait pour élèves Martin d*01kusz, qui eut le premier l'idée de la réforme du calendrier, ainsi que le célèbre Ropemik, né à Thom (1473) d*une famille polonaise, et que la Pologne revendique à bon droit comme un de ses plus illustres enfants. Kopernik a anéanti le système de Ptolémée, erreur séculaire, fondée sur les apparences, et il a exposé, le premier, le véritable système planétaire.