CHAPITRE II
Chants et hymnes populaires. — Sigismond-Auguste ; le protestantisme en Pologne. — Le cardinal Hosias. — Influence des jésuites. — Rey.
— Jean Kokhanowski et ses deui frères; âge d'or de la littérature polonaise. — Luhelczyk. — Padniewski. — Samborczyk. — Szarzenski. — Iakubowski. — Pszanka. — Orzekowski. — Warcewicki.
— Gornicki. — Règne de Bathori. — Jean Zamoyski. — Le Liberum veto. — Simonowicz. — Zimorowicz (Jean et Barthélémy). — Gowinski. — Cbelkbowski. — Cynerski. — Otflnolski. — Zaborowskî.
— Khroscinski. — Bardzinski. — Jablonowski. — Twardowski. — Sarbiewski. — Pastorius. — Frédro. — Sobieski. — Éloquence. — Skarga.
D y a un proverbe slave qui dit : c Ce que le rossignol est parmi les oiseaux, le Slave Test parmi les nations. » Le peuple slave a Finstinct inné de la musique et de la poésie : nulle part la poésie populaire n'a des chants plus nombreux, plus variés et plus gracieux. La Pologne ne le cède à aucun autre pays sous ce rapport, mais ses chants sont des cantiques, des hymnes religieuses dont le recueil mérite l'attration. Les auteurs sont inconnus ; ce sont des moines ou des maîtres d*écoIe; ils célèbrent de préférence les grandes époques religieuses, l'A vent, la Nativité, la Passion, la Résurrection ; le culte de la sainte Yierge y tient une large place, et les sentiments y sont rendus avec une délicatesse infinie, un charme incomparable, dans leur douce et tendre naïveté. L'art n*est pour rien dans la composition; la rime même est négligée et remplacée par l'assonance, mais cela n'empêche pas l'inspiration, qui
touche parfois au sublime. Certaines compositions sortent du lyrisme pour toucher au drame, au mystère ; les bergers y jouent souvent un rôle, et le peuple a conservé jusqu'à nos jours le goût de ces tableaux reUgieux où il puise sa foi et son espérance.
Sigismond II Auguste (1548-1572) est le dernier descendant des Jagellons et termine cette illustre dynastie» si populaire en Pologne. Élevé à Tétranger, il savait Titalien, l'espagnol, Fallemand; il parlait bien» avec éloquence, il aimait les arts, les nouveautés, laissait la jeunesse aller étudier en Allemagne et se montrait favorable au protestantisme. Les sectes novatrices commençaient à prendre faveur en Pologne ; les opinions les plus hardies s*y faisaient jour; l'unité morale et religieuse était menacée, quand parut un homme illustre, dont l'habileté et l'influence sauvèrent l'Église de Pologne : ce fut Bezdany, plus connu sous le nom de cardinal Hosm$, et surnommé le Grand CarâinaL
Né à Wilna, Hosius fut un des élèves les plus distingués de l'Académie de Cracovie; il alla compléter ses études en Italie, et à son retour il devint secrétaire du roi, puis évéque de Warmie. Profond théologien, très-versé dans les langues, écrivant également bien en latin et en polonais, d'une activité infatigable, il fut bientôt l'homme le plus éminent de la Pologne, et une des lumières de l'Église. Le pape le nomma cardinal, et son légat pour le Concile de Trente. Hosius sentait l'importance de ce Concile pour .terminer les querelles religieuses , et fit appel à toutes les sectes pour mettre un terme aux dissidences; ses lumières furent, en effet, d'un grand secours dans les questions délicates qu'eut à traiter cette grande assemblée. De retour en Pologne, il fut appelé à manier
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les plus grandes affaires, et suivit les négociations avec plusieurs souverains. Les protestants trouvèrent en lui un redoutable adversaire, et s*il ne put ramener Tunité catholique, il lui donna comme soutien un ordre puissant nouvellement établi, celui des jésuites.
Les jésuites eurent en Pologne une influence considérable; ils y furent à peu près les maîtres pendant deux siècles par la science, par Téducation, par la prédication ; ils disciplinèrent la légèreté polonaise, lui imposèrent par Faustérité de leurs mœurs, par leur zèle pour la pureté de la foi, et provoquèrent un mouvement remarquable d'intelligence ; la Pologne eut ainsi au seizième et au dixseptième siècle, son âge d*or littéraire; elle devançait sous ce rapport tous les pays slaves, et ne le cédait à aucun autre pays de l'Europe. Le latin, il est vrai, prenait avec les jésuites une certaine prédominance, mais la langue polonaise n'en fut pas moins cultivée avec soin, et sa fécondité est attestée, comme nous le verrons, par bon nombre d'écrits remarquables.
Nous devons signaler^ au seizième siècle, un écrivain ingénieux, prosateur et poète, Nicolas Rey (1515-1568), qui eut de son temps une grande vogue. Il débuta par des ouvrages de polémique, des livres religieux, une traduction des Psaumes, et devint bientôt populaire. Comme poète, il n'a rien de neuf ni d'original, mais en prose il a quelque rapport avec Montaigne, et son livre le Miroir de la noblesse peut donner une idée exacte de l'éducation polonaise, de la vie publique et privée de la nation. Rey a surtout en vue le gentilhomme polonais, qui doit être le type le plus parfait de l'humanité; il passe en revue son existence depuis le berceau jusqu'à la tombe ; il indique conmient il faut l'élever, l'instruire, le développer, le
marier, lui donner une carrière : il met en œuvre tout ce qu'il a YU, lu et observé ; son sujet est aussi varié que son
style.
Le prince des po6tes polonais, au seizième siècle, est
Jean Kokhanov^ski (1530-1584), l'atné d'une ))rillante famille de poètes, car ses trois frères, quoique inférieurs à lui, se sont tous fait un nom dans les lettres : André a traduit YÉnéide, Nicolas a fait des Vers à ses enfants^ Pierre a traduit la Jérusalem délivrée et Roland furieux.
Jean Kokhanovrski, après avoir fait ses premières études dans sa patrie, alla les continuer à l'étranger : il séjourna sept ans en Allemagne, visita l'Italie, où la Renaissance était dans tout son éclat; puis la France, où il connut Ronsard et sa pléiade, occupés à greffer péniblement le génie français sur Timitation maladroite de l'antiquité. L'Allemagne ne pouvait offrir aucun modèle à l'écrivain polonais ; en Italie, il s*initia surtout aux modèles antiques, qui convenaient à son goût pur et délicat; Dante et Aristote ne paraissent pas l'avoir frappé ; Ronsard n'eut beurcusement sur lui aucune influence. Tout en se modelant sur les formes sévères de l'antiquité, il voulut être lui-même, et il suivit sa propre inspiration dans le genre lyrique, où il a laissé d'admirables modèles de style. Son ouvrage capital, auquel il a consacré la plus grande partie de sa vie, est la Traduction des Psaumes de David, C*est peut-être la plus parfaite qui existe dans toutes les langues; pénétré de l'esprit de son sujet, animé par la foi religieuse et l'enthousiasme poétique, l'écrivain a lutté avec un rare bonheur contre le texte original et a mis à son service l'art consommé du versificateur : il est i la fois noble et clair dans le style, fier et respectueux dans la marche et l'expression; les essais du joyeux Marot sont bien loin de
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l'œuvre sévère du poète polonais. Dans le genre profane, ses poésies lyriques le rapprochent de Virgile et,d'Ovlde; il les suit de près, et souvent même leur emprunte des passages entiers. Mais son inspiration personnelle est bien plus fraîche, plus vraie, quand il laisse parler son cœur, comme dans ses Thrèna, ou ÉUgu$ sur la mort de sa fille : là, tout est simple, gracieux, touchant, et le poète slave apparaît dans les sentiments du père affligé : on peut en juger par ce passage :
c Ménage d'enfant, toilette de ma pauvre enfant, objets gentils, qui pour moi désormais avez un air funèbre, je ne sais pourquoi je vous regarde : je souffre tant à vous voir! Elle ne S|*éveiUera plus pour mettre ses mains sur ce vêtement; elle dort d'un long sommeil, d'un sommeil de plomb; elle ne s'éveillera plus! Elle ne demandera plus sa mantille brodée, ses tresses et ses rubans d'or. Ce n'est pas vers un tel lit que ta pauvre mère pensait te conduire un jour; ce n'est pas un pareil trousseau que je te destinais! De ce trousseau, tu n'as pris qu'un linceul. Ton père t'a mis une poignée de terre sous la tête, et dans ce petit cercueil, tu as disparu, toi, mon enfant, avec ta dot et ton trousseau. >
Kokhanowski a fait aussi des Épigrammes, des Épîlrei et des Satires, où il s'est écarté d'Horace, son modèle ordinaire : ses satires ressemblent assez à de petits drames. Il a également tenté le drame classique, et a pris son sujet dans un chant de ïlliade : c'est une nouvelle scène de la guerre de Troie, où apparaissent Ulysse, Anténor, Paris, Ménélas et Cassandre ; il imite Eschyle et Sophocle, et donne au chœur la place principale : l'action est presque nulle, comme l'intérêt : c'est une simple étude sur l'antique.
Auprès de Kokhanowskî, tous les auti'es poètes pftlissent et s'effacent : beaucoup écrivent en latin, et il est inutile de les tirer de Toubli; nous ne cherchons ici que ce qui tient une place dans la langue nationale. A ce titre, il faut citer Lubelczyk, qui traduisit aussi les Pioumet : c*est la Réforme qui avait mis en vogue ces travaux bibliques. Padnievrski fut à la fois poète, orateur et historien. Samborczyk et Szarzenski sont deux poètes rivaux d*un vrai talent, auxquels il faut joindre Iakubovirski et Trzecieski ; avec eux se clôt la liste des poètes du seizième siècle, qui fut, en Pologne comme ailleurs, une ère de renaissance et de mouvement intellectuel très-remarquable. Il faut aussi rappeler en passant le nom de Pszanka, homme d*esprit qui fonda dans son domaine de Sabine la singulière RépubUgue de Bobine, société satirique un peu extrava* gante; elle admettait dans son sein quiconque s*était distingué par quelque insigne folie ; elle eut une grande vogue en Pologne, et dura plus d*un siècle; la légèreté polonaise se peint assez bien dans cette bizarre insti* tution.
Dans le genre oratoire, nous trouvons Stanislas Orze* kov^ski, surnommé le Démoiihène poUmaù à cause de son Orauon funèbre du roi Sigismond P'; il écrivit aussi les Annotée de la Pologne sous le règne de Sigismond-Auguste. Les deux Warcevncki se sont fait un nom dans divers genres : l'un, Christian, fut un diplomate habUe, un orateur et un historien distingué ; l'autre, Stanislas, cultiva les lettres avec goût et succès. Kromer a mérité, par ses écrits historiques, le nom de TUe-IÀoe polonmt. Gomicki a excellé dans l'histoire et l'éloquence; il était le roi delà tribune polonaise, le Oeàron de son pays; sa parole était vive, sa diction pure, sa pensée grande et forte. Jean
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Zamoyski compte parmi les personnages les plus remarquables de l'époque : homme d*Ëlat, guerrier et savant, il fut un protecteur éclairé des lettres et des arts : il avait étudié en Italie et en France, et il prit une part active aux affaires de l'État. Il fit partie de l'ambassade chaînée d'apporter an duc d'Anjou (Henri m) l'acte de son élection au trAne de Pologne; il contribua ensuite à l'élection d'Etienne Bathori, dont il devint le grand chancelier. Ayant épousé la nièce du roi, il pouvait devenir à son tour roi de Pologne, mais il refusa pour faire donner la couronne à Sigismond ni.
Sigismond-Auguste mourut en 1572 sans héritiers : ce prince eut ses dernières années attristées par de sombres prévisions sur l'avenir de la Pologne. Les mêmes inquiétudes agitaient le grand poète Kokhanowski ; on en voit l'expression dans son meilleur ouvrage en prose, la Prophétie, ou tes Augures , où cet écrivain, si joyeux dans la jeunesse, devient pour son pays un prophète de malheurs; il voyait des causes de divisions, des symptômes d'anarchie, n se rappelait que, dans une salle du château de Posen, se trouvaient les portraits de tous les rois de Pologne, et qu'après celui de Sigismond, il n'y avait plus de place disponible : or un jour on trouva sur la muraille cette inscription fatidique : Hk regnum mutabUur.
Après la mort du dernier des Jagellons, la couronne fut offerte par la Diète à Henri de Valois, avec un pouvoir restreint par les Paeta eonvenia. On sait comment le règne de ce prince se termina par une fuite. La mort de son frère lui donnait le trène de France, et il le préférait à celui de la Pologne.
Etienne Bathori, duc de Transylvanie, fut appelé au trène, à condition d'épouser la fille du dernier Jagellon :
il dut son élection à la division des partis, chacun espérant s'en faire un instrument : il les ménagea tous pour arriver au trône; puis» maître du pouvoir , il démasqua une politique personnelle» très-nette» très-décidée : il voulait réduire la puissance du grand-duc de Moscovie» de ce ienibk Ivan, qui depuis longues années terrifiait la Russie par ses atroces cruautés. Trois campagnes heureuses forcèrent Ivan lY à conclure une paix humiliante ; par le traité de Wilna» il abandonna à la Pologne toute la livonie, cent villes et quatre-vingts forteresses.
Bathori méditait de grands projets politiques dont le but était de faire de la Pologne l'arbitre de l'Europe du nord et le champion du catholicisme contre les sectes protestantes ; il s'entendait dans ce but avec le pape Sixte-Quint» dont le génie profond savait concevoir aussi bien qu'agir. Le plan était de chasser les Turcs de l'Europe» de réunir à la Pologne tous les pays slaves du Danube» d'isoler la Russie de la Baltique» et de faire triompher le catholicisme dans ses États; Tordre des jésuites devait suffire à cette dernière tâche, par son puissant esprit de prosélytisme et son influence dans l'éducation : l'Académie de Koenigsberg» celle de Wilna» de nombreux collèges établis en Lithuanie, en Livonie, en Prusse, furent des moyens efficaces pour atteindre le but proposé. Mais la mort surprit ce prince avant qu'il pût arriver à l'exécution de ses grands desseins» et le prince de Suède, Sigismond» qui fut mis à sa place» fut entraîné par d'autres intérêts.
L'élection de Sigismond III Wasa fut faite » non par la Diète seule» comme c'était l'usage» mais par toute la noblesse réunie» tous les hommes libres faisant ainsi acte de souveraineté. Cette innovation fatale fut due à l'ambition de Jean Zamoyski» désireux de se rendre populaire en
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flattant ainsi l'orgueil de cette démocratie nobiliaire. Zamoyski était riche, savant, habile et courageux ; mais il appartenait à la petite noblesse, et il était poussé par sa haine contre le Sénat et les grandes familles. En réclamant ainsi le droit d'élection pour la noblesse entière, il faisait dévier la Constitution polonaise vers l'anarchie ; les Diètes étaient débordées par une foule ignorante, turbulente, livrée aux meneurs et aux ambitieux ; Zamoyski fit décider l'élection du prince royal de Suède, qui était jeune, espérant gouvemer'sous son nom.
n faut signaler, comme un des vices radicaux de la Constitution polonaise, et une des causes principales de l'anar- • chie qui agitait habituellement la Diète, le droit singulier connu sous le nom de lAberwn veto : chaque nonce ou député pouvait, par son vote, arrêter et rendre nulles les décisions de l'Assemblée; il fallait l'unanimité pour consacrer un vote : en sorte que le caprice, l'arbitraire, l'opinion plus ou moins absurde d'un membre pouvait paralyser l'action du gouvernement tout entier. Une telle loi était bien faite pour perpétuer l'anarchie, et tuer une nation entière*.
La vitalité de la Pologne résista pendant le dix-septième siècle aux causes de décadence que renfermait sa constitution intérieure : elle lutta avec avantage contre la Suède, qui lui disputait la Livonie; elle balança la fortune de la Russie, son ennemie séculaire, et ses armées prirent même
' Le veto des assemblées délibérantes était une aocienne coûtante slaye, un point de droit reconnu; mais on le corrigeait par la violence en forçant Popposant à voter à coups de bâton. On sait que le Jury anglais ainsi que les élections papales exigent aussi l'unanimité des suffrages. Le premier usage du veto fut fait sous Jean-Casimir, par un nonce nommé Sicinski, dans une réunion de la Diète, qui se dispersa sur cette parole.
Moscou en 161 1 ; sa domination s'étendit jusqu'à Smolensk, Tchernigow et Novogorod. Mais dans la seconde moitié du dix-septième siècle, sa puissance commença à décroître, et le dix*huitième siècle compléta sa ruine.
Revenons à la littérature » dont les progrès et la décadence suivirent le sort politique de la nation.
Simon Simonowicz (1558-1629), plus conna sous son nom latinisé de Simonides » est le poète le plus remarquable de cette période. Homme du peuple , il fut anobli pour ses ouvrages et reçut le nom nouveau de Bendonski. Ses E^ogues latines ont été louées par Juste-Lipse et Angelo Durini , qui le placent au premier rang parmi les modernes latinisants; mais ses Égloguei polonaises sont importantes ; il créa ce genre dans sa patrie et y est resté au premier rang ; bien plus » les critiques polonais ne lui connaissent point de rival en aucun pays, sauf Théocrite, et le préfèrent à Virgile. U imita d'abord les anciens; puis, se livrant à sa propre inspiration, il donna à ses pastorales un cachet national , une forme naïve , populaire , dramatique, qui en font des morceaux achevés. Les plus remarquables sont : les Épouicurs, les Moiaonneurs et la Paie du leitiaux. Ses Rondeaux pobnaù ont eu aussi une assez grande vogue.
Simon Zimorowicz (1605), né à Lemberg, composa ses poésies en langue russienne, ancien dialecte slave qui tient le milieu entre le polonais et le russe ; il chanta aussi des scènes pastorales et populaires avec une gr&ce charmante, dans ses RoxoUmeê, ses Dama Ruska et ses Rcndeaax, supérieurs par la gaieté et le naturel à ceux de Simonides.
Son frère, Barthélemi Zimoroviricz , est auteur â*un poème héroïque sur la Guerre des Turcs.
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La Paslorak a encore été cultivée par Gowinski (1695) et parGhe]khovvski.L'i^/!^jft«aeusessuccèsavecGynerski(1650).
Les traducteurs abondent dans ce siècle où tous les peuples échangent leurs richesses , et où l'on s'approprie aisément celles de l'antiquité. Otfinolski traduit en polonais Ovide et Virgile. Zaborowski donne aussi une traduction d'Ovide considérée comme classique. Rhroscinski à son tour traduit Ovide et Lucain. Bardzinski traduit Lucain et Sénèque le Tragique. Jablonowski traduit Ésope, la Fontaine et le Télémaqne, Lubomirski traduit Guarini de l'italien , tout en composant des poésies latines et polonaises.
Un des poètes les plus féconds est Samuel Twardowski ( 1 660 ) , qui réussit dans plusieurs genres : poésies diverses, odeft , poèmes , entre autres Vladisbu IV, Daphni changée en laurier, la Guerre damesêique, etc.
Les jésuites ont partout cultivé avec succès la poésie latine : nous trouvons parmi eux en Pologne un Horace poUmaU, comme on l'a surnommé , Casimir Sarbiev^ski (1595), que le pape Urbain YIII couronna à Rome, en le chargeant de reviser les hymnes du Bréviaire ; il a composé en lalin des Odee, des Épodes, des DUhyrambes, des Épigrammee, des Poétiei diverses, et un poème national, la Lechiade, en douze chants. Le sentiment religieux domine dans tous ces poèmes, écrits avec goût et élégance, sauf quelques incorrections relevées par la critique.
L'histoire a été cultivée en latin par Joachim Pastorius (1670), historiographe de Sigismond m. On lui doit un Abrégé de tUsiaire polonaiu, et une HisUrire de la Pologne depuis Yladislas IV jusqu'en 1651.
Maximilien Frédro (1679) a ausn une certaine réputation comme historien et philosophe. Les Polonais l'ont surnommé leur Tacite. Il était palatin de Podolie.
456 LITTERATURES SLAVES.
Jacques Sobieski (1648), père du grand roi de ce nom, et surnommé le BaueUer de la tiberté pohnaiu, à cause de sa Taleur dans les combats et de son éloquence dans les diètes» a écrit en latin un Commentaire de la guerre contre les Turcs terminée par la paix de Ghoczim.
L'éloquence fleurit en Pologne à une époque où elle était à peine cultivée dans les autres parties de l'Europe. Le talent de la parole était comme inné dans la nation ; il fut singulièrement favorisé par la liberté de discussion dans les diètes, par l'étude des orateurs anciens que l'on prenait volontiers pour modèles, par la tendance démocratique des institutions. La parole était, pour les partis, un moyen de domination et de triomphe.
La prédication chrétienne ne resta pas en arrière de l'éloquence parlementaire ; elle la dépassa même , parce qu'elle était l'interprète de vérités plus hautes, et qu'elle servait le patriotisme ainsi que la religion. Nous en trouvons un illustre représentant dans Pierre Skarga , que l'on peut sans trop de désavantage comparer à Bossuet et à Bridaine, et qui est à la fois un patriote et un docteur de l'élise. Il a touché à divers genres, sermons, homélies, histoire, écrits dc^matiques : partout il est noble, précis, éloquent , tout en sachant se mettre à la portée de tous. Ses Sermons sur les sept sacrements sont admirables de raisonnement et parfois de forme.
Dans son ouvrage sur VVnUé de V Église, le patriotisme se fait jour à côté de la dialectique. Tout en combattant l'hérésie, il insiste sur les avantages de l'unité religieuse pour le bien spirituel et matériel du peuple.
Hais nulle part ce patriotisme n'est plus vif, plus intense, plus éloquent que dans ses discours politiques , où abondent les vues élevées, les conseils pressants, les pressenti-
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ments prophétiques; c'est là que Skarga a déployé tout son génie. Si la Pologne eût écouté cet éloquent apAtre , elle n*eût pas compromis son avenir. Souvent méconnu , insulté, calomnié, persécuté par ses adversaires, il ne se décourageait jamais; dédaigneux des obstacles, bravant la malveillance , il marchait droit au but, en homme convaincu; en patriote courageux et dévoué, dévoilant le mal, les abus, les crimes, sans jamais attaquer les personnes. Dieu et la pairie, il avait mis dans ces mots toute son &me, et il disait avec le prophète : c Si je t'oublie , 6 ma patrie , que j'oublie l'usage de ma droite; que ma langue desséchée reste collée à mes lèvres, si je t'oublie, ô ma patrie, et si je ne te mets au-dessus de toutes mes joies! » Ainsi il parlait aux membres de la Diète, qui l'écoutaient avec des murmures, parce qu'ils mettaient presque tous l'intérêt personnel au-dessus de la patrie. Prenant en main la cause du peuple polonais opprimé , Skarga ajoutait : < Et ces sueurs, et ce sang de nos paysans qui ne cessent de couler, et dont toute la terre est devenue moite et rouge , quel épouvantable avenir préparent-ils à ce royaume!... Ces paysans sont votre prochain; ils sont Polonais comme vous; ils parlent la même langue, et sont enfants d'une même patrie. Jadis les chrétiens donnaient la liberté à leurs esclaves baptisés devenus leurs frères en Jésus- Christ; et vous, vous osez retenir en esclavage des chrétiens vos compatriotes! »
Skarga va plus loin, il a pénétré les maux de la société, il connaît le ver qui la ronge, il prévoit l'avenir, et prédit les malheurs futurs de la nation, comme les prophètes de l'Ancien Testament. Voyez si le sort de la Pologne n'est pas tout entier dans ces sombres paroles : < Sur les traces de vos discordes viendra le despotisme étranger qui englou-
tira toutes vos liberlés ; ces libertés dont vous êtes si fiers deviendront la Table de la postérité et la risée da monde ; car vos enfants avec leurs propriétés » avec leurs familles* expireront dans la misère entre les mains de Tennemi qui les haïra.
c Votre patrie , jadis mère de tant de nations » pleurera son long veuvage , méprisée et honnie par vos enifemis.
c Votre langue , la seule parmi les langues slaves choisie et adoptée par la liberté » vous la verrez détruite ; et votre race, vous la verrez dégénérée, et les restes de cette race s'en iront dispersés par le monde» et vous serez condamnés à subir une métamorphose horrible, à prendre les mœurs et les habitudes d'un peuple qui vous hait et qui vous méprise !
< Vous n'aurez plus de roi de votre nation ; vous n'aurez plus le droit de vous en choisir un ; vous n'aurez plus de royaume, vous n'aurez plus de patrie! Exilés, pauvres, misérables, vagabonds, on vous repoussera du sein de ces royaumes qui recherchent maintenant votre alliance !
< Vous servirez vos ennemis dans la faim, dans la soif, dans la nécessité, dans la pauvreté , parce que vous n'avez pas voulu servir le Dieu de vos pères dans la joie et dans l'abondance, et qu'au sein de votre bonheur vous avez méprisé votre monarque, votre prêtre, vos lois et vos magistrats, en vous retranchant derrière vos Ubertés infernales I »
La fin de ce discours n'est pas seulement éloquente, elle est sublime comme un fragment, un écho de Jérémie.
c Qui me donnera assez de larmes pour pleurer jour et nuit le malheur des enfants de ma patrie ? Ainsi tu es devenue veuve , belle terre , mère de tant d'enfants ! Je te vois dans la captivité, 6 royaume orgueilleux! et tu pleures
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tes fils, et tu ne trouves personne qui veuille te consoler. Tes anciens amis te trahissent et te repoussent; tes chefs» tes guerriers , chassés comme un troupeau , traversent la terre sans s'arrêter et sans trouver de bercail. Nos églises et nos autels sont livrés à l'ennemi ; le glaive se dresse devant nous ; la misère nous attend au dehors , et cependant le Seigneur dit : — Allez, allez toujours! — Mais où irons-nous, Seigneur? — Allez mourir, ceux qui doivent mourir ; allez souffrir, ceux qui doivent souffrir ! »
Si l'éloquence humaine et chrétienne n'est pas là dans toute sa splendeur, on ne la trouvera nulle part. Il avait prédit la décadence de la Pologne; elle commence bientôt après lui.