II
secret quelques brèves paroles, s*inelîiie deyaai les dieox el oontimue sa marobew
c Un jour s'écoule, un antre jovrs'écoale; mais quand la lune édaire la troîsîèiBe uhA, les hwHies sont réonîs dans la sombre forêt. Zabol vient à eux , les mène dans le ravin le plus profsad daixns. U descend Ueii loin au- ^fessons «d'eux» et prend en main sa guitaie mÉiodieuse.,
€ — Amis aux OBurs de frênes, aax yeux de fhnnies, ce chant qu'ici j'entame en celle vallée profonde, il part de mon cceur, du fond de mon oœnr pfeapé dans une somire tristesse. Noire père a rejoint ses ancêtres; il a laissé ici ses enfants, ses coaipagnes^ sans dire à uaam d'enire nous : Ami, dôotte-lenr des cometls palemeis'!
« Et l'étraD^er est venu airec vicdence; il ne«s oo»mande dans une langue inconnue, et les coutumes delà terre étrangère, il faut que, du matin an soir, nos enfants, nos femmes s'y soumettent; il fatâ qu'une sente épouse nous accompagne depuis la naissanoe jusqu'à la merL
c II a chassé les éperviers de nos boîs, et ks dieux qu'il adore, ilianiqu'cm les inyoqnei Nous n'osons plus frapper nos fronts devant nos •dieux , leur apporter les mets au crépuscule , là où notre père venait leur en cffiir, où il venait chanter leurs louanges. Us ont abattu tons les arbres; ils oui brisé tous tes dieux.
e — Ab ! ZaboK, tes chants vont droit au omr; tes chants^ empreints de tristesse, reasemhleni à cenx de Lufflir', doni la voix et la lyre émeuvent le Wychegirad* et les extrémités de la terre ! Tons nos frères l'ont senti comme moi; oui, un nohte barde est cher aux dteux.
* Vieax iMidenAtifloiL
> Berceau de Ut naiion bohème.
BOHÊME. — Ghapitme IL 515
Chaule ! C'est à toi qu'il est donné d*enflanimer nos âmes contre Tennemi.
c Zaboï a reoiarqué d'un.re^pard les yeux étincelants deSlavoI, et ses chants continuait à pénétrer les Anies^..
c Tous aussitôt descendent vers Zabol,.tous le pressent dans leurs bras, nerveux; le cœur répond au cceur et les mains s'^enirelacent, .et de sages discours se suceèdent. La nuit va faire place à Taurore; ils ranontent sans bniit de la vallée^rel, longeant isolément les arbres, ils quittent de toutes parts la forêt
c Un jour s*écoiilef,un autre jour s*éoottle; mats après la troisième journée, quand la nuit a répandu ses ombres, Zaboî s'avance dans la forêt, et avec lui. une troupe de guerriers; tous pleins de confiance dans leurs chefs, tous brûlant de haine contre le roi (Ludiek), tous le menaçant de leurs armes.
c — Slavol, frère bien-aimé, vois^tu cette montagne bleue qui domine les plaines d'alentour? C'est là ^ue nous portons nos pas. Au levant de la montagne, vois- tu cette forêt sombre? C'est laque s'uniront nos mains. Cours^y à |)as de renard ; j'y marche de mon côté.
« — Frère Zaboï, pourquoi donc nos armes n'oxerceraient-^lles leur vengeance q^e jusqu'au haut de cette montagne ? D'ici même attaquons en face les liordes homi* cides du roi !
€ — Frère Sk vol,, veux-tu écraser le dragon? Marcbelui sur la tête ; et sa tête est là-bas !
c AnssUét la troupe, divisée dans le bois, se partage à droite et à gauche; les uns suivent les ordres de ZaboY, ^es autres ceux de l'ardent SlavoL Tous marchent vers la montagne bleue à travers la forêt profonde.
c Cinq ,foia le soleil avait paru qpand de nouveau ils se
tendirent les mains , quand de loin leurs yeux de renard observèrent les cohortes royales.
c — Que Ludiek réunisse ses légions , toutes ses légions sous les coups de nos haches ! Ah ! Ludiek, tu n*es qu*un yassal parmi les vassaux du roi; va dire à ton maître superbe que ses décrets ne sont qu'une vaine fumée !
c Ludiek s'irrite , et son prompt appel a aussitôt réuni les cohortes. Leur reflet remplit l'étendue, et le soleil resplendit sur leurs armes; tous les pieds sont prêts h marcher, toutes les mains à frapper au signal de Ludiek.
< — Slavol , frère bien-aimé , cours ici à pas de renard, pendant que je les attaquerai de front !
c Et comme la grêle , Zaboï les charge en face ; comme la grêle, Slavol les chaîne en flanc.
c — Frères , voici ceux qui ont brisé nos dieux , qui ont déraciné nos arbres , qui ont chassé les éperviers des bois. Les dieux eux-mêmes les livrent à nos coups !
< Aussitôt, du milieu des ennemis, la rage entraîne Ludiek contre Zabol, et, les yeux étincelants de colère, Zaboï se précipite contre Ludiek. Gomme un chêne s'abat sur un chêne au sein de la forêt, tels Zabol et Ludiek s'élancent en avant de l'armée entière.
c Ludiek frappe de sa forte épée, et traverse trois plaques du bouclier; Zabol lève sa hache d'armes sur Ludiek qui l'évite ; la hache rencontre un arbre qui s*abtme sur la foule , et trois cents des combattants ont rejoint leurs aïeux.
c — Ah ! s'écrie Ludiek en fureur, monstre homicide, exécrable dragon, essaye contre moi ton épée !
c Zaboï saisit son épée et échancre le bouclier ennemi. Ludiek brandit la sienne , mais elle glisse sur l'écu raboteux. Tous deux s'excitent à redoubler leurs coups , et
BOHÈME. — Chapitre II. 547
leurs coups ont brisé leurs armures; leur sang coule; le sang jaillit à flots sur les guerriers dans cette lutte implacable. Le soleil atteint son midi, et du midi il s'incline vers le soir'; cependant on combat encore, sans céder d*un côté ni de Tautre : ici combat Zabol , et là Slavoï son frère.
« — Meurtrier ! Bies (le diable) te réclame, assez tu as bu notre sang! — Zabol brandit sa hache; Ludiek s'est détouhié ; Zaboï élève sa hache et la lance sur l'ennemi ; dans son vol » elle fend le bouclier, et , sous le bouclier, la poitrine de Ludiek. L'âme a frémi devant la hache puissante, et la hache entraine l'âme à cinq toises dans les rangs.
c Un cri d'effroi dans la bouche des ennemis , un cri de joie dans celle de nos braves, des braves compagnons de Zaboï; un rayon de joie dans leurs yeux.
«f — Frères, les dieux nous donnent la victoire. Une troupe à droite, une troupe à gauche ! Amenez les chevaux des vallées, qu'ils hennissent dans toute la forêt!
« — Frère Zabol , lion intrépide , que rien ne retarde ta poursuite !
c Zabol a jeté son bouclier; l'épée d'une main, la hache de l'autre, il se fraye de larges sentiers à travers les cohortes royales. Ils hurlent, ils fuient, nos oppresseurs! L'épouvante les repousse du champ de bataille, et la terreur leur arrache de grands cris.
c Les chevaux hennissent dans la forêt. A cheval, à cheval ! à la suite de nos ennemis, à travers la forêt tout entière ! Coursiers agiles, portez notre vengeance, portezla vers nos oppresseurs !
< Nos guerriers s'élancent sur les chevaux ; pas à pas ils poursuivent les ennemis; coup sur coup ils assouvissent
5i8 LITTÉRATURES «LAV£iS.
leur rage, et les plaines, les montagnes, les fortts dispavaisacnt à droite et à gaitche.
€ Devant eux mugit un torrent dont les vagues s'amoncellent sur les vagues : Ton sur l'autre, ils s'y précipitent , tous affrontent les noirs tooitillons. L'onde engloutit en foule les étrangers, mais elle porte les fils delà patrie, elle les porte au rivage opposé...
•c Les guerriers deZabol se précipitent et sillonnent de toutes parts la contrée, culbutant , abattant les ennemis sous les pieds de leurs coursiers agiles. Furieux , ils les poursuivent aux lueurs de la lune, à l'éclat du solal dans la nuit ténébreuse , et au lever du jour ils les poursuivent encore...
c —Frère, voîs-tu cette monlagnelummeuse? C'est là que les dieux. nous donnèrent la victoire; c'est là que les âmes par essaims voltigent maintenant d'arbre en arbre, effrayant les oiseaux, les bêtes fauves redoutées de tous, excepté des hiboux. Allons sur le sommet ensevelir les corps et présenter aux dieux les mets du sacrifice; aux dieux qui nous sauvèrent sacrifions avec joie, et chantons un hymne à leur gloire en leur offrant les dépouilles des vaineus^ »
Malgré ceUe résistance, le paganisme ne devait pas tarder à foire place chez les Slaves à la lumière bienfaisante de la foi chrétienne. Deux missionnaires célèbres , Cyrille et Méthodius, partirent de Gonstantinople en 860, convertirent les Khazares, les Bulgares, et pendant vingt années répandirent la prédication «chez les divers peuples slaves pour lesquels ils traduisirent les livres saints. Dès le dixième siècle, la religion nouvelle était solidement établie au milieu d'eux.
* EiCRHOFP, Tableau de la llUératur^ du Nord au rnùyen âge.
BOHÊME. — GBiPiviiE II. 519
Itew» les aiiti^ poCiBes da inaoBScrit trouvé &^ Bii«r, cdttit ée Cuimir et Mnfanest mwre on tableau de bstaiMe dmt les ekrmniaes. ont tsansoftis le souvenir ; Faction af^portîenl au. acutièflK: siècle; c'est. un fadtiaatt» qui n*a pas le oaraetèDe ni l'îiitérèt natinial du précédent.
Le chant àeLuéiehm et.IdBior, qui parait remonter au tretziène siècle r est le taUeau ifriJitaait et aniné d'un Unrnoî: dont tau reine est la belle Lndicfaa , fille d^an prince id'au ddà de rEUne , dmt le nom. n'est pas proacoBcé. Après plusieurs passes d'armes dont le récit est à la fois 9oh9e et vif, la vidahre appartient à hobn qui renverse tfois adversaires, c Lvdicha iui.posesnr la tête une. conionne , une couronne- de Ceinlies ée diéne. Le sod des trompettes et des tiailsales retentiC. »Le bat de ce tournoi, indiqué par le prince ^.esluiienienaeecontreles AUemandsw. « Yaillants seigneurs y dit- il, j^e^^cux savoir qui de vous mfeat le plus utile. H est sage: dans la paix de seprépaoeràla guerre. De Umas o4tés les AUemands sont nos voisins K »
Le dernÂer peiëoie, et le plus long du manuscrit, raoanle la détaièe des larlnros* devant Oimutz en 1241 ; ce fol nn chef bohème, laroslav de Stembevg, qui renaporta cette victoire. EUe eut un résultat important, car eUe arrêta de ce c^té k marche: triomphante des terribles, envalùssenrs mongols, qui tinrent la Russie sous le joug pendant deux siècles, et menaçaient. l'fiorope d'un sort semUabte. La Pologne,, la Silésie, la Hongrie avaient subi tfaffrenx ravagea;«n Hoffavie;p.ladésolatii(Hin'éÉait pasmoinagvande: k peuple fiiyait Aans tas bois, dans les rodKBs pour édhapper à; la mort;, les villes i, les monaséèrss étaient pillés,, livrés aooLfknuBesw Otauitz,. bien fortifiée, devint
* Toir LÉGER, Ûhants Mroîqws des SXavesde BoMme.
le bouleyard de la résistance, sous la conduite du brave laroslav de Sternberg; il repoussa tous les assauts, et surprit à Timproviste l'armée mongole par une sortie yigoureuse; il la mit en déroute et tua de sa main le chef ennemi, un des petits -fils de Gengis-Khan. Les débris de cette armée allèrent rejoindre celle de Batou , qui triomphait alors en Hongrie ; mais Tattitude menaçante de TAutricbe et des princes chrétiens délivra bientôt FEurope occidentale de ces hordes farouches, qui rentrèrent
dans leurs déserts asiatiques.
Il y a donc dans ce poème une petite épopée nationale d'un grand intérêt. Les faits historiques y sont entremêlés de fictions gracieuses et de légendes populaires.
Le manuscrit trouvé à Kralove-Dvor parait être un fragment d'une antique collection de chants nationaux dont nous devons déplorer la perte , car il eût servi à reconstruire l'histoire de l'ancienne poésie bohème , qui doit avoir été riche et originale, si nous en jugeons par les débris qui nous restent. Sur les quatorze morceaux retrouvés, il en est six qui sont des chansons populaires d'un caractère naïf et gracieux. Mais si les anciens recueils nous font défaut , il en est un que le temps n'a pu détruire, c'est celui qu'à conservé la mémoire populaire, malgré le temps, les guerres, les malheurs publics, Tinvasion germanique et l'oppression séculaire du gouvernement autrichien. L'érudition moderne a accompli en Bohème, comme en beaucoup d'autres pays, une œuvre méritoire et digne d'intérêt ; elle a collectionné pieusement ces chants répandus parmi le peuple, transmis d'une génération à l'autre et répétés de siècle en siècle. On en a fait plusieurs recueils, dont le dernier, le plus important et le plus complet, est de M. Erben ; il contient environ deux mille
BOHÈME. — Chapitre IL 6t4
cinq cents chansons dans tous les genres et de toutes les époques, ballades, chants d'amour, complaintes, chansons à boire, satiriques, nuptiales, guerrières, chansons de métier, et jusqu'à des rondes enfantines. G*est là qu'il faut chercher la vie du peuple, ses goûts, ses instincts, ses passons, son caractère; rien n'est plus vrai , plus sincère que ces élans de l'âme; c'est le miroir de la nation, c'est sa respiration , sa vie ; l'art n'y est pour rien ; le calcul, la méditation n'ont pas présidé à cette expansion naturelle de l'âme, à cette expression vive et spontanée des sentiments populaires.
CHAPFTRE ni.
Antipathie de la race slaye contre la race allemande. — Cturoniqne de DduMl. •— litténiuffe dinitMion. — rtasà» ée PaiArii^ ^ André de Duhe. — SatiUy. — Résultats de la prédication bnaaiie. ~ La Renaissance en Bohème au seizième siècle. — Jean de VeleslaTiiie.
— iMBjAdij, — Comeniiis. — Fonestes coaséqnences de la guerre de T reale ans pev la la^gae et la UtténAoEe. — g^fiiMfs de li*-
- seph II : ses effets en Bohème. — Réveil littéraire. ^ Debrawski. — Palacki. — Hauliezek. — Holy. — Kolar. — Celakowski. — Votsel.
— Hynec-Macha. — Nebesky. — Erben. — Moabek. — Friei.
— Klicpéra. — Nénida. — Halek. — Sabina. — Résumé. — Opinion d^on critique slave sur les destinées de la Bohème.
Un fait qui ressort vivement dans l'histoire comme dans la littérature, c'est l'antipathie que les Slaves ont toujours éprouvée contre la race allemande. Gela tient autant à l'opposition des caractères qu'aux faits historiques. Le Slave est léger, vif, expansif , d'humeur aimable et gracieuse; le Teuton est lourd, empesé, concentré, de nature peu sociable, peu sympathique. Le Slave a toujours eu à souffrir de l'Allemand , son voisin , qui a sans cesse empiété sur ses droits , sur ses terres, et lui a fait sentir longuement le poids de l'oppression , de la conquête. Pour le Slave, l'Allemand est un ennemi; en Russie, son nom est synonyme d'étranger, et le fond du sentiment est la malveillance. En Pologne , l'Allemand est un vainqueur détesté, cela s'explique et n'a pas besoin de commentaire. La Prusse s'est élevée sur la ruine des Slaves; l'Autriche s'est formée de leurs dépouilles ; aussi est-il naturel de voir les Tchèques, dès les premiers siècles de leur histoire, se montrer défiants et haineux à l'égard des Germains.
BOHÈME. ^ Chapitre HI. 523
Nous trouvons en Bohftioe l'expreasion de cette vîeiUe baine dans une Mtgitnwe chronique rimée du quatorzième siècle , conniie sans k nom de Cknmfm ie Baliwùl, quoiqne ce nom» qtii est celui d'un ebaooine de l'église de Boleslav, ne soit pas celui de l'auleiir, resté inconnu. L*iiistoireconnaenc6À la création du raonée, et s'art^te à Tannée 13(4. iSUe raconte aicsc une nasvelé pittoresqoe rénûgratîon du lech nonuné Tchdu, et son établissement en Bofaème arec sa fsmîUe ; il fomeôt c un peuple trèsloyal, qui dirait tous tes bicBS en. commun; ce que Tun n^oTait pas, H le trourah ckez l'autre »• Le jugement de Liboucha la prophétesse , Taffront que lui firent subir les seigneurs en repoussant son. autorité, son mariage avec le kboureur Pvzémysl, la fondation de Pragve, tout cela est raconté aTecanimation^Quandle poilte décrit k guerre eoDtre l'Allemagne, on Yoit percer en maint endroit la haine de race, et le bean côté est toujours pour les Bohèmes. < Les* Saxons ont lesdieveux pUes^ dit-il : de tels honmies sont rareintiitibra?es. Quand Spitihniev eut débarrassé, la contrée de lois ks Allenands et de tous les autres étrangers, comme un jardin de ses orties ou une crinière de cherval de se» diardons , il mardia contre la Hongrie. » Un prince de Bohème ayant épousé une femme du peuple, sa noblesse; lui en fait reproche; il répond : c Nous sommes tous sortis d'un même ipère : la noblesse est venue des paysans *, le noble se change souvent en paysan ;.ji'ainie mîeux.prendre une paysanne tchèque qu'une Allemande fitte de^rempereur. »
Malgré cette vive antipathie , leigetmanisme pénétra en Bohtaie, aveC'la langue latine qai< était celle de l'Ëgiise; la féodalité alleoHnde hûiimpon saidnrecoqMréinte, et la Uttératore nationale fit pèace à. cette littérature chevale-
S2i LITTÉRATURES SLAVES.
resque, qui était la même paf toute FEurope. On eut donc la littérature féodale, les chansons de geste, relatives aux preux de Gharlemagne et du roi Arthur; les romans de la guerre de Troie, les mystères joués dans les églises ou sur les places publiques; plus tard les romans allégoriques dont le type était le Roman de la Rose. Les auteurs entremêlaient à cette poésie cosmopolite quelques légendes nationales; mais on peut dire qu'il n*y avait pas alors de littérature bohème. Le latin était devenu la langue de la science, celle de l'Église, des monastères et des écoles. Tous les chroniqueurs, sauf Dalimil, écrivent en langue latine.
Au quatorzième siècle, la littérature bohème se réveille sous la protection de Charles IV, qui , devenu empereur, donne à l'Allemagne la célèbre constitution de la Bulle d'or, où il recommande aux électeurs Tétude de la langue bohème , qui devint alors la langue diplomatique de l'Allemagne. Il fonda les Universités de Prague et de Vienne ; un monastère de Prague adopta la liturgie en langue slave, et c'est de ce couvent que sortit le célèbre Évangile écrit en caractères cyrilliques, qui fut acheté au seizième siècle à Gonstantinople , et déposé parmi les trésors de la cathédrale de Reims : il passait pour un livre syriaque ayant appartenu à saint Jérème, et les rois de France , au jour de leur couronnement, prêtaient serment sur cet évangile slavon , qu'on appelait le Texte du sacre,
Charles IV accorda aux lettres une protection éclairée; l'instruction se répandit , on vit paraître des écrivains de mérite. Flaska de Pardulic composa ses œuvres morales; André de Dube, le Commentaire sur Us droits du royaume de Bohême; Thomas de Sztitny, sa République chrétienne.
Au quinzième siècle, la prédication de Jean Huss, le
BOHÊME. ^ Chapitre III. 525
mouvement d'idées qu'elle provoqua , l'exaltation nationale qui en fut la suite, les grandes guerres , les dévastations qui ruinèrent le pays , forment pour la Bohème une période d*un haut et triste intérêt. C'est de l'Université de Prague que sortit l'opposition hussite, et sa première manifestation fut dirigée contre les Allemands. Ceux-ci étaient en majorité à l'Université ; dans les élections , ils avaient trois voix sur quatre. Jean Huss obtint du roi Venceslas que la majorité fût rendue aux Tchèques; les Allemands, furieux, désertèrent Prague pour aller fonder une Université rivale à Leipzig. Jean Huss, devenu recteur de l'Université de Prague, commença bientôt ses attaques contre Rome et le clergé, et souleva tous les esprits; parmi ses disciples qui soutinrent sa cause dans des ouvrages de controverse théologique , il faut citer Jacob de Stribro , Jean de Pribram, Jean de Rokycan, et surtout Pierre de Chelczic, qui enseignait un christianisme idéal , basé sur la paix et la liberté, et qui donna naissance k la secte des Frères Moraves.
Disciple de Wiklef , Jean Huss fut un réformateur comme Luther et Calvin : il ne lui manqua que le succès pour arriver au même degré d'influence. On s'étonne que l'Allemagne, qui devait acclamer un siècle plus tard les doctrines analogues prèchées par le moine de Wittemberg, se soit montrée si hostile à celles de Jean Huss. Au fond , la cause était la même. Mais Jean Huss était Slave, et la répulsion des Allemands vint de l'hostilité des races, qui dirigeait les inspirations politiques des souverains. La doctrine hussite fut noyée dans le sang, et la Bohème, qui l'avait soutenue comme une œuvre patriotique , n'y trouva que désastres et ruine.
La Renaissance littéraire du seizième siècle exerga son
5t6 LITTÉRATURBS 9LAVB&
influente en Bohème : le goût des lettres antiques sTj dèreloppa, sens la direction de Bohudafr de Lohbnie et de Jean de Hoder; on traéirisit les o<iv»n^ anciens; Pragne redennt un fojier de Ittnnère, et bon nambre d*éerivaiM dannèrmt à la langue tchèque la pureté , Télégance qui loi manquait. Jiean de Veleslavine fut m protecteur éclairé des lettres, et ses écrits» qui ssoft pour ia plupart des traductions, erereèrentunetieoreBseiiifloeBce; on distingue particulièrenient sa Fêktifm kUioHqm, A sa mort, trente-cinq poètes écriTirentdes élégies en son Imineur, ce qui prosTe qu*à déCrat de génie, le talent poétique ne manquait pas à la Boliènie. Bannaî en, le nom de Lomnickf mérite d'édiapper à l'oubli.
Le cél^re philosophe Gonenios (1S92-1671), on Jean Amos Komensky, était né en Moravie, et appartenait à la secte des Morates. L*édit antridnen de 1624 le força de quitter sa patrie; il habita sseoessifement la Pologne, TAngleterre , la Suède , la Hollande et la Prusse ; partout on invoquait son savoir et son expérience pour la léforme des écoles. Son fameux recueil de mois usoèb, intitulé Jamm tmfiÊmmm retefwêë^ (ai traduit en doue Ismgms européennes, puis en turc, en arabe, en persan, en mon* gol : il y a peu d'exemples d'unsuecès semUaMe. Geifesl qu'une faible partie des doctes ourrages de ce savant ingè* nienx, qui, par ses leœèfma et ses* mHàoétt, rendit de grands services à l'étude des languesi
Nousavons dit qaeHes furent pour la BéHèmolesfitales suites de la guerre dèlVenle ans, et quelles raines, quelle dépopulation eHe eut à subir. La bataiBe de la Iftatagne* Blanche fut pour eHe comme un coup de moft: Sa l»gae et sa littérature, redevenues florissantes, s'cngteuttrent dans ce cataclysme national. La péRâqne avirieliieone
BOHÈME. — Chapitrk III. 5S7
avait compris (foe pour aToir nuson il iaUait l'atteindre dans ses sonrces , c'est-à-dire dans son idiome et dans ses livres. La noblesse tdbèque fut proseritè, la pmisée tchèque le fut également , et peodkmt qoe IHme périssait sur les écbafauds ou aiiait languir dans reùl, Tautre était étouffée par une censure impitoyaiste. Un livre en langue tchèque était considéré comme un livre hérétique; on les prenait dans iee bîUiotbèques, dans les fanûlles, et' on les brûlait par milliers : ce qui pént ainsi de titésors littéraires «st ! i&eakulable ' ; les vainqueurs ne voulaient phis que Fallemand .^x>mm!e langue usuelle , ou le latin comme langue des écoles. I^es ordres religieux, cpjÀ furent appelés è diriger Tenseignenait en Bohême, coKtribuèreni à étouffer cet élément de la vie nationale , qui ne fui conservé que dans les classes populaires, où r éducation nmiTelle ne pouvait l'atteindre; c'est ià^qoe la langue échappa au naufrage dont elle était menacée. Ce mépris:, cet oubli fut son salut; le peuple et la langue ne font qu'un , ils vivent de la vie l'un de Tautre, et, au jour donné, c'est par la langue que s'opère le réveîi nationl^ lie poème remarquable de IMckîèwicz intitulé ÏVmèknrod jette un jour trisie et cnrieca sur la pdi tique du grand oppresseur de la Bohétne^ WailCDSlein, qni expia par une fin tragique ses. imibitieux exploits.
Joseph II , dans son zèle exa^é de nêformes', chercha
' Komensky (Comenius) raconte ainsi la destruction des livres bohèmes : « Conmenf «m tfaita les livres, je n^ai ^ms tNssotn de le raeonter, tout le monde le sui. Lee«iécutioni>se îtinimi de divenatmn nières. Les uns les brûlaient dans rinlàrieur de leurs maissDS, d'autres sur la place publique. On Toyait des fourgons remplis de livres s'acheniaer vers U plâoc de Texéoslion suivis des bourreaux porteurs de AambcauL. Aiaii péril la littétatm-de uotM pafs. » Va detfionéeotem de cette ancienne littéature se yantait d* avoir brûlé à lui seul 6,000 to* lûmes en langue bobèûie.
k faire triompher en Bohème Félément germanique; mais ses efforts ne servirent qu*à raviver Tesprit de résistance et à donner du ressort à Finstinct national. Les émigrés hohëmes, réfugiés en Pologne et^n Hongrie, tendirent de loin la main à leurs frères, et leurs travaux d'érudition sur les origines slaves contribuèrent à ce réveil qui a éclaté au commencement de notre siècle. Tels furent DobroTvski, Kopitar, Palacki, et surtout Szafarik , dont les plus patientes recherches sur la langue, l'histoire, Tarchéologie , ont débrouillé les origines de la nation tchèque et lui ont, en quelque sorte, restitué ses titres de noblesse. En 1783, Tham publia à Prague une brochure intitulée : Défense de la langue tchèque contre la méchanceté de ui déiraC' tewrs, et la tolérance de la censure prouva que les rigueurs de la police autrichienne commençaient à s'apaiser.
DobroTvski (1753-1829), savant jésuite né en Hongrie, fut d'abord élève, puis recteur de l'Université de Prague, et consacra sa vie , ses forces , ses nombreux voyages à des recherches assidues sur la langue tchèque et les autres langues slaves. Ses principales publications sont : les Historiens de la Bohême; ï Histoire de la langue et de la Uttéraiure bohèmes; Systimecompietde la langue bohème; Dictionnaires, etc. Ces grands travaux furent le signal d'un véritable réveil de l'érudition en Bohème. Le chaos était débrouillé, la voie ouverte k l'érudition ; elle fut suivie par de vaillants pionniers, tels que Puchmayer, Nejidly, Hnievkovski, et surtout Jungmann, le grand lexicographe de la langue bohème, et l'historien de sa littérature.
Frantz Palacki (1796), l'illustre historien de la Bohème, est un de ces hommes dont les travaux suffisent pour illustrer un pays. Né sous la chaumière d'un paysan, il fut élevé par charité au lycée impérial de Vienne, et tout en
BOHÊM£. — Chapitre III. 529
enseignant dans une famille noble, il commençait la publication de ces savantes études qu'il n'a pas interrompues depuis. A peine âgé de dix-neuf ans, il publiait, en collaboration avec Szafaryk , les ÉUmentt de la poéiie bohème, puis une Hutwre générale de l'eilhéiique. Philologue de premier ordre, possédant, outre les langues anciennes, l'allemand, l'anglais, le français et l'italien, sa passion était pour la langue et la littérature de son pays. Tout en fouillant les bibliothèques, en compulsant les archives, il dirigeait le Journal du Mueée de Bohème, et en 1829 les États lui donnèrent le titre bien mérité d'historiographe national. Palacki se montra de plus en plus digne de cet honneur par la publication de travaux importants : Y Appréciation des chroniqueurs de Bohème, et V Esquisse de la culture intellee-' tuelle en Bohème depuis ses origines : le premier fut couronné par l'Académie d^s sciences. La nation se révélait ainsi à elle-même par ses historiens et ses chroniqueurs, la plupart ignorés, méconnus, et dignes pourtant de sortir d'un injuste oubli. Mais Palacki visait plus haut encore; il voulait coordonner toutes ces richesses, les fondre dans un grand récit , et doter sa patrie d'une Histoire complète ; c'est dans ce but qu'il voyagea en Italie, en France, en Allemagne, recueillant partout de nouveaux matériaux, des trésors d'érudition, pour mener abonne fin ce travail, chef-d'œuvre de vérité, de simplicité, de grandeur. Les origines de la nation tchèque y sont étudiées, exposées avec une sagacité, une sûreté de jugement admirables. Ouand il arrive aux grandes époques, celle d'Ottokar, par exemple, son récit revêt un éclat, une splendeur magistrale. Lors de la révolution de 1848, Palacki montra une modération extrême, fruit de la sagesse et de l'expérience ; il comprit que cette ardeur révolutionnaire tendait à compromettre n. 34
530 LITTÉRATURBS SLAVES.
les destinées de sa patrie , en poussant au démembrement de rAutriche.
Charles Hauliezek (1821-1856] est un des ardents publia cistes du mouvement slave de 1848. II fut d*abord précepteur en Russie chez le prince Scbevireff» puis revint en Bohème pour collaborer à YAbeUle et à la Ga%etU de Prague; gêné par la censure autrichienne, il ne pouvait parler qu*à mots couverts, par allusions : ce qu'il disait de Flrlande devait être entendu de la Bohème. Exilé en 1848 pour ses idées libérales, il alla mourir à Brixen dans le Tyrol.
Le clergé tchèque se montra favorable au mouvement de la littérature nationale; il identifiait le patriotisme avec la religion : les lettres étaient presque un culte. Kolar était prêtre, de même que Holy, auteur de Tépopée nationale en douze chanfs Sviatopluk, dont le sujet est la chute de l'empire morave, qui rivalisa un instant avec l'empire germanique. Holy composa encore un poème sur VÈtahlùsèment de t Évangile chez la Slaves. Un autre prêtre, lialbieu Klocel, de Brtlnn, est un philosophe moraliste des plus purs, des plus austères, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un style poétique fortement imagé.
Jean Kolar (1793-1852] inaugure la renaissance poétique de la Bohême contemporaine. II étudia la théologie protestante à Presbourg, et alla prendre ses grades à léna, où il connut Gœthe. C'est même là, loin de sa patrie, qu'il composa son beau poème la Fille de la Gloire (Dcéra Slavy), qui déplut à la censure de Prague, et ne put être publié qu'en Hongrie, en 1824. Cet ouvrage lyrico-épique se compose de cinq chants, dont les deux derniers sont bien inférieurs aux autres. L'idée dominante du poète est le Panslavisme; il voudrait réunir en une nation tous les peuples slaves : voilà pourquoi le héros de son poème
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parcourt toutes les contrées où la race slave a déposé ses populations. La passion idéalisée, c*est la patrie slave, qui compte 74 millions de sujets dispersés dans toute l'Europe. Mais comment grouper et réunir ces nombreux enfants d'une mère commune? Là est la difficulté du panslavisme; là commencent les dissidences entre les frères, et il est probable qu'ils ne s'entendront jamais. Quant à Rolar, il aurait désigné le tsar de Russie comme ' chef de cette grande nation, mais probablement sans consulter la Pologne.
Gelakowski (1794) avait, comme Kolar, la passion de la patrie slave , et cherchait la poésie dans toutes les traditions, les proverbes, les chants nationaux des divers peuples se rattachant à cette même souche. Cette sorte de panslavisme littéraire fit soupçonner son patriotisme en Bohème, et pourtant rien n'était plus désintéressé. Les sympathies qu'il montra pour la Pologne lors de la révolution de 1831 lui firent perdre sa chaire de professeur de littérature tchèque à l'Université de Prague; réduit presque à la misère, il émigra en Prusse , et donna des leçons de littérature à Breslau. Quand il revint à Prague en 1848, il vit cette malheureuse ville bombardée, et ne survécut que peu à ses malheurs privés aggravés des douleurs publiques. Les poésies de Gelakovi^ski sont comme l'écho des chants nationaux qu'il avait collectionnés de toutes parts avec un soin passionné : il les a publiés sous le titre d^Écho des ehanti ruuu.
Ce réveil de la poésie excita en Bohème une vive émotion , surtout dans les classes populaires attachées à leur langue et à leurs souvenirs; le gouvernement autrichien s'en inquiéta, et la censure devint plus rigoureuse; Kolar et Celakowski s'en ressentirent;] mais elle n'eut rien à
reprocher à un autre poëte, Votsel, qui prêchait aux peuples slaves la soumission la plus absolue aux autorités. Aussi Votsel perdit-il toute popularité , malgré le talent incontestable de ses oeuvres, écrites avec une grande pureté, un art consommé et une forte imagination. Il a fait plusieurs épopées importantes : les PrxémysUdes, tableau poétique des hauts faits de la dynastie des Przémysl ; le Glaive et le CaUee, le Labyrinthe de la gloire, poème inspiré par le Faust de Goethe , œuvre remarquable par la grftce unie à la force.
Hynek-Macha (1810-1836) avait une belle organisation poétique, qui n'a pu donner tout ce qu'elle promettait, car il mourut à vingt-six ans. Il avait adopté le genre byronien, et son plus beau poëme , Mà% (le mois de mai] , en porte évidemment l'empreinte. Dans ce mois de mai, où la nature se pare de ses plus riantes couleurs, il a placé, comme contraste, la peinture hideuse d*un parricide, sorte de Caïn désespéré, condamné à mourir, et qui ne voit après la mort que le néant. II faut dire que, malgré les beautés pittoresques de ce poème, il ne répond pas aux aspirations ni au génie slaves, dont le caractère est essentiellement religieux. Mâcha avait commencé à mettre en récits poétiques les principaux événements de l'histoire de Bohême ; il a laissé cinq ramam hiitoriqaet qui réalisent son plan jusqu'aux guerres hussites. Son roman Cikani (les Bohémiens) est une scène contemporaine.
Boleslas Nebesky appartient aussi à l'école romantique, et son poème intitulé les Antipode (Protichoudeï) rappelle les poésies de Byron , de Lenau et de Mickiewicz. Mais ses inspirations lyriques, toutes personnelles, valent mieux que ces imitations ; il surpasse même Mâcha par l'élévation des idées, quoiqu'il lui soit inférieur pour le style. Dans
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ses poésies fugitives, le mysticisme allemand se fait sentir. Ce charmant poète a renoncé trop tôt à la poésie, où il pouvait recueillir tant de belles palmes.
Ycfomir Erben, conservateur des archives à Prague, est un des poètes modernes qui ont le plus contribué à réveiller en Bohême le goût de la poésie nationale. U a parcouru les provinces pour y recueillir tous les airs, les mélodies populaires au nombre de trois cents , auxquelles il adapta des couplets de sa composition, donnant ainsi une vie nouvelle à ces thèmes musicaux où s'épanchent les sentiments du peuple. Les Ballades d*Erben sont également empruntées aux traditions du pays, et leur succès a été aussi grand en Bohème que celles de Burger en Allemagne. Ces œuvres poétiques ne sont pour Erben qu'un délassement à ses travaux historiques et littéraires, qui lui ont donné une grande autorité dans le monde savant. Son livre intitulé Regtsta regni Bohemiœ est un précieux recueil de documents historiques et de chants populaires. De concert avec Yungman, Szafaryk et Palacki, il a entrepris la publication des Chefs-d'œuvre de la UUérature bohème.
Jean PravoslovKoubek (1 805-1 854), touten charmant la société par son talent musical, et par l'interprétation gracieuse qu'il savait donner aux mélodies nationales, n'en était pas moins un savant philologue, très-versé dans les langues slaves et les langues anciennes. U enseigna avec succès la littérature bohème et polonaise à l'Université de Prague, et composa dé charmantes poésies, dont les plus estimées sont le Voyage du poète en Enfer, et le Tombeau des poètes slaves. Le premier de ces ouvrages est une épopée bérolx;omique, où le talent satirique de Fauteur se déploie avec une verve spirituelle et mordante.
Joseph Fricz, qui avait pris une part active au mouve-
ment insurrectionnel de Prague en 1848, subit les rigueurs de la réaction autrichienne, et fut condanoné à dix-huit ans de détention dans les casemates de Gomorn ; il Tut gracié à Foccasion du mariage de Tempereur François-Joseph en 1854. Il débuta à seize ans par une nouvelle historique, Lomnkhy, et donna ensuite deux tragédies , Kochav RatibùTsky et Vlacav IV. Pendant sa captivité, il composa trois poèmes, Hinek Podiebrad, Ulrk Hutten et Drahomira. U a quitté depuis la Bohème, où ses idées libérales donnaient toujours ombrage au gouvernement; Tétude du théâtre anglais et allemand devint son occupation favorite, et il en sortit plusieurs nouveaux drames, dont les sujets sont tirés de rhistoire nationale : BretUlav Samoxvanec, Sviaioplui, lÀbaucha, Mazeppa et le Fils dOUokar. Le défaut de ces pièces, c'est un excès de lyrisme qui paralyse Tac tion. Cette tendance est assez commune au théâtre romantique de la Bohème, comme à celui de l'Allemagne. Fricz est un disciple de Koubek, et, comme lui, il est passionné pour le chant et la musique de sa patrie.
On voit que le théâtre en Bohème n*est pas resté en arrière des autres genres, dans ce mouvement de renaissance littéraire : la traduction des œuvres de Shakspeare lui a donné un nouvel élan.
Kliçpéra est un de ces auteurs dramatiques les plus renommés et les plus féconds. Sa tragédie Sviatopluk est une des meilleures du théâtre tchèque, et parmi beaucoup d'autres pièces il faut distinguer sa charmante comédie Divotvomy Klabouh (le Bonnet enchanté). La police aulrichienne arrêta la représentation de sa dernière tragédie, Elisabeth, dont elle trouvait le langage trop fidèle à l'histoire; obligé de la remanier, l'écrivain mourut au milieu de ce travail (1859).
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Ainsi comprimée et mise à Tindex , la poésie tchèque a pris parfois une teinte de tristesse, de découragement dont on remarque souvent Texpression dans les meilleurs poètes modernes. A cette nostalgie de la patrie se mêle souvent un scepticisme malsain , une exaltation démocratique qui ne peut que nuire à la cause nationale.
Jean Néruda (1834) est un de ceux où cette tendance est le plus marquée. Il s'inquiète peu de plaire, pourvu qu'il arrive à l'effet voulu. Ses premiers essais poétiques, Fleurs des tombeaux, annonçaient déjà cette muse voilée de
tristesse ; elle est encore plus sombre dans ses deux poômes Siméon Lominsky et la Mélodie sauvage, dont la conception hardie est vraiment originale. Sa tragédie Francesea de Rimini, tout en traitant un sujet souvent rebattu, n'en a pas moins des effets neufs et saisissants. Il a fait bien d'autres pièces, comédies et vaudevilles, jouées sur tous les théâtres de Bohème, fruits d'une improvisation trop facile , et qui prouvent un talent naturel, prime-sautier, mais trop peu d'observation et d'étude. La note dominante de cette âme ulcérée a toute son expression dans le passage suivant :
c 0 destin! si, pour la liberté de mon peuple, il te faut le sacrifice de ma chétive existence , me voici ! jette-moi dans un gouffre de malheurs. Si, puissant destin, il te faut une âme de plus, voici la mienne I Pour l'arracher, plonge tes griffes dans le sang de mon cœur... Mais notre liberté ! Rends notre liberté à mes frères !
c Prends mon unique trésor ici-bas; arrache-moi mon amour de patriote; enlève cette reine céleste du poème de ma vie , pourvu que la liberté soit enfin le partage de mes frères. »
Plus gracieux et plus doux est un des plus jeunes poètes
de la nouvelle génération, Viteslav Halek (1835), dont es premiers essais furent accueillis par l'admiration unanime; ses poèmes romantiques, Alfred, Méhima, les ChatUs du mr, tout en se ressentant de la lecture de Byron* ont une franchise originale, une fantaisie pittoresque; le style a une pureté exquise , une harmonie de yersification qu'aucune traduction ne pourrait rendre. Depuis, Halek s'est lancé dans le drame, et y a trouvé de sérieux succès : le Tsartwkx Alexis, le Rai de Bohême et Zavisxa Viihovee rappellent les pièces de Shakspeare et Schiller; la dernière remporta le prix parmi quatorze ouvrages qui concoururent en 1860. Enfin il s'est essayé dans la chanson patriotique à la manière de Béranger, et le succès ne lui a pas fait défaut. Depuis , il a ajouté à sa gloire le poème de (Toor.
Sabina, dont Gh&teaubriand, de passage à Prague, s'était plu à constater le talent et la verve poétique, n'a cessé de lutter depuis contre le besoin et la douleur qui se disputent son existence. Condamné à mort pour sa participation à la révolte de 1848, il eut sa peine commuée en celle d'une détention de dix-huit ans à Olmutz. C'est là qu'il écrivit son beau poème romantique la Rose noire, et plusieurs romans ^
L'efflorescence poétique de la Bohème ne s'est pas ralentie dans ces dernières années, et nous pourrions ajouter bien des noms nouveaux aux précédents; mais il faut se borner et attendre que les œuvres modernes soient classées dans l'opinion suivant leur mérite. Ndus mentionnerons seulement Pfleger, Barak, Hayduk et Langer.
Résumons en quelques mots cette étude sur les évolutions littéraires de la nation bohème.
' Voir Art. Chodzko, la Bohême historiçiue, pittoresque et Mtéraire, p. 224 et soW.
BOHÊME. ~ Chapitre III. 537
Ce pays, gr&ce à sa configuration, et aux montagnes qui lui font une ceinture année et protectrice, a été moins victime que les autres contrées slaves des invasions nomades. Son heureuse position lui a permis de prendre de bonne heure une forte assiette politique et nationale. Le premier des pays slaves, il accepta le christianisme comme base sociale, et le répandit chez ses voisins, eu Pologne et en Prusse; le premier, il eut une littérature cultivée et des monuments littéraires. La dynastie de Luxembourg , qui succéda à celle de Przémysl, fut favorable aux sciences et aux arts, c Cependant, dit un critique moderne, malgré tant d*avantages réunis, malgré une position heureuse, une longue tranquillité, une protection constante, les lettres bohèmes offrent je ne sais quoi de morne et de froid. On dirait qu'un germe de malaise, de faiblesse mortelle , a été déposé au fond de cette société politique , qui n'a jamais pu arriver à avoir conscience d'elle-même et de sa mission au milieu des peuples chrétiens. Elle voulut s'approprier la civilisation de l'Europe; elle l'accepta dans les formes extérieures; mais au fond elle ne trouva point en elle-même de quoi la nourrir, la faire fructifier.
< Le nombre des ouvrages que les Bohèmes ont produits est immense. Us ont plusé crit que les Polonais, les Russes, les Serviens, que tous les peuples sjaves ensemble. Cependant leur littérature est dépourvue de force réelle; elle n'a aucune originalité; elle n'a pas produit une seule individualité puissante, poétique ou littéraire; elle s'est continuellement traînée dans l'imitation. Peu à peu les lecteurs en vinrent à préférer les modèles étrangers à l'imitaticm nationale , l'original à la copie , et la langue allemande a insensiblement gagné du terrain sur la langue maternelle. Il est vrai que les Bohèmes ont lutté pendant quelque
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temps pour la défense de leur nationalité; mais la lutte (ut malheureuse parce qu'ils n'avaient compris cette nationalité que dans ce qu'elle avait d'extérieur et de purement matériel ; au lieu de produire des ouvrages plus profonds et d'une tendance plus élevée que les ouvrages allemands, ils ont cru pouvoir chasser le germanisme de leur Université de Prague à l'aide de règlements et d'ordonnances; en un mot, ils n'ont tenté de protéger leur nationalité que par l'arme des proscriptions et des lois.
c Cet étroit esprit de patriotisme entra aussi pour beaucoup dans leurs vues religieuses. Us défendirent de la même manière leur Église nationale, Église qui ne parlait que le bohème. Luttant avec l'enthousiasme d'un peuple jeune et encore presque barbare, ils se servirent des discussions théologiques comme les sauvages se servent des armes de la civilisation et de l'eaude-vie, c'est-à-dire pour leur mutuelle destruction.
« L'Autriche, qui représentait alors la vieille Europe, réussit peu à peu à comprimer et à étouffer cette lutte. Les Bohèmes l'ont commencée trop tôt ; ils n'avaient pas la puissance d'organisation que possédait l'empire germanique, ils ne purent résister à une crise aussi violente. Leur nationalité est tombée victime de leur faiblesse; le vainqueur a poursuivi avec acharnement leur littérature comme imprégnée d'un dogme dangereux, comme étant le dernier asile de la résistance et de la rébellion.
< Pendant deux siècles, l'Autriche a fait détruire en Bohème tous les monuments de l'ancienne littérature. Mais peu à peu la lutte s'étant afiaiblie et presque terminée dans l'oubli , les Bohèmes ayant prouvé en plus d'une circonstance leur dévouement à la maison d'Autriche, le gouvernement les a protégés et encouragés dans leurs modernes
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tentatives littéraires. C'est un phénomène curieux et digne d*étre médité que cet esprit bohème cherchant si long* temps , sans pouvoir la trouver, sa route vers l'avenir, et qui, après être retombé dans une longue léthargie, semble précisément en ces derniers temps se réveiller et se rendre enfin compte de sa mission.
c Leur point d'appui une fois trouvé, les Bohèmes ont conquis au milieu des peuples slaves une place qui ne leur sera disputée par personne. Les savants de la Bohème, ces savants depuis longtemps éloignés des affaires politiques, ayant reconnu la stérilité des luttes théologiques , se sont repliés sur eux-mêmes; ils* ont commencé à étudier le passé politique et littéraire. C'est là qu'ils cherchent le lien capable de réunir tous les Slaves en une seule commu* nauté; cette étude du passé, il faut le reconnaître, ils l'ont entreprise avec un enthousiasme tout religieux... Il y a de la poésie dans leurs recherches, dans leurs voyages; un esprit à la fois curieux et poétique anime leur entreprise...; ils écrivent toutes les langues, le latin, l'allemand, le polonais, quelquefois le français. Profitant de leur position centrale au sein des peuples slaves, ils s'effor- *cent de les rapprocher, de les faire connaître les uns aux autres; ils traduisent la poésie polonaise pour les Serbes, ils traduisent les monuments serviens pour l'Allemagne ; en même temps ils cherchent à recueillir ces monuments et aies publier en latin pour TEurope civilisée... Ils seront toujours regardés comme les patriarches de la science slave'. »
' MiciuEwicz, les Slaves, cours professé au Collège de France.
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