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CHAPITRE TROISIÈME

Ce qui caractérise ce siècle, c'est donc l'innovation, l'invention dans tous les genres; les esprits créateurs abondent; la puissance du génie humain accomplit des prodiges; mais s*il marche en avant, il regarde aussi en arrière, et avec les manuscrits retrouvés, imprimés, étudiés, commentés, il refait l'histoire du passé, et se passionne pour les lettres anciennes, modèles admirables de pureté, d'élégance et de bon goût.

Alors l'antiquité païenne reparatt, en Italie d'abord, puis dans tout le reste de l'Europe; elle s'impose par la supériorité de ses chefs-d'œuvre, que l'on imite jusqu'à la servilité. La poésie se fait païenne comme les beaux-arts; les sujets mythologiques deviennent le fonds commun sur lequel on s'exerce. Il en résulte un sensualisme élégant, une sorte de civilisation factice qui se substitue à la morale sévère du christianisme. La richesse, le bien-être, le goût du luxe et de l'élégance, en se répandant partout, produisent des besoins de jouissance qui amènent une précoce corruption.

Après la guerre des Deux Roses, si fatale à la noblesse d'Angleterre, un grand apaisement se fait dans la nation; au lieu du bruit des armes , des conspirations , des scènes de larmes et de sang , on ne voit plus à la cour que fêtes , tournois, banquets joyeux, mascarades. Les règnes de Henri VIII et d'Elisabeth nous offrent des divertissements perpétuels où la morale reçoit plus d'une atteinte. On fait à Kehilveorth des fêtes qui durent dix-sept jours, et l'on y voit figurer, au milieu des jeux, des farces, des allégories et des chants, les personnages mythologiques tels que Bacchus, Cérès, Pomone, Sylvain, et la nymphe Écho qui dialogue en l'honneur de la reine. C'est, dans toutes les classes de la société, un épanouissement de la vie maté-

ii LITTËRATURE ANGLAISE.

rielle et des sens» qui a son reflet dans la littérature et les arts.

Parmi les poètes du règne de Henri VIII, il faut surtout citer Thomas Wyatt, Skelton et lord Surrey.

Wyatt (1503-1541 ) est le Pétrarque anglais. Tour à tour favori et disgracié auprès du roi , il fut enfermé à la Tour de Londres, et mounit au moment où son innocence était reconnue. Ses sonnets, pastiches de Pétrarque, sont froids et déparés par les concetti. Il est meilleur poète et plus naturel dans ses satires, imitées d*Horace, où il attaque avec esprit et verve les travers de son temps.

Le comte de Surrey (1515-1547), ami de Wyatt, est comme lui admirateur et imitateur de Pétrarque. Il a trouvé sa Laure dans la belle Géraldine, à laquelle il adresse ses soupirs platoniques, ses sonnets d*amoureux transi. Géraldine est un idéal, une enfant de treize ans; il ne voit qu^elle dans l'univers; il lui rapporte tout : c'est chose convenue chez ces martyrs de Famour. Mais ce qui dépare ces beaux sentiments, c'est le côté faux qui se fait sentir par les antithèses, les glaces et la flamme, les jeux de mots, les concetti à l'italienne, et l'intervention surannée de Vénus et de Gupidon. Tout le seizième siècle a sacrifié à ce faux goût, et l'hôtel de Rambouillet, au dixseptième, récoltait encore les restes de ces parfums rancis du paganisme littéraire.

n y a pourtant du mérite dans Surrey : Taccent personnel vibre parfois dans ses imitations affadies; une émotion intime et mélancolique perce à travers cette enveloppe de convention ; mais il n'a pas assez de génie ou d'indépendance pour secouer le joug des modèles en restant luimême. Il compose avec art; il manie le style et sait lui demander des effets; sa prosodie est habile, et il touche à la

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