‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 24 sur 191 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

véritable harmonie du vers. Sous ce rapport, il tient une place et marque un progrès; il ne lui manque que le souffle libre pour être un poète.

Le comte de Surrey était de cette noble famille des Howard , alliée aux Norfolk , qui étaient issus des Plantagenets. Il était par conséquent parent du roi Henri YUI, dont la cinquième femme fut Catherine Howard, décapitée par ordre de ce prince cruel. Surrey eut le même sort. Après une vie de guerre et d'aventures, tour à tour en faveur, disgracié, quatre fois emprisonné, vainqueur à la tète des armées anglaises, puis vaincu et suspect au roi, il finit ses jours sur Téchafaud.

Le règne d'Elisabeth fut fécond en poètes; on n'en compte pas moins de soixante-quatorze , la plupart inconnus de nos jours. La poésie était une mode; un bon courtisan devait savoir tourner agréablement les vers, et dire des fadeurs en style plus ou moins précieux. Le bon goût n'y gagna pas, au contraire. A force de peser sur la pensée et le style, on tomba dans le fatras et l'amphigouri. Une forme bizarre, étrange, s'introduisit dans les vers comme dans la prose , et le langage du beau monde ne manqua pas de s'y conformer, avec une recherche et un raffinement dont le ridicule dépasse l'ûnagination.

Ce fut John Lily qui donna le ton par son Euphuès, YAnt^ tome de VuprU, où chacun vint puiser avec enthousiasme le haut langage , précieux , alambiqué , le fin du fin, pour en embellir la conversation et la littérature. La cour se jela en plein dans ce faux goût, dont Walter Scott a donné un spécimen dans le personnage Percy Shafton'. VeuphuUme

' Dans le Manattère. a Que n'fti-je ici, dit ce personnage, mon ilno- UmUe de Vesprit, cette quintessence de l'esprit humain , ce trésor qui donne inévitablement de l'éloquence à l'ignorant, de l'esprit au sot,

fut ime maladie du temps, analogue au gongorUtiu espagnol, au marinisme italien, et dont la société française fut aussi un moment éprise, comme on le voit par Thôtel de Rambouillet et les Précieuses. Au fond , c'est à peu près la même chose partout, un amas de phrases singulières, énigmatiques , pleines d'exagération et d'antithèses; des métaphores ampoulées, des allusions mythologiques, un fatras d'érudition et de concetti ; on ne parle plus pour se faire comprendre, mais pour jouer sur les mots et déformerles phrases, pour chercher des contrastes bizarres, des mièvreries d'esprit, du clinquant à foison. C'est le ridicule joint à l'absurde. L'esprit humain est bien pauvre, puisqu'il a pu subir de telles infirmités et s'en faire gloire; ce mauvais goût fut accepté comme l'idéal du beau par toute une génération qui avait cependant de l'esprit et de la grandeur.

Nous ne parlerons que du plus brillant de ces poètes fleuris et confits dans ïeuphuïsme, de Philip Sidney (1554- 1586), qui fut pourtant une âme énergique, un grand caractère. Favori d'Elisabeth, il composa une pastorale en son honneur; il était l'arbitre du goût et de la galanterie. Esprit cultivé autant que brave capitaine, nous le voyons parcourir la France, l'Allemagne et l'Italie, se familiariser avec tous les grands écrivains, anciens et modernes, visiter leTasse àPadoue et le savant Languet à Francfort, se rendre en ambassade auprès de Charles-Quint, refusei: le trône de Pologne qui lui était offert , enfin sauver l'année an* glaise à Gravelines, et mourir d'une balle à Zutphen, ftgè à peine de trente -deux ans. On raconte qu'étant blessé mortellement, et épuisé de soif, on lui apporta de l'eau ; il

toutes les richesses de Vélocution à Plntelligeiice la plus obtuse j le manuel indispensable de tout ce qull } a de bon à savoir. »

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