CHAPITRE TROISIÈME
veilleuse qui le rappelle à la vie. Dans cette fantasmagorie prodigieuse « on finit par ne plus s'étonner de rien, tant Textraordinaire paraît naturel à Fauteur et au lecteur fasciné.
Il faut encore citer de Spenser le CaUnirier du berger [Shtpkerfi Cakndar)^ poème pastoral, d*un genre mélancolique et gracieux , où il raconte ses infortunes , et d'autres poésies secondaires.
L'Angleterre eut au moyen &ge ses Myttère$ et ses Mort^ lUés comme les autres nations chrétiennes. Le fond en était généralement tiré de l'histoire sainte et des légendes pieuses. Le clergé favorisait ces représentations, qui, dans l'origine, se liaient intimement au culte sacré. Plus tard ce tbé&tre religieux s'émancipa, se sécularisa, et perdit son caractère pieux ; il prit alors une allure satirique et badine. La Renaissance lui porta le dernier coup, et l'on vit apparaître le théâtre moderne, d'abord imitateur de l'antiquité, puis créateur et national.
Sous Elisabeth, nous voyons apparaître la première pièce à peu près régulière, intitulée Ferrex et Parrex, par lord Buckhurst (1561); elle est en vers héroïques et a quelque mérite de style. Peu après, Georges Gascoigne fit jouer sa Joeatte, qui marque un progrès dans la diction.
Le goût du thé&tre commençant à se populariser, les auteurs surgissent et se mettent à l'œuvre ; presque tous sont de pauvres diables, sortis du peuple^ mais ayant étudié soit à Cambridge , soit à Oxford ; ainsi Ben Jonson est maçon, Massinger, fils d'un domestique; Marlowe, fils d'un cordonnier; Webster, clerc de paroisse; Shakspeare, fils d'un marchand de laine. Beaucoup d'autres, et Shakspeare lui-même, sont des acteurs qui deviennent auteurs, et font, défont, remanient des pièces déjà anciennes, des II. 4
ébauches auxquelles ils donnent une vie nouvelle. Tels sont Chapman, Beaumont, Fletcher, Lodge, Peel, Marlov^e, Heywood; la plupart sont mal payés, et croupissent dans la misère ou la débauche; une pièce se paye de six à huit livres; plus tard on monla jusqu'à vingt-cinq livres; souvent, après une vie aventureuse et misérable, l'auteur expiré dans l'oubli et l'abandon.
Si l'écrivain élaît naïf et grossier, la mise en scène était à l'avenant, c Un rideau qui s'ouvrait par le milieu séparait les acteurs des spectateurs; un écriteau suspendu audessus de la scène vous apprenait que vous étiez à Rome, à Copenhague ou à Mitylène; on déplaçait les écriteaux quand les personnages voyageaient, ce qui arrivait fréquemment. Quelques trompettes faisaient retentir les sennets qui annonçaient l'arrivée des princes et des rois. Quant aux changements de décoration, la complaisance des spectateurs se prêtait à tout; leur imagination faisait les frais que l'on épargnait au machiniste. Il fallait se résoudre à voir, dans un espace de quelques pieds carrés, FAfrique à droite et l'Europe à gauche ; à prendre pour une armée un groupe de quatre hommes traversant la scène, et pour l'Océan ce même espace de terrain qui, un moment après, allait passer pour une forêts »
Malgré toi^t, le goût du théâtre devint si vif chez le public anglais que de 1570 à 1629 on construisit à Londres plus de dix-sept thé&tres nouveaux; de plus, les grandes maisons nobles ainsi que les universités et les collèges avaient leur troupe de comédiens, leur salle de spectacle ei leurs poètes.
Pour bien juger ce théâtre anglais, il faut oublier un peu
^ Philarètb Chasles, Éiude^ sur Shakspeare.