‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 29 sur 191 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

saient assaut d'esprit au club de la Sirène. Ben Jonson y avalait de larges rasades de vin des Canaries, pour se mettre en belle humeur ; il se préparait ainsi une obésité précoce et cette paralysie qui affligea ses dernières années.

Fils d'un ministre anglican » il perdit son père étant fort jeune encore ; sa mère se remaria à un maître nlaçon qui le fit travailler avec lui; mais les amis de sa famille, voyant en lui des dispositions heureuses, le firent étudier au collège de Westminster, puis à l'université de Cambridge. L'argent, étant venu à manquer pour son éducation, il s'enrôla dans l'armée de Flandre et y fit preuve de bravoure. L'amour du théâtre autant que le besoin de vivre le détermina à se faire acteur. Il se battit en duel avec un de ses camarades et le tua , ce qui le força de quitter la scène, n subit quelque temps la prison comme meurtrier, puis se mit à écrire et à remanier des drames. Il se lia alors avec Shakspeare , qui encouragea ses débuts et contribua au succès de ses pièces. Il parait que la jalousie le porta envers ce dernier jusqu'à l'ingratitude. Libéral , imprévoyant et débauché, il vécut dans la gène et mourut dans la misère , quoiqu'il eût obtenu le titre de poêle lauréat, avec la pension attachée à cet honneur. Il n'avait pas composé moins de cinquante pièces de théâtre , et sa renommée triompha des envieux et des jaloux , car il obtint une tombe à l'abbaye de Westminster , avec cette inscription qui est son plus bel éloge : 0 rare Ben Jonson !

Ses meilleures pièces sont : Volpone ou k Renard, Séfan, la Foire de la Saint-Barthélémy, le Mauvais Poète, la Femme silencieuse, Y Alchimiste. C'était un homme studieux et d'un grand savoir ; il avait fouillé l'antiquité et la possédait pleinement. Ses pièces s'en ressentent, et pourtant l'érudition ne nuisit point à sa verve ; elle lui donna même l'es-

prit d'ordre et de suite qui manque souvent à Shakspeare. Il a puisé chez les Latins et les Grecs la régularité du plan, la fermeté et la précision du style. Mais il se préoccupe plus de la théorie et des règles que de la vérité des personnages ; Fart l'emporte sur le naturel ; il est plus classique que Shakspeare, mais il lui est bien inférieur pour le sentiment , la connaissance du cœur humain , la profondeur de l'observation et la peinture des caractères.

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