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CHAPITRE IV

VTîIUain ShAkspeare. Idée de son génie. Aperçu biographique. Ses débuts au théâtre de Burbadge — Ce qu^était alors la scène anglaise. — Premiers essais de PécriTain. » Ses Sonnets, — Son amitié ayec Sonthampton. — Deux poèmes : Vénw^ et Adonis, Lucrèce. — Caractère de Shakspeare et de son théâtre. Qualités et défauts de son système dramatique. Classement denses pièces. — Analyse de Roméo et Juliette.

Le nom de William Shakspeare (1564-1616) est un des plus grands de Fhistoire des lettres , tant anciennes que modenies. Attaqué, contesté, vilipendé par quelques-uns; défendu, célébré, divinisé par d'autres, il lui restera toujours une grandeur incontestable. Le génie l'a marqué de son sceau ; Tinspiration , le mens dmnior a touché le front de cet homme; le monde septentrional et germanique le reconnaît et le proclame comme son héros littéraire , son représentant le plus élevé, le plus complet. U importe donc de lui appliquer une étude qui soit en rapport avec sa vaste renommée.

Voici d'abord l'appréciation d'un critique qui lui a consacré des pages éloquentes, c Je vais décrire une nature d'esprit extraordinaire, choquante pour toutes nos habitudes françaises d'analyse et de logique; toute^ puissante^ excessive, également souveraine dans le sublime et dans l'ignoble ; la plus créatrice qui fût jamais dans la copie exacte du réel minutieux , dans les caprices éblouissants du fantastique, dans les complications profondes des pas^

sions surhumaines; poétique, immorale, inspirée , supérieure à la raison par les révélations improvisées de sa Tolie clairvoyante ; si extrême dans la douleur et dans la joie , d'une allure si brusque, d'une verve si tourmentée et si impétueuse que ce grand siècle seul a pu produire un tel enfant ^ »

Shakspeare naquit à Stratrord-sur-l'Avon, dans le comté de ^arv^ick, d*une famille bourgeoise, mais pauvre et chargée de dix enfants. Son père était cardeur de laine suivant les uns , boucher suivant d'autres ; il avait rempli les fonctions d'alderman: mais la misère était venue fondre sur sa maison, au point qu'il fut déchargé des taxes. Le jeune William, à quatorze ans, fut retiré de l'école et obligé d'aider son père dans ses travaux ; il ne fit donc que des études incomplètes; mais, conmie le dit Ben Jonson, il avait appris à apprendre; la lecture, Tobser* vation, le spectacle du monde firent le reste. Pour l'homme doué de génie , tout est matière à étude ; l'uni* vers et le cœur humain sont des livres toujours ouverts : le malheur même est une école pour les &mes fortement trempées.

On sait peu de chose sur la jeunesse du poète : elle parait avoir été laborieuse , accidentée et traversée par les passions. A dix-huit ans, il se maria avec une fille de yillage plus âgée que lui de neuf ans , et il fut bientôt chargé de trois enfants: grand embarras pour un jeune homme sans fortune, doué d'une nature emportée, vagabonde et artistique. Aussi ne paratt-il pas que sa famille ait tenu une grande place dans son existence. Joyeux compagnon , et de libre allure , il va braconner sur les terres d'un sei-

* Taine, Histoire de la littérature anglaise, t. n.

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