‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 31 sur 191 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

gneur voisin , qui le fait appréhender au corps et fouetter. Ilseyenge par une ballade satirique. Mais comme il fallait Tivre , et que tout tournait mal autour de lui , il quitte sa famille et le pays pour se rendre à Londres , poussé par un vague instinct de thé&tre. Il devient acteur , acteur de bas étage sans doute , quelque chose comme figurant ; mais la légende qui en a fait un garçon d'écurie, tenant les chevaux des grands seigneurs à la porte du théâtre , doit être reléguée au rang des fables. Il se lia avec Burbadge, fondateur du théfttre de Blàckfriars, qui était sorti comme lui des environs de Stratford , et le voilà lancé dans cette vie de bohème où il fallait souffrir la misère , l'humiliation, le despotisme de la foule, le travail au jour le jour pour gagner péniblement sa vie. Il a senti vivement ces dégoûts et ces hontes, car il en parle en termes navrants : c n est vrai que j*ai erré par-ci par-là, que je me suis montré au public en bouffon, ensanglantant mon àme, et vendant pour rien ce qui m'est le plus cher. » Il amassait ainsi ces trésors de tristesse et d'ironie qu'il devait verser plus tard dans quelques-unes de ses pièces.

On a, du reste, peu de détails sur la vie de Shakspeare. Arrivé à Londres en 1 586 , il est enrôlé dans la trDupe de Burbadge, la meilleure qu'il y eût alors, et qui devint en 1689 la troupe des comédiens de la reine Elisabeth. Burbadge, qui était habile administrateur, fit bientôt construire la salle du Globe, près du pont de Londres. Ce fut la plus belle de la ville, et pourtant elle était loin du luxe et du confortable que nous sommes habitués à voir sur nos théâtres modernes. Les spectateurs du parterre se tenaient debout dans un espace découvert, tandis que le public privilégié, les gentilshommes étaient assis sur les planches devant les acteurs , et mêlés pour ainsi dire à eux.

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La représentation commençait à trois heures de Faprèsmidi.

On a remarqué du reste, et avec raison, que le génie dramatique des auteurs , loin de s'accroître avec la vérité et la magnificence de la mise en scène» a été le plus souvent en sens contraire. Du temps de Corneille comme de Shakspeare, les décorations, les costumes étaient d'une simplicité extrême, presque nulles ; mais ces grands écrivains semblent avoir fait d'autant plus d'efforts de génie et d'invention qu'ils trouvaient moins de ressources dans les effets matériels de la scène. Aujourd'hui le machiniste et le décorateur ont presque autant d'importance que le poète ; on veut parler aux yeux autant qu'à l'esprit, et l'on n'aboutit souvent qu'à distraire l'attention , à détourner l'émotion par l'éclat artificiel du spectacle.

Ce que fut notre poète comme acteur , nous ne le savons guère. Il est probable que celui qui sut composer de si ad* mirables rôles devait avoir le talent de les interpréter. Si l'acteur doit bien sentir pour bien rendre , que doit être le personnage quand il est représenté par celui*là même qui l'a créé? D'ailleurs Shakspeare avait trouvé en arrivant un maître et un modèle, dans son chef Burbadge, renommé comme le meilleur acteur de l'époque : cette influence contribua évidemment à l'heureux développement de son génie dramatique.

Ce fut en apprenant et en débitant les rôles d'un théâtre encore grossier et informe que Shakspeare sentit s'éveiller peu à peu son génie, comme Molière, jeune encore, à la tête de sa- troupe. Ses essais furent des tâtonnements; il se mit à remanier d'anciennes pièces, à refaire des rôles, encouragé par son directeur. On connaît sept pièces ainsi arrangées par lui : TUui Aninmicui, PérieUs, la Trilogie de Henri VI,

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