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des chagrins, et la disgrâce de son ami, lordSouthampton, en est sans doute la cause; depuis lors, ses comédies mêmes ont \m cAté tragique, et ses drames les plus terribles prennent naissance sous sa plume, avec l'accent réitéré d'une amère et triste ironie.
Mais il est bon aussi de faire remarquer qu'au commencement du dix-septième siècle, en 1600, Shakspeare entrait dans sa maturité; il avait trente-six ans; à cet âge, les facultés sont complètes et ont acquis toute leur puissance. Si nous interrogeons les plus belles œuvres des grands écrivains en général, nous voyons qu'elles ont été créées pendant cette seconde période de leur vie, alors que la pensée est en pleine possession d'eUe-méme.
Enfin un écrivain qui a fait une belle étude sur Shakspeare, Philarète Ghasles, fait remarquer que, vers l'année 1603 , Shakspeare fit tout à coup connaissance avec les Essais de Montaigne , dans la traduction qu'en avait faite en anglais un Italien nommé Giovanni Florio, qui vivait à la cour de la reine Anne de .Danemarii, femme de Jacques !•'.
L'exemplaire des ^fioiiayant appartenu à Shakspeare est encore conservé au Musée InrUannique, il porte sa signature authentique {IViUm Shakspere)^ telle qu'il la donnait, et la date de 1603. Or cette date concorde précisément avec la révolution qui s'opère alors dans son style et son inspira-» tion. Lui qui avait suivi de près les Italiens , Pétrarque et l'Ârioste, fabriqué des sonnets, des comédies secondaires, aiguisés de concetti, le voilà qui se lance, à la suite de Montaigne, en pleine antiquité, admirant les grands hommes de Plutarque traduits par Amyot, et composant coup sur coup Coriolan, Antoine et CUoptUre , Jules César. M. Ghasles relève dans Hatnlet, Othello et Coriolan de nombreux em-