‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 43 sur 191 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

venir en ménageant une entrevue entre ce dernier et sa fille. G*est au commencement de cette scène que Hamlet, rêveur, plein de ses noirs chagrins, exhale ce fameux monologue, si souvent cité, et qu'on aime toujours à relire , tant la destinée humaine y est creusée dans le vif.

c Être ou n'être pas {io ie or not io be)^ .voil&la question ! Est-il plus noble pour l'âme de soutenir les assauts et le& traits de la cruelle fortune, ou de s'armer contre cet océan de passions, d'y mettre fin par la lutte ? — Mourir^ c'est dormir, rien de plus. Et dire que ce sommeil met fin aux peines du cœur, et & ces mille douleurs que la naturC; inflige à cette chair! — C'est là un dénoûment que l'on doit ardemment souhaiter. — Mourir, dormir, rêver peutêtre! —Hélas! c'est 1& la difficulté! — - Car dans ce som* meil de la mort, quels rêves peuvent survenir quand nous aurons dépouiUé cette enveloppe mortelle î — Il faut s'arrêter là : c'est cette pensée qui fait le malheur d'une si longue vie ! — Car qui pourrait se résoiidre à supporter les coups et le mépris du monde, les injustices d'un tyran, les affronts de l'homme hautain , les déchirements de l'amour dédaigné, les lenteurs de la loi , l'insolence des gens en place, le mépris dont des hommes indignes accablent le mérite résigné, quand cet honmne, avec une simple pointe aiguisée, peut se donner le repos? Qui consentirait à porter son fardeau, à gémir et à suer sous le poids d'une vie accablante, s'il n'avait la terreur de l'inconnu après la mort? Cette contrée inconnue, d'où ne revient aucun voyageur^ voilà ce qui trouble et ébranle la volonté ; voilà ce qui fait que nous supportons nos malheurs présents , plutôt que de fuir vers ceux que nous ne connaissons pas!... »

Des comé^ens ambulants ont demandé la permission de donner une représentation devant la cour. Hamlets*empare d'eux et dirige la pièce ; il y introduit une scène qui représente la manière dont son père a été empoisonné par GlaudiuSy et il observe» avec son ami Horatio, l'impression qu'eUe va produire sur le visage du roi et de la reine, pendant qu'avec une ironie mordante, il y mêle son dialogue et ses réflexions :

« Il l'empoisonne dans le jardin pour usurper son empire. U s'appelle Gonzague; l'histoire^est constante; elle existe écrite en bon italien. Vous verrez tout & l'heure comment le meurtrier obtient l'amour de la femme de Gonzague. »

Plus de doute : Claudiusest coupable , il s'est troublé» il a pâli , Q ordonne de cesser la pièce. Hamlet est décidé à le frapper, mais quand il entre dans son appartement , et qu'il le voit en prières» agité par le remords, il s'arrête.

c II irait au ciel I Est-ce-là me venger ? Voilà ce qu'il faut examiner. Un scélérat tue mon père; et moi, son fils, j'enverrais au ciel ce scélérat !... Non, rentre au fourreau, mon épée, et apprends à frapper un coup plus terrible , à l'heure où il sera ivre, endormi, ou livré à la colère ; quand il blasphémera ou se rendra coupable de quelque action qui ne lui laissera aucun espoir de salut. »

La vengeance d'Hamlet doit se bornera Glaudius; il doit épargner sa mère : tel est l'ordre du fantdme ; mais il lui déclare qu'il connaît son crime, et il la torture par de sanglants reproches. Pendant cette scène terrible, Hamlet entend du bruit derrière la tapisserie, il y lance un coup d'épée; en criant: c Un rat!... Mort! je gage un ducat qu'il est mort ! > Ce trivial mêlé au sublime tragique est

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