‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 45 sur 191 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

ouvert récluse des eaux sentimentales qui nous ont inondés à la fin du siècle dernier.

Dans la pièce de Macbeth, nous ne retrouvons plus l'exaltation du sentiment ni la philosophie ironique et rêveuse. C'est une vraie tragédie dont l'ambition est le mobile, et fait couler le sang à flots. Schlegel a fait remarquer avec raison que cette pièce rappelle le puissant génie d'Eschyle, et a quelque ressemblance avec sa trilogie de l'Orestiade. Mais Shakspeare y a introduit un élément que permettaient les croyances du temps, c'est-û-dire la magie, les sorcières, les fantômes, dont il a su tirer de terribles et tragiques effets. Il suffit de rappeler que la sorcellerie était encore vivace à cette époque, et que sous Jacques I**" on fit brûler plus de six cents vieilles femmes accusées de magie.

Duncan, roi d'Ecosse, prince sage et^ertueux, vient de triompher de ses ennemis par ses deux vaillants généraux, Macbeth et Banque. Macbeth surtout s'est couvert de gloire, mais trois hideuses sorcières qu'il rencontre lui prédisent de plus hautes destinées : < Salut, Macbeth, salut à toi, qui seras roi. » Jusque-là fidèle à son roi, Macbeth sent s'éveiller en lui, à ces paroles, une ambition cou pablis. « Ma pensée , où le meurtre n'est encore quHin fantôme, ébranle tellement tout mon être que toutes les fonctions en sont comme étouffées par le pressentiment. » Il veut vaincre cette tentation fatale; mais sa femme, plus méchante que lui, le détermine au crime. Le roi est son hôte; il le tue pendant son sommeil. Bientôt le remords agite son âme, le sommeil le fuit. « Il m'a semblé, dit-il, entendre une voix crier: — Tu ne dormiras plus ! Macbeth a tué le sommeil, rinnocent sommeil qui , de l'écheveau emmêlé de nos maux, fait une pelote de soie unie; le sommeil, douce

mort de la vie de chaque jour; le bain après le dur travail, le baume des âmes blessées, le mets le plus nourrissant dans le repos de la vie!... Macbeth ne dormira plus! Quelles mains que les miennes ! Oh 1 elles m*arrachent les yeux de la tète ! Tout l'Océan du grand Neptune suffiraitil pour nettoyer ma main de ce sang ? »

Mais lady Macbeth n'a point de remords; elle parvient à détourner les soupçons en les rejetant sur les gens de la suite du roi, et elle les poignarde pour étouffer toute révélation. Le crime triomphe; Macbeth devient roi, et il fait aussi assassiner son ami Banquo, dont il craint la rivalité. Cependant la vérité éclate, les crimes de Macbeth amènent une révolte , dirigée par Macduff; mais il se croit en sûreté dans son château de Dunsiane, car une sorcière lui a prédit qu'il serait invincible tant que la grande forêt de Birnam ne gravirait pas la montagne pour le combattre. D a fait massacrer la femme et les enfants de Macduff; quand on excite celui-ci à venger ces meurtres sur Macbeth, il répond par ce mot terrible et sublime : — Il n'a pas d'enfants !

Rien de plus saisissant que la scène où lady Macbeth est représentée dans un état de somnambulisme. On la voit se lever la nuit, prendre du papier, le plier, écrire, le cacheter ensuite; de plus elle fait sans cesse le mouvement de se laver la main, en disant : « Va-t-en, maudite tache, vat-en, te dis-je! Une, deux heures; allons, il est bien temps de faire cela. — Il est nuit dans l'enfer. — Qui eût pu penser que ce vieillard eût encore tant de sang dans les veines? Là! encore l'odeur du sang ! Tous les parfums de l'Arabie ne pourraient désinfecter cette main si petite! Oh!ohl »

Macbeth succombe sous les attaques de Macduff; la forêt

Page 1