CHAPITRE PREMIER
arrangeur a été de manquer de sincérité, et de ne pas publier les sources originales sur lesquelles il avait travaillé; un autre tort plus grave, c*est d'avoir fabriqué un Ossian de son invention, de lui avoir donné un ton sentimental et moderne qui le défigure, au lieu de rendre dans leur simplicité originale et abrupte les fragments qu'il a enchâssés dans son œuvre. Cet Ossian de convention n'en a pas moins eu une vogue prodigieuse, et il a créé, à la fin du siècle dernier, une forme poétique aujourd'hui démodée, qui a circulé dans l'Europe entière.
La conversion de la Grande-Bretagne au christianisme a une telle importance au point de vue de la civilisation et de la littérature, qu'il est impossible de n'en pas tracer ici les principaux traits. On sait positivement que la foi chrétienne fut implantée en Bretagne dès le second sièclQ, mais on ne connaît pas les détails de cette propagation. Elle fournit ses martyrs à la persécution de Diocléticn, et plusieurs de ses évèques parurent aux premiers conciles d'Orient. Les Saxons païens furent pour elle de terribles ennemis ; ils portèrent le meurtre, le pillage et l'incendie jusque dans les temples. L'hérésie pélagienne, au cinquième siècle, vint aussi menacer la foi orthodoxe, et deux fois saint Germain d'Auxerre passa en Grande-Bretagne pour y combattre l'erreur ; il repoussa môme une invasion de Saxons et de Pietés, rien qu'en faisant chanter ÏAllelttia par la troupe qui l'accompagnait : c'est ce qu'on appela la Victoire de l' Alléluia. Un autre saint pontife, Ninian , fils d'un chef breton , ne craignit pas de pénétrer parmi ces terribles Pietés que personne n'avait pu dompter, et dont les mœurs féroces allaient jusqu'au cannibalisme; il employa vingt années d'apostolat pour les initier à la lumière de la foi, et prépara les voies à un autre
apôtre, saint Colomba, qui convertit définitivement cette sauvage contrée. Une abbaye célèbre, celle de Glastonbury, fondée à l'embouchure de la Saveme, devint un foyer de lumière et de propagande religieuse : on racontait que le roi Arthur, blessé dans un combat contre les Saxons, qui avait duré trois jours et trois nuits, était venu mourir dans ce couvent et y avait été enseveli secrètement, tandis que son peuple attendait son retour avec une espérance que les siècles ne purent effacer.
La religion chrétienne jeta surtout de profondes racines dans cette indomptable Cambrie (Pays de Galles), où se conservèrent si longtemps l'esprit national et l'indépendance des vieux Celtes bretons. C'était, comme nous l'avons dit, le refuge et l'asile des anciens bardes, lesquels, d'abord hostiles au christianisme, ne tardèrent pas à vivre dans une alliance intime avec le clergé et les moines. Ils formaient une corporation puissante qui avait survécu à la ruine du druidisme ; ils avaient leurs congrès poétiques, présidés par les rois et les chefs; ils composaient ces triades poétiques, récemment mises en lumière, où leur génie brille de tout son éclat. Chaque monastère avait son barde, à la fois historien et poète, qui notait les guerres et les événements contemporains. Dans les écoles monastiques, les bardes apprenaient à la fois la poésie et la musique. Le barde Taliesin fut élevé au monastère de Llancarvan. D'après les anciennes lois, la poésie était tellement respectée que dans la maison d'un Gallois, la justice ne pouvait saisir ces trois choses, son épée, sa harpe, et un de ses livres. Ce monastère de Llancarvan, fondé par saint Cadoc, était devenu une grande école religieuse et littéraire, où l'on menait de front l'étude et la transcription de l'Ëcriture sainte avec