‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 6 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

celle des auteurs anciens. C'est saint Cadoc qui donnait à un prince de Gambrie cette leçon sévère : « Souviens-toi que tu es un homme;... il n'y a de roi que celui qui est roi de lui-même. »

Mais si nous voulons voir les merveilles de la foi chrétienne, il faut aller en Irlande, dans cette île des saints, cette lie vierge où jamais proconsul romain n'avait mis le pied, xjui n'avait connu ni les exactions de Rome ni ses orgies, et le seul lieu du monde dont l'Évangile eût pris possession sans effusion de sang. « Dès que cette verte *Erm, située à l'extrémité du monde connu, eut vu se lever pour elle le soleil de la foi, elle lui voua cette ardente et tendre dévotion qui est devenue sa vie propre. Le cours des siècles ne l'a point interrompue; la plus sanglante et la plus implacable des persécutions ne l'a point ébranlée ; la défection de toute l'Europe septentrionale ne l'a point entraînée, et elle entretient encore, sous la formidable omnipotence de la domination anglosaxonne, un inextinguible foyer où survit, avec l'orthodoxie la plus intacte, cette admirable pureté de mœurs que nul conquérant, que nul adversaire n'a pu ni contester, ni égaler, ni entamer K »

Ce fut un esclave, saint Patrice, qui dota l'Irlande de la foi catholique. Fils lui-même d'une esclave gallo-romaine, parente de saint Martin de Tours, affranchie par son mattre , un Irlandais , qui l'avait épousée , Patrice fut enlevé à seize ans par des pirates, vendu comme esclave en Irlande, d'où il parvint à s'échapper et à revenir en Gaule. Il alla étudier dans les grands monastères de Marmoutiers et de Lérins, puis il suivit saint Germain d'Auxerrc dans

' MoNTALEMBERT, les Moines d'Occident, t. II, p. 45.

sa mission en Grande-Bretagne. Le pape saint Gélestin le fil évêque d'Irlande, et l'envoya pour y prêcher la foi ; l'Ile presque entière fut dominée par sa parole, et il y mourut après trente-trois années d'apostolat, laissant une mémoire vénérée, des écoles nombreuses et un foyer dont la lumière devait bientôt rayonner sur toute l'Europe barbare.

Une légende poétique nous montre l'apôtre de l'Irlande dans ses rapports avec les bardes, qui formaient une caste héréditaire et sacerdotale; il les amène à la foi, et en fait des disciples fervents. Ossian lui-même se convertit, et le prélat lui permet de chanter les exploits des héros celtiques. La poésie et la foi firent alliance, et les chanls^des bardes devinrent si beaux, dit un vieil auteur, que les anges de Dieu se penchaient au bord du ciel pour les écouter. Aussi la harpe des bardes est-elle restée comme symbole et blason de l'Irlande catholique.

La piété irlandaise se signala par l'érection d'une foule de monastères, dont le plus célèbre est la vaste abbaye de Bangor, qui ne renfermait pas moins de trois mille cénobites; elle devint un foyer de science et de propagande religieuse. On y cultivait la musique, la calligraphie , la miniature; ou y copiait et expliquait Virgile, Ovide, et les auteurs grecs, en même temps qu'on défrichait et cultivait le sol alentour.

Mais le caractère distinctif du monachisme irlandais, c'est le besoin impérieux qu'éprouvent ces religieux de répandre au loin la science et la foi; ils sont missionnaires par instinct; ils s'élancent à l'aventure dans des régions inconnues et lointaines; pendant plusieurs siècles ils essaiment sur la terre étrangère, ils rendent au centuple ce qu'on leur a donné : la Gaule et la Germanie

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