‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 50 sur 191 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

ces gens-Ià : désormais. Messieurs, je vous défends de prendre les voleurs. »

Henri lY, usurpateur, assassin de Richard, est poursuivi par le remords, et puni par la conduite déréglée de son fils ; il voit venir la mort avec effroi ; et, du lit où il agonise, il peut voir ce fils, impatient de sa mort, essayer déjà la couronne sur sa tète.

Cependant le jeune monarque se relève bientôt de l'abjection de sa vie passée; il éloigne ses compagnons de débauche, et FalstafT perd son crédit au moment où il croyait en user sans mesure ; il meurt en pourceau d*Épicure , comme il a vécu ; la boisson le tue autant que le chagrin. Henri se réhabilite par sa brillante conduite dans la guerre contre la France, guerre qui se termine par la TÎctoîre d'Azincourt.

Il y avait une difficulté sérieuse à mettre ainsi l'histoire en drame ; il devait s'y produire d'inévitables lacunes , et partant de l'obscurité. Le poète évite cet écueil en plaçant entre les actes des espèces de chœurs lyriques, où se peignent en abrégé les événements que l'action ne pouvait montrer. Le drame se complète ainsi , et s'élève au niveau de l'épopée avec une [majesté frappante. La peinture des sentiments humains se porte ainsi sur les points les plus divers y depuis l'élément grotesque et comique jusqu'aux sommets les plus élevés de l'inspiration épique et lyrique. Nul poète n'a embrassé plus complètement les phases diverses de la vie humaine.

Les trois parties de Henri VI présentent l'histoire d'Angleterre dans sa période la plus confuse d'événements tragiques. Il s'agit de cette horrible guerre des Deux Roses où le sang anglais coula à flots. L'auteur ne pouvait éviter le personnage mystérieux et sublime de

n LITTÉRATURE ANGLAISE.

Jeanne d*Arc, et devait la peindre avec les préjugés de sa nation; cependant il ne la sacrifie pas complètement à cette aveugle tiaine des 'partis populaires : il va même jusqu'à lui reconnaître Tinspiration céleste, sauf à la faire succomber aux tentations infernales»

A la gloire de Jeanne d*Arc, il oppose celle de Talbot, intrépide guerrier, vrai héros du moyen Âge. Rien de plus touchant, de plus grandiose que la scène où Talbot, vaincu, entouré d'ennemis, engage son fils à fuir pour éviter la mort. Le jeune homme refuse noblement : « Estce Talbot qu'on me nomme? Suis-je voire fils? Si je le suis, ne déshonorez pas votre sang. Si j'écoutais vos conseils, Talbot ne serait plus mon père. » Le père et le fils combattent et meurent ensemble de la mort des héros.

Bien de plus sombre, de plus triste que la troisième partie de Henri VL Ce prince faible et bon règne au milieu d'affreux désordres, dont il va être victime. Autour de lui s'accumulent les trahisons , les violences , les catastrophes. Tous liens sont rompus, toute pitié étouffée, tous sentiments généreux anéantis; partout meurtres et carnage; c'est le triomphe du crime, le triomphe d'un monstre au physique comme au moral , de l'affreux Richard m , duc de Gloster.

Richard lïï est une des plus fortes créations de Shaks* peare. Si ce caractère prêtait à l'élément tragique , il faut reconnaître qu'il a su en tirer un merveilleux parti. Déjà il l'avait dessiné dans le drame précédent. L'ambition de Richard s'y éveille; il rêve la couronne, malgré la distance qui l'en sépare. «Edouard est un galant prince, s'écrie-t-il ; malédiction sur sa race ! malédiction sur ses enfants et ses frères ! Entre mes désirs et moi , quelle distance énorme ! que de pas à franchir! La couronne, je la

Page 1