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CHAPITRE SIXIÈME

Pour le Songe if une nuit d'été, la scène se passe è Athènes, dans un lointain fabuleux qui laisse le champ libre à tous les [caprices du poëte. Le duc Thésée doit épouser Hippolyte, reine des Amazones, et Démétrius doit épouser Hermia, fille d*Égée. Mais Hermia refuse cet époux, parce qu'elle aime Lysandre, tandis qu'une amie d'Hermia, Hélène, s*est éprise de Démétrius; celui-ci dédaigne Hélène, et poursuit Hermia, qui a pris la fuite. De cette situation compliquée naissent les tracas, les jalousies, les douleurs des amants, jusqu'à ce que la nuit arrive, et avec elle le règne d'Obéron et de Titania, roi et reine des fées , qui remplissent les bois de leurs sylphes et de leurs charmes magiques.

Aux amours et aux querelles des mortels se joignent les querelles et les amours d*Obéron et de Tîtania; il en résulte une double intrigue pleine de surprises et d'agrément. Le lutin Puck , messager d'Obéron , met en œuvre ses philtres puissants, et gr&ce à son art magique, il dirige l'action dans ce dédale d'amours contrariés, de brouilles, de raccommodements, il verse les pavots du sommeil pour adoucir les maux des mortels. Puck est malicieux et étourdi ; il se trompe dans la distribution de ses philtres, et amène des quiproquo dont il s'amuse ; il fait la moralité de la pièce, en montrant tout ce qu'il y a d'orageux, de capricieux , de bizarre , d'inconséquent dans la tyrannie de l'amour. < Bon Dieu, que ces hommes sont fous! » dit-il. Quand Obéron veut se faire céder par Tilania son nain favori, et que celle-ci résiste, Puck, par ordre de son maître, va chercher une fleur magique dont le suc endort Titania, et donne à son cœur une sorte de délire. Titania, à son réveil, doit s'éprendre du premier objet qui frappera sa vue , et cet objet est le tisserand Bottom , à qui

Obéron a prêté une tête d*&ne. Titania appelle ses fées, et dans un langage ravissant de poésie, elle les charge de donner mille soins délicats à ce monstre, objet de son amour.

Obéron obtient son nain par subterfurge, et lève le charme qui pesait sur les yeux de Titania. Tout rentre dans Tordre , et les trois couples amoureux finissant par s*entendre, accomplissent leurs noces. Mais le vent du matin se lève, le coq chante, et tout ce monde aérien, fantastique , s*éyapore dans les airs. La vie réelle reprend ses droits : tout cela n'était que le Songe cTune nuU cTéié.

Shakspeare n'a déployé nulle part une poésie plus gracieuse, un style plus harmonieux et plus délicat que dans cette pièce; c'est comme une yision ornée de tous les charmes d'une imagination capricieuse ; le langage a des ailes; le style est léger et mélodieux comme un chant aérien. C'est une œuvre qui demande à être lue plut6t que représentée; elle est trop vaporeuse, trop subtile pour entrer dans la réalité de la scène; les acteurs y seraient toujours au-dessous de ce qu'a voulu peindre le poète. Les tentatives faites en Angleterre pour la mettre en représentation ont toujours échoué.

La Tempête est placée par les critiques au nombre des plus belles œuvres de notre poète; l'unité de temps et d'action y est exactement observée : elle est simple et complète. Un personnage domine tout, avec la magie de son art secret, c'est Prospéro, duc de Milan, détrôné; et, à c6té de lui, sa fille Miranda, par sa simplicité exquise, la grâce primitive de son caractère, donne à la pièce un charme inexprimable.

Prospéro, duc de Milan, absorbé par la science cabalistique, s'est laissé détrôner par son frère Antonio. Il s'en va errant sur la mer avec sa fille Miranda, et aborde dans

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