CHAPITRE PREMIER
deviennent surtout le théâtre de leur zèle infatigable. C'est d'abord saint Colomban qui sort à^ trente ans de Bangor avec douze autres moines, et va exercer en Gaule son zèle et son éloquence : il se fixe en Bourgogne, à Luxcuil, au milieu des forêts où Ton voyait encore des traces d*ioles adorées par les Gaulois. Les disciples affluèrent autour de lui , et trois monastères s'élevèrent sous sa direction, sanctifiés par la prière et le travail. Le travail féconda ces solitudes incultes. Colomban dirigeait luimême les travaux agricoles, il y mettait une vigueur impérieuse : le moine devait se fatiguer au point de dormir avant de se coucher, et de se lever avant d'avoir assez dormi. Troublé dans sa retraite par la persécution du roi Thierry et de Brunehaut à laquelle il reprochait hautement ses vices, Colomban quitta Luxeuil, et alla évangé- User les Suèves et les Allemands de la Suisse septentrionale, en compagnie d'un autre Irlandais, nommé Gall, aussi audacieux que lui, et qui resta dans le pays où il fonda le célèbre monastère de son nom. Colomban se rendit en Lombardie, et fonda, dans une gorge reculée de l'Apennin, le fameux couvent de Bobbio, puis il alla mourir, à quelque distance de là, dans une caverne isolée où il passa ses derniers jours dans le jeûne et la prière, se soumettant jusqu'à la fin à la dure discipline qu'il avait imposée aux religieux de son obédience.
n faut aussi parler d'un autre missionnaire irlandais, de saint Colomba, l'apôtre de la Calédonie, qu'il ne faut pas confondre avec le précédent. Il appartenait à la race royale des O'Neil, et devenu moine, il exerça d'abord son zèle dans sa patrie, où on lui attribue la fondation de trente-sept monastères, entre autres celui de Derry, d'où est sortie la cité moderne de Londonderry.il était poète, il
aimait et protégeait les bardes, et il compte parmi les deux cents poètes irlandais, dont les noms, sinon les œuvres, nous ont été conservés; on a de lui plusieurs poèmes en latin et en irlandais. Colomba était d'humeur ardente, vagabonde, et même querelleuse . De plus il aimait les livres, les cherchait partout avec passion, pour les emprunter ou les transcrire; or il arriva qu'il fit une copie clandestine d'un psautier appartenant à son ancien mattre, Finnian; il y travaillait la nuit, dans une église où ce psautier était déposé. Finnian l'ayant appris , réclama la copie comme devant lui appartenir ainsi que Toriginal. Colomba refusa, et la question fut portée au tribunal du roi Diarmid, qui donna raison à Finnian, se basant sur ce dicton devenu proverbial en Irlande : A chaque vache son veau, donc à chaque livre sa copie. Colomba ne voulut pas se soumettre à cette sentence, et même résolut de se venger, n s'échappa de la province, non sans péril, et pendant sa fuite, il composa son Chant de la Confiance, poëme qui a été conservé, et qui est un des plus vieux monuments de la langue irlandaise. Arrivé chez les siens, il provoqua les clans à la guerre, et Diarmid, vaincu, fut mis en fuite. Mais dans un synode ecclésiastique, Colomba fut accusé d'avoir fait verser le sang chrétien, et frappé d'excommunication. Il ne se rendit pas encore; quoique tourmenté par le remords, il cherchait à se justifier, et courait d'un monastère à l'autre pour demander conseil; partout il trouvait un blâme mêlé d'indulgence; il put faire lever l'excommunication , mais à la condition d'aller prêcher la foi chrétienne aux païens, et l'un de ses confesseurs lui imposa la dure pénitence de quitter l'Irlande pour toujours. C'est ainsi qu'il partit pour aller répandre l'Évangile en Calédonie.