CHAPITRE HUITIÈME
Tiolente, souvent hypocrite : ce fut comme une déUvrance. ' La réaction se porta vers l'autre extrême , et Ton se rua au plaisir avec d'autant plus d'ardeur qu'on en avait été longtemps sevré. Ce fut le tour du vice et de la débauche; la cour donna l'exemple, la noblesse suivit et se dégrada à plaisir. Charles II vendait son alliance à Louis XIV pour une pension de deux cent miUe livres ; prince frivole et sans conscience, il ne savait même pas sauvegarder sa dignité, et il s'avilissait aux yeux de toute sa cour. Une licence sans frein envahit les classes supérieures; de son exil en France , la noblesse n'avait rapporté que le goftt du plaisiretdu vice.
Aussi quand on rouvrit les thé&tres, il fallut faire des pièces en harmonie avec ces mœurs dégradées : c'est toujours au théâtre que se reflètent le mieux les tendances et l'esprit de la société. Jamais l'Angleterre n'en vit de plus éhonté; la comédie se traîna dans la vulgarité et l'ordure; elle peignait au naturel ce qui se passait sous les yeux. Sauf Dryden , que son bon sens maintint dans les convenances, les écrivains dramatiques sont au-dessous d'une critique honnête. Que dire d'un Wicberley et des scènes ignobles qu'il étale? Il a la prétention de suivre Molière, quelquefois même il lui prend des scènes entières , mais ce qui lui est propre tient du cynisme de Diogène.
Abraham Cowley (1618-1667) devint poëte à la lecture de la Hdne des fées, de Spenser, et publia dès l'ftge de quinze ans un recueil de poésies sous le titre de Fleurs poétiques. Son principal ouvrage est la Dmidéide, poème en quatre chants qui lui fit une grande réputation, quoiqu'il soit déparé par les jeux de mots et le bel esprit que l'imitation française avait mis à la mode Ses Odes manquent
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d'inspiration; le style en est correct, mais recherché; ce sont en anglais les premiers modèles de ce genre ; la plus belle est VOde à la lumière, où il atteint la vraie poésie. On remarque encore ses imitations anacréontiques, d'une verve heureuse et facile. Gowley fut persécuté pour la cause royaliste dont il se montra zélé défenseur; il suivit en France la reine Henriette et servit avec ardeur le prince exilé; mais à la Restauration on oublia ses services, et il se retira à la campagne, dégoûté du monde et de la vie. Sa pièce de vers the Complaint est l'écho mélancolique de
ses douleurs.
Sir John Denham (1615-1688) fut, comme (îowley, dont
il chanta la mort, un partisan dévoué de Charles I**, et
réussit à faire passer en France le jeune Jacques, duc
d'York, fils de ce prince; il se chargea aussi, au péril de
sa vie, de la correspondance secrète entre le roi et la
reine; il parvint à se sauver en France, et eut plus tard la
joie de voir la Restauration. Mieux récompensé que Cowley,
il devint inspecteur des bâtiments royaux et chevalier du
Bain. Il fut enterré à Westminster, à côte de Ghaucer, de
Spenser et de Gowley. Son talent poétique se forma par la
traduction de Virgile; sans être doué d'inspiration, il a
fait preuve de goût et de sens, et a contribué à former le
style poétique en lui donnant de la précision. Son poëme
Coopères Hill [la Colline de Cooper) est le premier dans le
-genre descriptif qu'ait eu l'Angleterre.
John Wilmot, comte de Rochester (1648-1680), est un poète épicurien de la cour de Gharles II. U a fait des chansons et des satires, où il marche sur les traces Juvénal et de Boileau, et un poème sur Rien. Il se fit une renommée par ses aventures scandaleuses, et ses écrits sont pleins de cette licence qu'il poussa jusqu'au cynisme.
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Edmond Waller (1605-1687) est le plus gracieux parmi ces poètes légers, courtisans et mondains. Après avoir chanté Gromweli, il sut gagner les bonnes gr&ces de Charles II, et le célébra aussi, mais avec moins de bonheur; il lui dit pour excuse que les poètes réussissent mieux dans la fiction que dans la vérité. Ses vers sont presque tous de circonstance, et les dames en ont la plus belle part. L'une de celles qu'il a le mieux poétisées sous le nom de Sacharina, était fille du comte de Leicester; ces vers restèrent sans effet, et sa main lui fut refusée. Du reste toute cette poésie a plus de recherche que de passion véritable : c*est de Tart, et même de Tartifice; sans le style, qui est coulant, facile et limpide, il n'en resterait rien. Il termina sa carrière par des poésies sacrées, expiant par le repentir les futilités d'une longue vie.
Dillon Wentv^rorth, comte' de Roscommon (1633-1684) était, comme Wilmot, un favori de la cour dissolue de Charles II, et un poète didactique d'un certain talent. On distingue sa traduction de ÏArt poétique d'Horace, qui est faite avec goût.
Samuel Butler* (1612-1680) est l'auteur renommé du poème satirique de Hudibras, qui rappelle la MérUppée française, mais avec moins de finesse et de puissance. Butler avait vécu sous Cromvrell, au milieu de ces farouches puritains qui dominaient alors l'Angleterre, et.il tourne en ridicule leur stupide fanatisme, leur affectation religieuse. Il représente, dans Hudibras , un magistrat presbytérien qui se met en quête des abus à réformer, et qui est suivi, nouveau don Quichotte, d'une espèce de Sancho' imbécile, nommé Ralph, entêté, bavard, lequel contredit sans cesse les intentions réformatrices de son maître. Le poème est en trois chants; le premier est supérieur aux
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autres; ce n'est au fond qu'une charge assez grossière , une pasquinade burlesque semée de traits spirituels et amusants. Elle devait plaire à la cour frivole de Charles II, à cause des traits piquants dont elle perçait les partisans du régime déchu. Charles II en savait des passages par cœur, et l'on put croire un instant que l'écrivain satirique obtiendrait une brillante récompense : il n'en fut rien; le roi oublia l'auteur qui l'avait tant amusé; les courtisans firent de même, et Butler finit ses jours dans la misère, ne laissant pas même de quoi fournir à ses funérailles.
John Dryden (1631-1700) est un des poètes les plus brillants de ce siècle; écrivain habile, mattre de lui-même, souple, varié, abondant, il a beaucoup fait pour la langue
'anglaise, sinon pour sa propre fortune. La cour de Charles II, égoïste et corrompue, ne savait pas, comme celle de Louis XIV, soutenir et encourager les lettres.
Dryden débuta par chanter la mort de Gromwell dans des stances hinÂques; il devait louer bien d'autres puissances de sa plume vénale , mais cette fois il ne pouvait rien espérer du Protecteur descendu au cercueil. Bientôt après il se tourna vers le soleil levant, et chanta Charles II dans VAstrœa redux; il chanta encore son couronnement. Dès lors il devint poète de cour, vécut parmi les grands > fut nommé historiographe et poôte lauréat. Pourtant il était pauvre, et il tirait parti de ses dédicaces en les adressant à des Mécènes généreux ; mais comme il savait aussi critiquer, son Essai sur la Satire lui attira un jour des coups de b&ton, que lui fit donner le comte de Rochester.
HQ eut des ennemis, des envieux; on lui reprochait sa versatilité religieuse, car de catholique il s'était fait puritain, puis était redevenu catholique. Son poème d'Absalon et Architopel est une virulente satire contre les whigs; elle