‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 64 sur 191 · CHAPITRE HUITIÈME. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. 4S

lui fut demandée par Charles II à l'occasion de la révolte du duc de Monmouth; Buckingham, qui s'y trouvait attaqué sous le nom de Zimri, eut aussi recours aux coups de bâton contre l'auteur. Beaucoup de peine et peu de profit, tel fut son sort. A la naissance d*un flls de Jacques II, il composa un chant, Britannia reêivwa, où il prophétisait la gloire et la prospérité de la dynastie régnante, et quelques mois après Jacques II partait pour l'exil. Dryden perdit sa place de poète lauréat; catholique et royaliste, il était parmi les vaincus; ses ennemis en profitèrent pour l'accabler. Il lutta contre le besoin, contre la maladie; il écrivait pour vivre, et il mourut tristement de la gangrène.

VAnnus mirabilis de Dryden est un de ses poëmes les plus travaillés, quoique encore entaché de mauvais goût; il lui dut le commencement de sa gloire et de ses succès, notamment la place de lauréat à la cour. Cette année merveilleuse est celle de 1666, où la flotte anglaise combattit les aaiiraux hollandais Tromp et Ruyter à l'embouchure de la Tamise, et où eut lieu le terrible incendie qui détruisit une partie de Londres.

Parmi' ses odes, on distingue la Fêle <t Alexandre ou Puissance de la musique, composée pour la fête de sainte Cécile : elle est pleine d'élévation et animée d'une verve heureuse. Il a fait aussi des poëmes chevaleresques, des poëmes religieux, des satires, des fables, des traductions fort estimées de Perse, de Juvénal et de Virgile; cette dernière, à laquelle il consacra trois années, est devenue classique en Angleterre.

Son thé&tre se compose de vingt-huit pièces , tant tragédies que comédies; il les écrivit pour vivre plutôt que par une véritable vocation dramatique; il fit un traité avec le thé&tre du roi , s'engageant & fournir trois pièces

par an. Les thé&tres venaient de se roavrir; le goût français dominait la cour et la ville, Shakspeare était dédaigné, oublié; Dryden, qui était familier avec nos écrivains. Corneille, Racine, Boilean, essaya de les greffer sur la souche anglaise; il fit de la théorie, des préfaces, raisonna ses innovations, visant aux unités, et cherchant à prouver que ses prédécesseurs étaient des barbares qui n'entendaient rien à la scène, parce qu'ils ne connaissaient ni Aristote, ni Horace, ni Longin. Donner aux pièces de la régularité, les mettre au niveau des classes élégantes, instruites, tel est le but. Pourtant il trouve que notre théâtre a des défauts, que l'intrigue en est trop maigre, qu'il y a excès de discours, trop peu d'invention, de variété, de naturel; que le public anglais réclame plus de vigueur, de mouvement dramatique. Dryden veut se placer dans un juste milieu, entre l'esprit anglais et le goAt français, faire un art composite, et c*est pour cela qu'il ne fait rien de bon : il manque d'originalité et de vie propre; il n'a laissé aucune œuvre durable. Sa meilleure pièce est Antoine et CUopâtre; il disait qu'il avait composé les autres pour le public et celle-lêt pour lui-même.

La prose anglaise au dix-septième siècle se perfectionne comme le style poétique, mais elle n'a pas d'écrivain de premier ordre : les vrais penseurs comme François Bacon et Hobbes écrivent en latin.

Dans l'histoire se distingue Gamden (1551-1623), que l'on a surnommé le Strabon anglais , à cause de sa Deicriptwn de la Grande-Bretagne. Ses Annales du règne d'Elisabeth sont estimées pour leur fidélité scrupuleuse, et il a rendu des services à la science par sa collection des anciens historiens anglais, écossais, irlandais et normands.

William Temple (1628-1699) fut un des esprits les plus

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