‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 8 sur 191 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Quant au fameux psautier latin , cause de tant de querelles et de souffrances, il est devenu la relique nationale du clan des O'Donnell; pendant plus de mille ans, il fut porté par eux à la guerre, enchâssé dans une sorte d'autel, et il existe encore aujourd'hui.

Ciolomba aborda sur le rocher stérile d'Iona , où il éleva pour lui et ses compagnons des huttes de branchages ; ce fut là le berceau monastique et le foyer de la civilisation chrétienne en Ecosse. La patrie absente lui tenait au cœur, et dans ses élégies, il y a de vifs regrets pour sa chère £rin : « Quel délice de courir sur la mer aux vagues blanches, et de voir ces vagues se briser sur les grèves de l'Irlande! Quel délice de ramer dans sa petite barque, et d'aborder au milieu de la blanche écume sur les grèves de l'Irlande! Ah! que ma barque volerait vite, si sa proue était tournée vers ma chênaie en Irlande 1... Il y a un œil gris qui se tourne sans cesse vers Érin; cet œil ne verra plus en cette vie ni les hommes ni les femmes d'Ërin. Du haut de ma barque, je promène mon regard sur la mer, et il y a une larme dans mon œil gris et doux quand je me tourne vers Érin... Mon cœur est brisé dans ma poitrine; si la mort subite vient me surprendre, ce sera à cause de mon grand amour pour les Gaëls. » C'est sur ce même ton plaintif et tendre qu'un poète moderne , Th. Moore , dans ses Mélodies irlandaisei, a chanté les charmes et les malheurs de la verte Érin.

Ce regard en arrière n'empêcha pas Colomba de se consacrer à la mission qu'il s'était imposée par pénitence; il s'y prépara par un grand travail sur lui-même; il dompta son caractère irritable, belliqueux, et devint le plus doux, le plus tendre des hommes : sa charité n'avait point de bornes; il n'était dur que pour lui-même,. et jusqu'à

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soixante-seize ans, il n'eut pour oreiller qu'une pierre. Ses disciples devinrent nombreux ; on lui attribue la fondation de trois cents monastères ou églises, tant en Hibernîe qu'en Calédonie. Il reprit peu à peu l'œuvre commencée un siècle auparavant par saint Ninian; il pénétra parmi les Scots et les Pietés, et ses vertus, son caractère, sa parole persuasive y répandirent peu à peu les vérités chrétiennes; il eut à vaincre la résistance opposée par les prêtres idolâtres, les druides; les chefs de clan cédèrent enfin à cette douce influence, et avant la fin de sa carrière, il avait soumis toute cette race indomptable et sanguinaire au joug bienfaisant de la foi. Le roi Aïdan fut sacré et couronné par lui sur la pierre d'Iona, qui fut appelée la Pierre du Destin; on la transporta plus tard à Scone, près d'Edimbourg, et elle sert encore de piédestal aux rois d'Angleterre le jour de leur couronnement.

Colomba fut le sauveur des bardes, menacés de proscription par le roi Aedb; leur puissance était grande sur le peuple : poètes, musiciens, historiens, ils représentaient les souvenirs nationaux, la gloire du passé. Us abusaient, disait-on, de leur faveur, de leurs privilèges, et même de l'autorité que leur donnait la poésie. Colomba obtint leur grâce, à condition que leur nombre serait limité, et qu'ils ne sortiraient plus de leurs attributions. Aussi la gloire de Colomba a-t-elle été célébrée par eux avec enthousiasme. Les bardes se perpétuèrent de siècle en siècle; ils furent les derniers défenseurs de la nationalité contre la tyrannie des envahisseurs et des conquérants; on eut beau les persécuter, les proscrire, ils survécurent à tous les désastres de la patrie, et leur barpe y est restée comme un immortel souvenir.

II nous faut maintenant dire quelques mots sur la con-

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