‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 70 sur 191 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Ârabella Fermor, une des beautés à la mode. Pope s'empara de ce sujet, et d'une bagatelle il fit toute une machine épique y avec invocation et merveilleux; il tira de ce contraste des effets comiques, amusants, dont le seul mérite est dans les détails et le charme du style. Le poème fut dédié à Miss Ârabella, qui s*en montra fière, car le poète avait métamorphosé en constellation la boucle enlevée , et l'avait placée au ciel. Les Anglais estiment beaucoup cet ouvrage, le seul qu'ils aient dans ce genre : pourtant le goût français n'y trouve point la grftce légère, le charme délicat qui eût convenu au sujet : toute cette recherche d'esprit plaît médiocrement; il y a plus d'un trait qui paraît choquant, et que notre critique pourrait relever, si la matière en valait la peine.

VÉpUre éTHélaise à AbeUard, tant admirée en Angleterre, nous laisse froids aujourd'hui. Pourquoi? C'est qu'au lîeu d'y trouver le naturel et le sentiment que le sujet comporte, nous voyons un poète avec ses oripeaux de convention : style riche, grandes tirades, longues descriptions, images choisies, antithèses, tout y est, excepté le cri du cœur et de la vérité; mieux vaut revenir aux vraies Iseitrti d'HéloIse, qui sent au moins ce qu'elle dit, si elle le dit en moins beau style.

Pope sentait peut-être qu'il ne serait jamais un esprit créateur, et que le rôle de traducteur Ijii convenait mieux, quand il se mit à traduire Homère en anglais. Il acheva seul Y Iliade; pour Y Odyssée, il se fit aider par des écrivains secondaires, Fenton et Broome. Cet ouvrage lui coûta douze années de travail, mais il y trouva la fortune et l'indépendance, car ces traductions, publiées par souscription, lui rapportèrent la somme nette de 8,000 livres (200,000fr.). Il put alors acheter sa jolie campagne de Twickenham , où

il passa le reste de ses jours. Quant au mérite de la traduction d*Homère , c*est une œuvre brillante, parfaitement écrite; mais, comme Ta très-bien dit le grand helléniste Bentley, on ne peut dire que ce soit Homère; Pope l'a arrangé au goût de ses lecteurs, qui autrement ne l'auraient pas lu; il lui prête des ornements, des idées, des images; il le défigure en lui faisant perdre sa simplicité antique, sa grandeur native, sa véritable inspiration : on dirait un hymne sublime dont le ton est faux du commencement à la fin. Gomme poème anglais, l'cBuvre est superbe ; mais si l'on cherche le poète grec , il a disparu sous le déguisement. ,

Pope avait le caractère irritable : genm irriiabUe vatum, comme dit Horace. Ses grands succès avaient soulevé la tourbe des jaloux et des envieux. Trois volumes de Mélanges, prose et vers, qui parurent en 1717, et dont la composition fut faite en société avec Gay, Svrift et Arbutnot, portèrent au comble la rage des mécontents; beaucoup s'y trouvaient atteints par les traits satiriques des auteurs, qui n'avaient pas toujours déguisé la personnalité de leurs victimes; Pope fut surtout l'objet de leurs attaques. Résolu d'accabler à son tour cette troupe d'envieux , auxquels s'étaient mêlés des libraires hostiles, il composa son fameux poème satirique la Dunciade, considéré en Angleterre comme le chef-d'œuvre du genre. Il y épuise contre ses adversaires le vocabulaire de l'ironie et du mépris; il manie la raillerie et le sarcasme avec une verve incisive, parfois brutale et grossière : ses ennemis ne se relevèrent pas de ces coups violemment assénés. Mais il nous est permis de préférer la satire plus légère et plus fine de Boileau et d'Horace.

VEiioiturVhùmme, de Pope, est un poème de philosophie

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