‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 71 sur 191 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

métaphysique et morale en quatre chants : les idées peuvent prêter à la critique; elles n'ont pas beaucoup de profondeur; le déisme y domine, et Voltaire ne trouva pas mal d'y puiser ce qui était à sa convenance. Mais pour le style, il est d'une richesse et d'un art merveilleux, plein de force et de concision; le poète y atteint l^pogée de son art classique et de son talent d'écrivain.

Pope mourut à cinquante-six ans, fidèle à la religion catholique qu'il avait toujours professée. Son caractère morose s'explique par ses infirmités presque continues. Il était moins gai que sarcastique; mais dans ce faible et petit corps régnait un grand et vigoureux esprit. C'est le premier moraliste en vers qu'ait produit l'Angleterre. Sa réputation, quoique diminuée par les exigences du goût moderne, y règne encore avec autorité pour les fidèles de l'école classique. Sa facilité élégante dans l'art d'écrire en vers nous rappelle toujours celle non moins grande de Delille, aujourd'hui si négligé en France.

Mathieu Prior (1644-1721), comme Pope, s'est formé d'après le goût français ; il est de l'école de Boileau ; du reste, il séjourna assez longtemps en France, attaché à l'ambassade anglaise, et il a fait des impromptus dans notre langue. Dans ses poésies, plus élégantes de forme que fortes de pensée, il continue la tradition mythologique; mais le goût anglais y domine , et les lieux communs philosophiques sont assaisonnés de grossièretés assez équivoques. Il faut citer son Ode à la diviniié, qui est assez belle ; des satires , des épttres : Henri et Emma , poëme gracieux ; Aima ou Hhtoire de fâme , poôme hardi et philosophique, sur un ton badin , et d'un goût médiocre. Salomon ou la Vanité est un poôme philosophique en trois chants, qui passe pour sa meilleure production.

John Gay (1688-1732) a beaucoup perdu de son ancienne réputation. La duchesse de Monmoûth le lira d'une boutique où il aunait de la soie pour en faire son secrétaire. Son poème champêtre Rural Sparh le fit connaître, et mieux encore ses Fables, écrites avec naturel et facilité , mais dépourvues de cette finesse et de cette naïveté qui font le charme de la Fontaine. Gay flatta les grands et la cour sans pouvoir obtenir les faveurs qu'il désirait; il en conçut , dit-on , un chagrin qui abrégea ses jours. H fit mettre sur son tombeau ces paroles : c La vie est une plaisanterie; je l'avais bien pensé autrefois, mais à présent je le sais. » La Semaine du berger est une parodie médiocrement spirituelle des bergeries à la mode : il dépeint le côté réel , grotesque de la vie rurale avec une cmdité de mauvais goût; c'est Téniers opposé à Watteau.

Edouard Young (1681-1765) doit sa réputation à ses Pensées nocturnes, qu'une mauvaise traduction de Letourneur popularisa en France à la fin du dernier siècle, et qui sont fort dédaignées aujourd'hui. L'emphase et le faux goût peuvent surprendre l'admiration pendant quelque temps , selon les dispositions du lecteur, mais le vrai prend sa revanche. Toute réputation surfaite retombe bientôt à son niveau réel ; tel fut le sort du poète dont nous parlons.

Young fut avant tout un courtisan de la fortune, un poète de circonstance , chantant les avènements, les anniversaires, toujours en quête d'un grand personnage à célébrer, pour en tirer quelque profit ; même dans ses Nuits Junèibres, chaque méditation est dédiée à quelque grand seigneur dont il mendie la faveur ; ce n'est point ainsi que mendiait Homère ; aussi chantait-il autrement.

Fils d'un chapelain du roi Guillaume, Young fut boursier du collège de Winchester, et poursuivit lentement des

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