CHAPITRE NEUYIËME
ie Prétendant; une Lettre sur la composition originak ^ écrite avec beaucoup d'énei^e, et un poème sur la Rétignation, d'un ton doux et triste comme celui des Nuits. Chose singulière , en publiant ses œuvres dans l'&ge des désillusions , il supprima la plupart des dédicaces louangeuses et plates dont il les avait jadis accompagnées, désavouant ainsi ses faiblesses par un sentiment de tardive pudeur.
Jacques Thomson (1700-1748) arriva d*emblée à la gloire par son poëme didactique les Saisons, justement admiré en Angleterre, et platement imité en France par Saint- Lambert.
Thomson était fils d'un pasteur sans fortune, et se destinait lui-même à l'état ecclésiastique, lorsqu'il se sentit entraîné vers la poésie par une vocation impérieuse. Son premier succès lui attira des protecteurs, et le ministre Talbot le chargea d'accompagner son fils dans un voyage à travers l'Europe. C'est alors qu'il composa son poëme en cinq chants, intitulé Liberty, qui s'est enseveli dans l'oubli, à cause de sa froideur allégorique et de son peu d'intérêt.
Thomson se tourna ensuite vers le thé&lre , et composa plusieurs tragédies : Agamemnon, Sophonisbe, Corioian, Tancrède et Sigismonde; cette dernière est la meilleure, et resta longtemps au théâtre. Il a aussi composé des Odes et quelques poésies légères, le tout d'un bon goût et d'un bon style.
Mais la gloire de Thomson est attachée à ses Saisons; il a su éviter l'écueil du genre descriptif, la monotonie, et y répandre de la variété , de l'attrait, sans tomber dans l'enflure et le trivial. Il aimait la nature avec passion, et il la peint, dans ses plus petits détails, telle qu'il la voit et la sent. Son style a de la force, de la richesse, une élé-
Ht LITTÉRATURE ANGLAISE.
gance soutenue; il rend chaque objet avec sa couleur naturelle, et sait amener avec art des épisodes intéressants ainsi que des réflexions morales, qui donnent de la variété et du mouvement à ses paysages.
Son Palais de Findolence est une heureuse imitation de la manière et du style de Spenser, Fauteur de la Reine des fies; il y a déployé» plus que dans aucun autre ouvrage^ la couleur, l'harmonie du style et la richesse de Fimagination.
Jonathan Sv^ift (1667-1745) est un des esprits les plus puissants et les plus remarquables de ce siècle : sa vie et ses écrits sont empreints d*une singulière originalité. Orphelin de bonne heure, étudiant médiocre, mais plein d*orgueil et sentant sa force, il fut réduit pendant dix ans à subir une sorte de servitude littéraire chez son parent, sir William Temple, dont il était secrétaire, avec vingt livres de gages. Son ambition aspirait plus haut; il comptait sur le roi Guillaume m, à qui on Tavait présenté; mais en vain. Il devint chapelain chez lord Berkeley, mais n'y éprouva que des dégoûts ; il amassait au fond de son âme révoltée un poids de haine et de colère qui se fit jour bientôt dans des pamphlets virulents ; il y versa à flots son ironie Acre, ses invectives bilieuses ; il eut des ennemis nombreux, mais il les dominait par son talent redouté de satirique; il se fit craindre et détester; il se ferma la carrière des emplois et ne put obtenir qu'un poste de doyen en Irlande, celui de Saint-Patrick, où il finit ses jours.
Quelques mots suffiront pour montrer à quel diapason de haine et de colère était montée l'Ame ulcérée de cet écrivain, c Chaque année^ ou plutôt chaque mois, je me c sens plus entraîné à la haine et à la vengeance, et ma rage