‹ Histoire des littératures étrangères (volume 3)Chapitre 76 sur 191 · II · texte numérisé non relu

II

€ pelle un évèque. » Il met en scène trois frères, dont chacun représente une forme religieuse : Pierre, c*est l'église de Rome; Martin, c'est le luthéranisme; Jacques, c'est Calvin, ou plutôt l'épiscopat anglais. Chacune de ces Églises est persiflée et vouée au ridicule par de grossières plaisanteries qui font table rase de toute doctrine. On ne voit plus, après cela, à quelle croyance religieuse l'auteur pouvait rester attaché. Le grand tort de la raillerie, c'est de tuer, de détruire, et de ne laisser après elle que le mépris. C'est le dissolvant suprême , c'est l'école maudite.

Tel est également le résultat produit par la lecture de Gulliver, l'ouvrage le plus important et le plus lu de cet écrivain. On a tort de donner ce livre à l'enfance, qui n'y comprend rien heureusement, et n'j voit qu'un conte fantastique et absurde, renversant toutes les idées raisonnables sur l'homme, sa nature, ses sentiments et ses pas^sions. C'est au fond la satire la plus dure, la plus amère, la plus désespérante qui ait été faite de notre pauvre nature. Tout y est allégorie; une foule d'allusions, aujourd'hui perdues, s'y rencontrent sur les affaires et les personnages contemporains de l'auteur : mais les vues générales de cet impitoyable railleur n'ont d'autre but que de verser le mépris sur l'humanité entière.

Gulliver, le héros du livre, perd tous ses compagnons dans un naufrage, et aborde à Lilliput, tle merveilleuse dont les habitants n'ont que six pouces de taille , et tous les objets dans la même proportion. Ce microcosme a une cour, un gouvernement, une capitale, riche matière à satire contre les vices et les travers humains : la comparaison est faite par le lecteur, car l'auteur se garde bien de livrer directement ses attaques. Après cette visite au pays des Myrmidons, nous sommes transportés dans un

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